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Sur le prix du livre

Dans un supermarché, mes yeux courent sur le kiosque à journaux. Surprise: en rotation plusieurs titres d'un de mes amis écrivains. Des parutions allant de 2003 à 2012. Une excellente opportunité pour un observateur de la vie politique locale. Mais, d'instinct, j'identifie ce qui va faire reculer le lecteur, potentiel ou assidu: le prix de vente.

L'écoulement est lent en librairie en raison du prix du livre. Très peu de lecteurs ne font pas attention aux prix. Autant dire que, dans sa grande majorité, le lectorat potentiel veut bien porter sa préférence sur tous les titres qui viennent d'être publiés. Un seul facteur, et de taille, le freine: le pouvoir d'achat. Mardi 19 juin 2012, je me trouve au bureau d'un couple de mes amis. Un jeune homme, vendeur ambulant de titres, s'amène avec un lot d'ouvrages sur le bras. Il leur tend un exemplaire du dernier titre de Rony Gilot. Madame décline l'offre: «Où trouverais-je de l'argent par les temps qui courent?» je dissimule ma déception, estimant qu'un minimum d'effort doit être consenti en faveur du livre. Plus sérieusement, je suis convaincu que toute politique culturelle doit tenir compte du coût du livre. A un coût d'impression exorbitant, l'auteur répond par un prix de vente non moins exorbitant.

Le jour de la Fête-Dieu, la motivation du lectorat qui afflue au Parc est le prix rabaissé. Alors, la lenteur de l'écoulement des titres a pour cause leur prix élevé. Et si, dans le déploiement d'une sous-politique de promotion du livre, le gouvernement exonérait en douane le papier d'impression et les autres fournitures qui entrent dans la fabrication de l'imprimé, n'y aurait-il pas, avec cet appui fiscal, une retombée positive pour le livre ? Avec de la bonne volonté, le prix du livre redeviendrait à la portée de tous. J'ai identifié l'une des causes de la crise du livre. J'ai envie de lancer furieusement et vigoureusement: Responsables politiques, à vous de jouer!

Jean-Claude Boyer
Source: Le Nouvelliste