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Le Code Noir: Monsieur Langlois, du vodou haïtien et du catholicisme importé, qui est le chat ? qui est la souris ? (2/5) par Savannah SAVAR

Code noirTout Haïti présente une série d'articles (2/5) de Savannah SAVARY qui peut être considérée comme une réponse aux propos du Cardinal d'origine haïtienne Chibly Langlois rapportés dans l'article " Voodoo won't save Haiti, says cardinal " paru au journal Britannique The Guardian (voir ici)

Comment ils sont venus.

La chute de Constantinople en 1453, cause de la fermeture de la route du commerce vers les Indes, la Chine, et de la ruine des commerçants italiens, aura constitué le point de départ de la Renaissance. La guerre de cent ans opposant l’Angleterre à la France se termine en laissant les deux pays exsangues, avec des conséquences dramatiques sur les plans politique, économique et social. La flotte templière a quitté la France pour l’Écosse et surtout le Portugal, sinon pour les Amériques. Les Templiers ont exercé au Moyen Age, pendant deux siècles, un pouvoir presque absolu dans le domaine politique, financier et religieux, tout en demeurant une organisation secrète qui poursuivait des objectifs connus exclusivement de ses membres. Les moines-soldats connaissaient la route des Indes Occidentales pour y être allé souvent du temps de leur splendeur, leurs troupes sillonnaient celles d'Europe et d'Orient, leurs nefs cinglaient vers l'Amérique du Sud, trois siècles avant Colomb. Leurs descendants poursuivent les entreprises maritimes depuis les ports du Portugal vers l’Afrique. Cependant la route maritime vers l’Amérique du Nord, la région de la nouvelle confédération iroquoise, l’Amérique Centrale et l’empire Inca est trop compliquée par l’Islande. Il est vital de rouvrir la route maritime directe.

Cristóbal Colón a consulté secrètement la carte des Templiers dans la Tesouraria renfermant les archives confidentielles conservées par le roi du Portugal, comprenant les documents amenés par la flotte templière après la destruction de l’ordre par Philippe le Bel. Carte dressée à Dieppe, en Normandie à l'aide des données géographiques provenant des Vikings norvégiens et danois, situant exactement le continent inconnu, le tracé du Vinland, Pays de la vigne, constitué par l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud avec le détroit. Colón a épousé en 1474, à Madère, la señorita Felipa Perestrello, fille d'un Grand Maître de l'Ordre du Christ ayant pris la succession de l’Ordre du Temple au Portugal, héritière  de cartes et documents du physicien florentin Paolo del Pezzo Toscanelli, où il avait tracé la route "menant vers l'Inde par l'océan occidental", avec indication des lieux, pôles, de la ligne équatoriale et des distances. Le roi Alphonse Ier, fort de ces cartes, commentaires et thèses de Toscanelli envoya plusieurs foi à "Brazil" des marins transatlantiques qui lui rapportèrent or et pierres précieuses. Selon Pedro Vasquez de la Frontera, un navire portugais serait allé aux îles inconnues du Ponant. Le pilote en revint seul vivant et alla mourir chez la veuve de Bartholomeu Perestrello où il raconta son voyage et laissa des documents. Aussitôt en possession des documents, Colomb abandonna sa femme, s'enfuit de Porto-Santo avec son fils Diego. L’appât du gain se heurtait cependant à des intérêts politiques puissants en Europe et une catégorique interdiction de la papauté.

À la fin du XVème siècle de l’ère chrétienne, l’Empire catholique apostolique romain gérait le monde par l’intermédiaire de l’Espagne dont Isabelle I ère de Castille et Ferdinand d’Aragon étaient les monarques. 1492. L’insistance et l’acharnement du génois Cristóbal Colón ne suffisent pas pour décider le couple réticent à apporter son soutien au voyage transocéanique, pour découvrir un nouveau continent en suivant l'étoile du matin, la Mérica de l'Egypte antique, nom repris par les communautés spirituelles entretenant le savoir antique. Qoumrâne. Nazôréens de l'Église de Jérusalem. Des moines convainquent Isabelle à recevoir Colomb et permettre son entreprise considérée absolument risquée et coûteuse. Un accord entre les ordres monastiques et la royauté espagnole victorieuse des maures était envisageable pour contrer la papauté et son inquisition toujours en chasse contre toutes traces templières. L’aventurier menace de soumettre le projet à la France. Il reçoit le support de la reine d’Espagne après la victoire sur les maures vaincus à Grenade, car elle pouvait alors monnayer cet avantage auprès du pape et demander l’accès aux richesses des Amériques. La papauté avait eu vent de l’entreprise américaine des Ttempliers et elle savait que l’histoire de la Mérica jetait à bas les dogmes de l’Eglise fondés sur la Bible. Elle savait comment les cathédrales avaient été financées. Elle savait que la maîtrise de cette source de richesses, transformatrice de l’Europe, avait mis à mal son pouvoir et celui des rois. L'interdiction de l'Église de Rome était pour empêcher qu'une nouvelle organisation politique descendante des Templiers ne se remette en place car dans les Amériques il y avait le savoir, l'argent, tous les éléments pour remettre sur pied une organisation politique, économique et sociale contraire aux systèmes de pouvoirs qui dirigeaient l'Europe. Les moines entourèrent Colomb des meilleurs pilotes disponibles pour cette expédition. Le 2 août 1492 est aussi la date du départ de la première expédition de Colomb. C’est aussi l’échéance fixée à tous les Juifs ayant refusé de se convertir au christianisme pour quitter sous peine de mort, le royaume catholique d’Espagne.

Les Templiers font une étrange réapparition par la croix rouge pattée sur fond blanc des voiles de la Santa Maria de Christophe Colomb soit près de 200 ans après leur extermination. La croix indiquait l'appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappelait le sang versé par le Christ. Elle exprimait aussi le vœu permanent de croisade à laquelle les Templiers s'engageaient à participer à tout moment. Les frères Martin-Alonzo et Vincente Pinzón arment au profit de Colomb les trois caravelles de l’expédition. Jamais les nefs n’eussent traversé l’Atlantique si les Pinzón n’avaient pris le commandement des équipages car « l’amiral » Christophe Colomb est un piètre navigateur. Pinzón laissa Colomb « découvrir » les Antilles et fit la route menant vers les embouchures de l’Orénoque et l’Amazone, fleuves permettant de pénétrer à l’intérieur du continent Sud-Américain, utilisé par les Templiers et les Vikings pour acheminer l’or et l’argent du Pérou et de la région de Tiahuanaco. Pinzón avait fait son rapport aux marins français, Bretons et Normands mirent en place la flibuste contre les navires espagnols et portugais. Ils possédaient la clé des Amériques et ne le remettrait certainement pas au roi, encore moins au pape.

Ce mensonge de la découverte des Amériques par un Colomb manipulé par les pouvoirs officiels et occultes, fut préféré à la réalité. Il fut profitable pour les puissants d’Occident de balayer les entreprises civilisatrices des Vikings et Templiers, de mettre à sac et anéantir ces peuples pour satisfaire leur cupidité. La reconnaissance officielle de la « découverte du Nouveau Monde » a eu des conséquences majeures conditionnant la vie politique de l’Europe jusqu’à aujourd’hui.

L’Ordre des Templiers avait institué une organisation en réseaux capable de marier les cultures pour respecter la primauté de l’être humain dans une civilisation sociale, pour démontrer le caractère néfaste et sectaire des pouvoirs politiques et religieux luttant pour la survie de leurs dogmes en détruisant les cultures étrangères. La papauté tint à dissuader le plus longtemps possibles les navigateurs à partir sur la trace des Templiers, car ils découvriraient des vérités qu'on faisait taire en Europe dans les flammes des bûchers allumés par les dominicains et l'Inquisition.  

Les ecclésiastes espagnols comprirent après la découverte des conquistadores et missionnaires espagnols la grandeur de l’œuvre des Templiers en Amérique, mesurèrent le haut niveau de civilisation des indigènes des Andes et d’Amérique centrale. Cette civilisation ne devait pas rivaliser avec le soi-disant ancien continent et montrer le niveau de vie beaucoup plus faible en Europe, nourrir la contestation du système de pouvoir catholique et des systèmes de pouvoir monarchiques. Elle ne pouvait pas contredire la bible et les dogmes des pères de l’Église romaine. La papauté ne cessait de se heurter aux royaumes d’Europe, aux mouvements contestataires des croyants qui ne supportaient pas ses prétentions de pouvoirs théocratiques, dogmatiques et temporels. Sous ses ordres, le clergé se mit à détruire tous ces vestiges d'une culture interdite qu'ils rejettent dans le passé. Sur ce continent des descendants de la Mérica, ils se trouvaient en contact avec une histoire capable de démentir à jamais les écritures bibliques et les faire tous périr sur les bûchers de l'inquisition. Dans ce prétexte peut résider la justification majeure de la papauté pour couvrir le génocide de 70 millions d'indiens tant cette histoire jetait à bas toute la littérature de la Bible judaïque et la prétention de considérer Jérusalem comme un berceau de la sagesse spirituelle humaine. Toutes traces compromettantes de symboles indiens, chrétiens, templiers disparurent car ils fondirent les œuvres d’art en métal précieux et les armées ramenèrent l’or qui enrichit l’Espagne en retour de son aide.

Dès que Colomb découvrit l'Amérique, le pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia, la partagea entre ses compatriotes Espagnols et Portugais, avec sa fameuse Bulle « Inter Caeterae Divinae ». Aux Portugais, l'Asie, l'Afrique et le Brésil. Aux Espagnols, le reste de l'Amérique. Il accorda aux rois d’Espagne le privilège du droit de sacrer les évêques de leurs colonies d’Amérique. Ce sacre se fit par leurs représentants sur place, des hommes tels Cortés et Pizarro, bandits de grands chemins qui réglaient leurs comptes à coup de poignards ou de poison. Le traité de Tordesillas de juin 1494 fixait la ligne de démarcation entre les deux parties du globe attribuées respectivement au Portugal, à la Castille. Tout autre marin tombe sous l’interdiction de la papauté de cingler vers les Amériques sans son autorisation. Secrètement, depuis quatre siècles, les marins français faisaient du commerce de concert avec la flotte templière avec les Amériques. Les capitaines français transgressèrent l’ordre du pape, ils organisèrent des expéditions destructives contre les colonies portugaises et espagnoles, organisèrent la flibuste contre tous leurs navires en voyage de retour.

Dans le « Nouveau Monde », près de 70 millions d'autochtones furent exterminés lors de la conquête et la destruction de leur empire par les puissants d’Europe. Pendant plusieurs siècles d'esclavage féroce, principalement par le travail forcé dans les mines, les forces des ténèbres accomplirent un génocide dix fois supérieur à la Shoah. La préservation du pouvoir de la papauté et la satisfaction effrénée de la soif d'or de quelques rois ont occulté la vérité pour des étendues de silence. Jusqu’à aujourd’hui, peu d’Haïtiens connaissent l’ampleur, l’horreur de ce massacre contre l’humanité mené pour la plus grande gloire d'un Christ fabriqué par l’Europe, pour servir leur cause, un Christ plus collectionneur de crimes que toutes les divinités incas et aztèques réunis !

Le pape porte une chaussure de Saint Paul, une chaussure de Saint Pierre et a le sceptre de Constantin en main. Tous les chrétiens n’ont pas accepté les dictats de l’Église catholique romaine. La fissure s’est cristallisée en 1517.

Les Européens plus affamés du veau d’or que gourmands d’épices, totalement assoiffés de la fontaine de jouvence, entreprendraient une croisade pour la sauvegarde de l’âme des « sauvages » qu’ils ramèneraient à Dieu. Ils sont venus avec la Croix et l’Épée. Ils ont hérité, grâce à leur puissance guerrière d’Ayiti Kiskéia au milieu du bassin Caraïbe. Ils la nomment Hispaniola. Pirates et corsaires, aventuriers et mercenaires français, anglais, néerlandais en font leur point d’escale, de ravitaillement, leur terrain de toutes sortes de chasses. Flibustiers et boucaniers de sa Majesté Louis XIV la rebaptisent Saint-Domingue. Le traité de Ryswick en 1697, est une reconnaissance de l'Espagne de la possession effective de la France du tiers occidental de l'isle.

L’Église catholique romaine, l’esclavage et la traite négrière.

croix savannah savary touthaitiL’autorité morale de l’église dans la société européenne, la violence douce d’un pouvoir stable, régissaient le quotidien et le spirituel. Elle imposait au pouvoir selon ses intérêts, le renforçait, demeurait incontournable pour toute activité d’envergure. De la diligence et la gouverne des hautes strates de la société européenne dépendaient l’ordre chrétien, la puissance d’évocation de la chrétienté et les territoires dominés par la religion.

Le 8 janvier 1454, l’Église catholique romaine et le Pape Nicolas V, Tommaso Parentucelli, dans l’éternel souci d’organiser le monde à la gloire de Dieu, autorisèrent l'esclavage. Le Vatican déclarait la guerre sainte contre l'Afrique dans sa bulle papale "Romanus Pontifex". Cet acte juridique concédait au roi du Portugal Afonso V, au Prince Henry et tous leurs successeurs, l’intégralité des conquêtes en Afrique, le pouvoir de réduire en servitude perpétuelle toutes les personnes considérées infidèles, ennemies du Christ, l’appropriation de leurs biens et royaumes. Cet extrait permet une appréciation du rôle tenu par des hommes agissant au nom de Jésus dans la vassalité d’une race et toutes les ignominies, les tueries qui pendant des siècles en découlèrent.

«Nous avions jadis, par de précédentes lettres, concédé au Roi Alphonse du Portugal, entre autres choses, la faculté pleine et entière d’attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les sarrasins (les Africains), païens et autres ennemis du Christ où qu’ils soient, avec leurs royaumes, duchés, principautés, domaines, propriétés, meubles et immeubles, tous les biens par eux détenus et possédés, de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle, (...) de s’attribuer et faire servir à usage et utilité ces dits royaumes, duchés, contrés, principautés, propriétés, possessions et biens de ces infidèles sarrasins (Africains) et païens... » 

Justifiant l’injustifiable, l’Église catholique romaine a fabriqué une idéologie de légitimation de la Traite, de l’esclavage des Africains et leurs descendants, par la désignation arbitraire d’une couleur, une altérité à mettre sous les fers. Par le partage des prédations négrières, elle s’assurait sa part de gâteau. Par ses encouragements à l’ensauvagement esclavagiste, elle se pourvoyait en nouveaux territoires de croisades, de matériaux disponibles à sa soi-disant évangélisation. Par une interprétation falsifiée des Saintes Écritures telle la légende de la descendance de Cham diffusée sans son réel fondement textuel et théologique, ses dogmes construits sur mesure, elle libérait la conscience des négriers débutants, des traitants néophytes. Par des ordres distribués à son personnel, l’institution religieuse s’assurait de construire un empire exempt d’amour mais immensément fortuné. L’Église s’assura sa part au festin des prédateurs. Théoricienne. Organisatrice. Instigatrice de la Traite négrière, elle mit tout en œuvre pour s’instaurer bénéficiaire directe et temporelle de richesses inévaluables.  

Le Code Noir promulgué en 1685, fixe le statut juridique de l’esclave dans les colonies françaises. Cet ensemble de décrets régit tous les instants de sa vie, les soumissions et tortures pouvant être appliquées par les maîtres, les autorités, pour la bonne marche de la société et un meilleur contrôle des activités, du commerce. L’édit fait explicitement référence à l’Église catholique dans les articles 2 et 3.

Article 2 Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneur et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Article 3 Interdisons tout exercice public d'autre religion que la religion catholique, apostolique et romaine. Voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements…

Comment nous sommes venus.

esclaves jetes en merMoins de trois générations après l’arrivée du fou de Dieu, des dizaines de millions d’Amérindiens composant une des parts les plus importantes de l’humanité, sont exterminés lâchement par les déviances de la civilisation européenne. Arawaks. Ciboneys. Taïnos. Caraïbes. Ignéris. Ces lignes de Francisco de Vitoria, dominicain de Salamanque, illustrent la justification permettant que, Bible dans la paume et fusil à l’épaule, dans leur soif inextinguible d’or, les conquistadores s’instituent la main armée du Créateur pour purifier les terres souillées des Amériques, par les impiétés des Rouges. « Tous ces barbares sont non seulement en état de péché, mais même hors d’état de faire leur salut. Il appartient donc aux chrétiens de les redresser et de les diriger. Il est permis aux Espagnols de s’emparer des terres et des provinces… en vertu du droit de guerre, tout ce que l’on a le droit de faire dans une guerre juste. » Les maladies importées d’Europe et l’encomienda complètent les meurtres perpétués au nom du Christ. L’encomienda est un système permettant de réduire les indiens en esclavage à condition de leur enseigner la religion chrétienne.

Bartolomeo de Las Casas a participé à la colonisation des Amériques aux côtés de Nicolas de Ovando qui remplaça Colomb dans la colonie d’Hispaniola en 1502. Entré dans l’ordre religieux des dominicains puis ordonné prêtre à Saint-Domingue, il convainc Charles Quint à sévir contre les abus infligés aux populations autochtones des Amériques. Les colons d’Outre-Atlantique protégés par l’éloignement ignorent les injonctions impériales mais saisissent au vol une malheureuse suggestion de Las Casas qui propose une alternative économique à l’inaptitude des Indiens aux travaux forcés et leur disparition quasi-totale. La prospérité de la colonie espagnole serait confiée aux Africains plus coriaces, capables de fournir le dur labeur nécessaire à la production de richesses et assouvir la voracité des exploitants. Las Casas involontairement est l’instigateur de la Traite Atlantique.

La Traite Négrière étalée sur près de cinq siècles fut une gigantesque entreprise barbare. Prélats. Aristocrates. Savants. Industriels. Puissants d’Europe. Ces broyeurs d’humanité, se sont mutuellement influencés, engagés et supportés dans une alliance criminelle pour organiser de manière rentable et sadiquement intelligente la déportation de douze à quinze millions d’africains. Ce trafic sanglant du Bois d’Ébène, cette cruelle traite des noirs amènera environ cinq millions d’âmes vers les Amériques. Les esclaves arrachés de la généreuse Afrique remplacent les populations aborigènes décimées par les traitements de la civilisation européenne. Ce paragraphe tiré de l’Affrique et le peuple africain par M. Lamiral illustre la complexité ethnique des hommes et femmes refondus par les mélanges formant le peuple haïtien. « Sur cinquante esclaves qui arrivent, il y en aura de vingt nations différentes de mœurs et de langage, qui ne s’entendent pas entre eux. Ils sont distingués par les différentes manières dont ils ont le corps et le visage tailladés… » L’isle les a accueillis.

Les origines ethniques des noirs amenés par la traite aux Antilles françaises demeurent jusqu’à aujourd’hui un sujet d’études passionnant et non encore épuisé. Il est difficile de classifier toutes les informations disponibles car leurs provenances sont souvent floues et incertaines. Indications souvent fantaisistes des colons sur leurs esclaves. Registres des plantations. Appréciations des voyageurs, colons, armateurs de négriers. Gabriel Debien dans « Les esclaves aux Antilles Françaises » établit de manière hachurée, à partir de deux cent listes d’esclaves venues de toutes sortes de plantations répandues dans l’Ouest, le Nord et le Sud, les provenances des esclaves de Saint-Domingue. Quoique incomplètes ses recherches permettent de retracer les origines de la descendance de multitudes ethniques ayant forgé le peuple haïtien :

Sénégalais ou Sénégals venant du fleuve Sénégal furent les premiers à venir. Calvaires ou Cap-Verts. Yoloffes embarqués à Gorée. Bambaras et Quiambas venant de points à l’Est du Sénégal. Des ethnies d’Afrique équatoriale regroupées sous l’appellation Congos ou Francs Congos, terme à prendre dans un sens très large. Congo regroupait ceux traités entre l’Ogoué et le Congo mais aussi les Malembas des environs de Douala au Cameroun et ceux recrutés au Nord de Benguela (Angola), Luanda et Amboïm. Mandingues peu nombreux venus des bords de la rivière de Gambie. Vrais Aradas du golfe de Guinée. Ethnies amenées de la Côte de l’Or commençant du cap Apollonia et finissant à la Volta rassemblées aussi sous le terme Aradas. Ibos du Biafra. De la Côte des Esclaves, Fidas ou Foëdas. Ardras ou Aradas. Fonds. Maïs. Aoussas. Ibos du Biafra. Nagos. Mocos et Calabars venant du fond du golfe. Coromantis ou Cramentis achetés sur les côtes du Ghana. Cap-Laous de l’Ouest de la Côte d’Ivoire actuelle. Cangas. Bouriquis. Misérables-Mesurades du Cap-Mesurade proche de Monrovia sur la côte occidentale de l’Afrique. Mines recrutés à Saint-Georges de la Mine (Togo). Bobos originaires de la Haute-Volta. Bandias. Barbas. Mozambiques venus de points plus avancé vers le Cap de Bonne-Espérance. Bibis. Adias. Dambas. Timbouts ou Tombouctous sans doute descendus à la côte par le Niger. Mesmades, Aquias. Aras. Aguias. Misérables, Foules, Poules et Poulards désignent les Peuls. Macouas. Mallés. Bambaras du Haut Sénégal et du moyen Niger aux représentants nombreux dans la colonie.

Des nations sont peu représentées : Haoussas venant du Nord. Thiambas. Mondongues du royaume de Benguele. Cotocolis du Royaume de Coto. Tacouas. Barbas. Sosos. Puis, une poussière d’individus appartenant à plus d’une centaine de nations presqu’impossibles à identifier. Adon. Aquidi. Alencouan. Apapa. Anoua. Bagua. Bassa. Colalo. Corango. Dnagonno. Dandia. Anoua. Bagua. Bassa. Colalo. Corago. Dangonno. Dandia. Delamba. Dombarry (confusion avec Gambaris de Calabar). Faquoia. Guébou. Guisy (confusion avec Kissy). Longaba. Mando. Monhougué. Sadar. Simba. Bornous. Bandias.

La colonisation française s’organise autour de la Traite négrière. Constituée par des combinaisons de constantes, par des ethnies de l’Afrique équatoriale atlantique réunies sous l’appellation de Congo, des ethnies diverses embarquées lors d’escales sur la côte des esclaves (Ghana, Togo, Dahomey, Nigéria occidentale), des hommes prélevés dans l’Ouest (Sénégal, Guinée, Libéria), le peuple haïtien demeure unique et exceptionnel.

Du brassage ethnique de Saint-Domingue sont venus des individus au sang mélangé, à couleur de peau variant selon le niveau de métissage. Moreau de Saint-Méry a supposé que le Blanc et le Nègre forment chacun un tout composé de 128 parties et que les mélanges de ces parties permettent selon le pourcentage de sang blanc ou nègre d’un individu de le désigner sous les appellations suivantes : Sacatra. Griffe. Marabou. Mulâtre. Quarteron. Métif. Mamelouc. Quarteronné. Sang-Mêlé. Ces qualificatifs pesant de toute l’importance accordée à la nuance de l’épiderme chez nous, ne changent pas grand-chose au dénominateur commun que demeure la patrie unique dont nous portons les couleurs. La rencontre des millions d’esclaves n’ayant en commun que la couleur de leur peau, arrachés d’une multitude de communautés d’Afrique, jetés sur cette terre a précipité une fabuleuse alchimie. Réduits quasiment au niveau de marchandises périssables, façonnés dans la clandestinité et venus d’une inébranlable volonté de survivre, méprisés et redoutés, nos ancêtres ont su construire malgré les barrières érigées par les puissances occidentales, une identité unique dans un creuset merveilleux par l’entremêlement des disparités, cultes, langues, dialectes, croyances, cultures. Les éléments empruntés aux Amérindiens têtus et l’Europe dominatrice ajoutent un zeste provocateur et attirant aux fortes tendances africaines pour un éclat caribéen exotique et indéniablement puissant. Aujourd’hui s’impose une vulgarisation de nos origines et antécédents pour expliquer l’importance d’une fusion réelle des cellules de la mémoire haïtienne, car un peuple ne sachant pas d’où il vient ne connaîtra pas les limites imposées aux rêves qu’il ne formulera jamais.

Tout se résume en un seul.

Du mélange des cultures et cultes indien, africain, islamique, prit naissance une religion refondée sur les bases des connaissances transmises au travers des besoins et souffrances du nouveau peuple haïtien. Olorum, Dieu unique est le maître du ciel et de la terre. De son royaume, il se penche vers nous, il s’entoure d’un nombre indéfini de Lwa. Ces intermédiaires sont de nature inimitable. Ils relient la créature au Créateur. Ils nous assistent, dans une profusion extraordinaire d’inspirations, prédispositions, tempéraments, caractères, personnalités, spécificités uniques. Ils interviennent à la mesure des pouvoirs conférés par Olorum, dans notre vie quotidienne, nos joies, nos souffrances, nos succès, nos tribulations, nos vicissitudes, nos désirs, nos quêtes, nos aspirations, nos rêves.

Le support spirituel de la religion catholique est Jésus-Christ. La figure principale du vodou est Legba. Une citation de Charles Guignebert tiré de son livre : « Le Christianisme Antique » montre une énorme similitude entre le Christ des autres cultes. « Il semble que sous le nom de Christ, ce soit la vie religieuse du paganisme, avec toutes ses incohérences, qui ait repris vigueur et triomphé de la religion en esprit que le Maître juif a vécue. » La suprême divinité de l’Egypte ancienne est Rê. Celle de la Grèce antique est Zeus. Au-dessus de la vieille Rome veille Jupiter. Dans les Amériques, la civilisation aztèque honore Mixcoatl. Les Incas révèrent Viracocha. Les premiers habitants de l’isle d’Haïti, les Taïnos, les Arawaks, les Ciboneys, les Ignéris, les Caraïbes, reconnaissent Jovana comme auteur de la création. Les hommes de race noire transplantés de l’Afrique sur cette terre, amenèrent dans les navires négriers leurs ferventes croyances en Mawu.

Comme les mythologies égyptienne, grecque, romaine, aztèque, inca et d’autres, le vodou offre une pléthore d’esprits, Lwa qui prennent simplement des appellations différentes. Hathor. Aphrodite. Vénus. Xochipilli. Chasca. Èzilli Fréda sont déesses de l’Amour. Tout se résume en un seul.

Le patrimoine culturel matériel et immatériel s’entrelace en Haïti pour broder une toile purement métissée aux frontières de l’Amérique et aux effluves têtus d’une Afrique lointaine et proche. Le divin en nous, se manifeste sous maints aspects dépendant des temps, continents, civilisations, pays et peuples. Une pensée diversifiée, mais émanant pourtant du souffle divin, d’une source unique. Les civilisations antiques vivaient en symbiose avec la nature. Elles ont personnifié les forces de cette nature. Elles ont attribué une appellation consacrée et immuable à ces entités qui nous gouvernent. Haïti nous conte aujourd’hui les antécédences de l’Amérique et le mysticisme universel.

Savannah SAVARY*
Texte originalement publié dans le Nouvelliste