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Culture & Société

Vodou et culture: Monsieur Langlois, du vodou haïtien et du catholicisme importé, qui est le chat ? qui est la souris ? (4/5) par Savannah SAVARY

Épée Empereur Dessalines savannah touthaiti

Vodou et culture.

Par Savannah SAVARY --- Les déshérités d’Afrique au milieu de leur déportation massive et brutale, plongés dans leur affreuse détresse, ont gardé une foi inextinguible dans leurs Lwa. Le vodou devenue Citadelle d’exile s’est renforcé en leur âme alors que leur corps martyr subissait les dépravations de l’esclavage. La Traite a eu pour résultante l’exaltation de leur foi religieuse et l’établissement précautionneux des rites divers du vodou qui sera traquée par les colons. Dans la Tradition Voudoo et le Voudoo Haïttien de Milo Rigaud, Odette Mennenson-Rigaud assure que les aires rituelles du culte en Haïti sont les suivantes : « Populations Nago plutôt dans le Nord sans y être absolument, avec un rituel plus ou moins pur. Ibos dans le Sud-Ouest. Congo aux environs des Gonaïves, entre l’Artibonite et le Nord-Ouest, à la Vallée de Jacmel, le Sud avec leur rituel gardé de toute altération. Dahoméens près des Gonaïves dans les mêmes parages que les tribus Congo. Les tribus Anmines ou Mina dans l’Artibonite. Les tribus Mondongues dans le Sud-Ouest, Léogane et ses environs. Les Mandingues se rencontrent dans le Nord et l’extrême Nord, au Cap-Haïtien.  La tribu la plus racée, avec le rituel radieux de la tradition solaire, le Rada est établie dans la Plaine du Cul-de-Sac.»

esclavagefouet2Pierre de Vaissière a dressé une liste exhaustive des châtiments infligés à nos ancêtres. Le fouet. La pendaison. Le blanchiement ou écorchement. Le supplice du chaudron. L’écartèlement. Le cachot. Le carcan et le bâillon frotté de piment.  Attacher l’esclave par une oreille avec un clou, puis couper l’oreille.  Les ceps, ou fers aux pieds et aux mains. La boise, pièce de bois que les esclaves sont contraints de trainer. Le masque de fer-blanc destiné à les empêcher de manger des cannes. La havre, une poutre placée à l’extrémité d’un lit de camp et percée de trous, on enferme une jambe du condamné ou les deux à la hauteur de la cheville. Le collier de fer parfois surmonté par derrière d’une croix de Saint-André : bras en haut, les pieds au-dessus de la tête des coupables pour les empêcher de s’enfuir dans les bois. Le supplice du sirop versé sur le crâne alors que le corps est enterré et servir de repas aux fourmis… Punitions courantes et presque officielles. Les cerveaux delirium des colons monteront d’autres tortures exceptionnelles pour contenir les esclaves. Aucun supplice ne put éteindre la foi du Nègre en ses mystères. Le clergé européen avait compris que l’éradication du vodou prônée par la politique coloniale était primordiale pour la survie du système. Plus les représailles s’agrémentaient de raffinements lugubres, plus les Noirs ont rusé pendant près de trois siècles pour garder leur vodou. L’exaspération portée au plafond de l’intolérance a nourri la nécessité de recouvrer à toute force, l’indépendance totale. Les Esprits, les Mystères révélèrent au haut clergé vodou la manière de mener la grève imperceptible ralentissant le travail forcé des esclaves et par extension l’économie de la métropole, la bataille politique et religieuse. Les Mystères entassent les matériaux pour mener la guerre qui enfantera la liberté. Ils initient et accordent protection à ceux qui sont en mesure de porter l’œuvre, écartent ou suppriment par le fer, le poison, les intrigues, ceux qui s’érigent contre la liberté générale. Une méticuleuse préparation des leaders et meetings forment les soldats de l’Indépendance. La lutte est née, s’est poursuivie dans l’ombre, a cumulée en guerres victorieuses, a été gagnée sous les auspices des Lwas vodou. L’indépendance a été prise. Puis, la guerre entre le codou et les autres cultes importés, particulièrement le Catholicisme a continué dans l’exaspération des passions strictement religieuses ou mystico-politiques.

Malgré toutes ces tribulations, dans le secret des hounfò dans l’éclat des cérémonies se déroulant au milieu des lakou, les fastes culturels de son art sans âge, les fêtes patronales, par le canal de virulentes polémiques relayées par la Presse, le vodou se survit perpétuellement. Le vodou exprime une conception religieuse précise du monde propre à son système de valeurs. Le syncrétisme catholico-vodou n’est pas une imitation des rites ou caricatures des saints du catholicisme. Superposition. Greffe. Symbiose. Absorption. Fusion. Si ce syncrétisme représente un des moyens adoptés par le sacerdoce vodou pour survivre, il a été conçu avec la science. Le saint catholique choisi pour marcher avec le lwa vodou lui correspond ésotériquement d’une manière parfaite par rapport à sa fonction hermétique, scientifique, ses attributs symboliques. Jacques Roumain, Jean-Price Mars, Jean-Claude Dorsainvil mettent en lumière ce phénomène retrouvé en Amérique Centrale et du Sud où les dieux et rites indiens se confondent avec les croyances catholiques dans une heureuse cohabitation où chacun puise la vérité selon ses besoins et sa compréhension des invisibles.

La Culture est l’essence d’une société. La résultante de tous les souffles, rêves, conquêtes sur le primitif, la recherche de la beauté, l’adaptation aux exigences de notre nature curieuse, l’interprétation esthétique des choses venue des soubresauts de l’âme. La culture d’un peuple est l’évolution de chacun et de tous dans le temps et l’espace. Ces composantes disparates s’imbriquent pour constituer la marque particulière d’une société. Elle réunit dans son creuset, l’ancien et le nouveau. Elle se cherche, se trouve, s’inscrit dans la pierre, le parchemin et la mémoire pour s’écarteler, se réinventer au gré des ballades et humeurs de l’esprit et des générations. Les traits individuels se fondent, se confondent finalement et de manière continuelle, pour devenir identité unique.  Autant que la langue créole, le vodou fait indiscutablement partie intégrante de l’identité culturelle des Haïtiens. Matrice de l’âme haïtienne, le vodou est issu d’une rencontre historique de ses trois principaux peuples fondateurs, Adja-Fon du Dahomey du sud, Yorouba du Nigéria, Bakongo de l’Angola et des régions limitrophes avec le catholicisme et des éléments Amérindiens.

Culte de famille en perpétuelle évolution grâce à une construction dynamique, le vodou ne se dérobe pas au processus de création-adaptation des premiers temps et de tous les temps, s’ajuste aux espaces et enclos dérobés par ses serviteurs aux colons de Saint-Domingue et aux néo-colonisateurs d’aujourd’hui. Le vodou liberté, accueille ses adeptes à l’envers des religions asservissantes et contraignantes par leurs dogmes unilatéraux. On ne choisit pas le vodou. Le vodou vous choisit. La souplesse du vodou ne disposant pas d’écritures sacrées, commandements, doctrines, séminaires ou catéchisme, renferme le secret de son épanouissement car cette latitude permet d’évoluer dans une sphère libératrice, dépouillée des dictats imposés par de nombreuses religions. Tolérant, ouvert à toutes les influences, le vodou accepte qu’un adepte appartienne à une autre religion.

Culte domestique ou familial. Le vodou est  prières, libations et petites offrandes de nourriture faites par le chef de maison devant un ogatwa pour rendre hommage à ses lwa-racine. Dans les lakou, espace regroupant des maisons appartenant à une famille élargie, le culte se fait dans un demanbre. Culte des temples ou hounfò près des arbres-reposoirs, le vodou public se pratique dans le péristile avec un toit et un poto mitan. Une des pièces de la maison est le badji, kay-mistè des lwa. Une autre pièce peut servir de djevo pour la réclusion des candidats aux initiations. Le houngan, la manbo par vocation ou héritage sont strictement autonomes dans leur gestion des temples et cérémonies. Hounguénikon, hounsi kanzo, hounsi bosal, tambourineurs, pè savann forment la Société-hounfò appuyée par une société de soutien.

Le vodouisant connaît et honore un Dieu unique assisté de nombreux Lwas

Le vodouisant connaît et honore un Dieu unique assisté de nombreux Lwas. Intercesseurs appelés mystères, saints ou zanj, ces esprits terrestres ne sont jamais considérés comme dieux. Génies ou esprits immortels, ils sont placés par le Créateur auprès des hommes. Le vodou ne dépend pas d’une institution légiférant ses souffles, protégeant des dogmes, dans une déclinaison de mesures restrictives. Paroles. Gestes. Musique et danses. Art et création se combinent pour manifester le divin présent en chacun de nous. Dans une expression ne dépareillant pas la forme la plus pure de l’Art, objets et personnes deviennent offrandes vibrantes, sensuelles, pour la gloire de Dieu, des Lwa et la Création toute entière. L’aspect médecine du vodou n’est plus à prouver dans l’art des médecins-feuilles d’utiliser la nature pour guérir des maladies bénignes comme celles déclarées souvent incurables ou nécessitant de fortes dépenses par la médecine traditionnelle.

Aujourd’hui, malgré toutes formes de « Rejeté » entrepris par l’Église Catholique, relayé par le protestantisme, le vodou s’assume. Dans une redéfinition de notre société, le vodou est bien enclavé dans le paysage culturel, l’espace public, l’arène religieuse. Sa réhabilitation, la reconnaissance de son statut légal, son acceptation comme interlocuteur public dans le dialogue national, favorisent l’intégration des masses haïtiennes longtemps tenues à l’écart des grandes décisions la concernant, leur accès à la citoyenneté et impliquent une lutte politique, un choix sociétal bien défini. Le odou subit la Misère qui l’enlaidit comme elle enlaidit tout ce qui touche à l’Haïtien.

Propos recueillis du Houngan Érol Josué.

« Les étrangers semblent mieux informés des potentialités du vodou ignorées des élites haïtiennes, porteuses d’œillères par volonté ou ignorance. La science sous diverses formes développe son peuple. L’hypocrisie locale refuse de reconnaître les manques à gagner pour le pays du fait de l’inutilisation du vodou, science à part entière. Toute une science mise à notre disposition pour déchiffrer les messages de la nature, un héritage des Rouges complété par les Africains. Ses contributions dans les domaines santé et agriculture donneraient une autre direction au développement tant souhaité. Techniques agraires léguées par Zaka. Techniques lunaires prescrites par Maîtresse Clermezine. Les Espagnols décrivirent les Indiens comme un peuple adorateur du Soleil. Ils possédaient la connaissance. Vertus des plantes médicinales. Quand cueillir les feuilles. Comment les casser. Comment préparer les médecines. La richesse culturelle du vodou forge une identité puissante à Haïti. Rien à envier aux civilisations dites avancées. Le vodou présente toute une mosaïque de danses n’existant plus en Afrique. Chants cérémoniaux et invocations empreints de la sublimité des Lwa. L’art pictural à la manière d’un Hector Hippolyte et des temples vodou. Art premier. Art naïf reconnu mondialement pour ses étranges particularités et son agaçante beauté.

En Ayiti, terre fertile pour pieds fragiles, le vodou religion vivante et vécue a toujours tenue la place de la porte de bois, la porte de l’enfer car « Dan pouri gen fòs sou bannann mi ». En 2014, la technologie permet la vulgarisation instantanée de l’information et restreint les marges de manœuvre de toutes les formes de pouvoir incluant l’Église. La religion catholique ne peut plus se payer le luxe d’entreprendre une campagne antisuperstitieuse. Ils nous disent que le paradis existe en haut et l’enfer est sur terre. Autant faire croire que le soleil tourne autour de la terre. Ignorance et misérabilisme ne sont plus désormais la carte de visite de l’Haïtien. La religion catholique ne saura nous déshumaniser par ses attaques, nous pousser à croire que nous sommes maudits. Si les droits de l’Homme décident d’accepter l’esclavage comme crime contre l’humanité, le catholicisme devrait répondre de ses crimes contre les Indiens, l’Afrique, Haïti.

Au terme de treize campagnes superstitieuses féroces dont certaines résultèrent en tueries massives le vodou Martyr a su comme au temps coloniaux se réorganiser pour continuer à servir les nations transplantées d’Afrique et devenues maîtresses d’Haïti. Occupation américaine de 1915-1934. Trujillo et le Massacre de Perejil en octobre 1937 orchestré autour de la diabolisation du vodou. 1986 Chasse aux houngan après la chute du Duvaliérisme. Ces attaques furent possibles par l’analphabétisme spirituel chronique des hommes au pouvoir, souffrant de troubles psychosomatiques et héritiers du complexe affublant l’affranchi. Troubles les poussant à occuper face à leurs frères nègres la place du commandeur et prendre la place du colon. Complexe de l’affranchi en adoration devant un père blanc qui l’ignorait et ignorait une mère négresse qui l’adorait. Une analogie diablement semblable aux sentiments exprimés par certaines autorités religieuses haïtiennes irréfutablement issues du vodou mais ayant embrassé pour des raisons personnelles le catholicisme. Ces citoyens aux multiples visages parés de masques androgynes sont oublieux de la philosophie du vodou qui dans son immense sagesse pardonne leur ignorance. Ce vodou qui intercède auprès des Esprits tutélaires pour permettre aux transgresseurs de se ressaisir et atteindre la dimension d’Homme. Après le séisme du 12 janvier 2010, un bateau hôpital se tint en rade de Port-au-Prince pour porter secours aux victimes. Haïti aurait aujourd’hui besoin de plusieurs bateaux avec un personnel composé de psychiatres, psychologues, ethnologues briefés par des homologues haïtiens capables d’analyser les problèmes issus des crises identitaires de certains haïtiens.

Au-delà de la mémoire, il y a la mémoire. La mémoire belliqueuse des deux sœurs, la Croix et l’Épée subsistent, séquelles de l’esclavage dont l’Église ne peut se décharger. Étonnamment, le prélat entretient encore dans son subconscient la fantasmagorie des époques où Papa Blanc mettait tout en œuvre pour la possession des âmes noires, proposant leur rachat de l’enfer en contrepartie de leur maintien dans la servitude. Bouffon du Roi ! Il semblerait du genre à apprécier les affronts à toutes les Joséphine Baker, les Saartjie Baartman la « Vénus hottentote », cette époque où les Européens considéraient certaines races inférieures et prétendaient s’approprier jusqu’aux fibres de leur âme. Le Cardinal porte malheureusement les séquelles de l’esclavage. Aussi, il est souhaitable que le peuple haïtien lui pardonne, que les vodouisants comprennent. Il n’a pas souillé le vodou. Il a tâté le terrain pour un « Rejeté », l’audace n’a pas marché. Nous concevons sa double déception lorsque peu après sa nomination par le Vatican, il n’a pas pu réunir 5000 catholiques au stade Sylvio Cator en présence de la presse italienne. Il a renoncé à ses origines et s’est renié. Il a choisi de mauvaises dates pour son affaire. La veille du 28 juillet, 99 ème rappel douloureux du débarquement des Américains, la veille du 14 août, 223 ème anniversaire du Bois Caïman, et le 22 août marquant la première flambée insurrectionnelle vers l’Indépendance. Il s’est sali et dans la foulée a humilié par ses mots stériles la mémoire des ancêtres.

Après le départ des Américains en 1934, certains prêtres de l’Église catholique tentèrent d’apprivoiser le vodou par une dernière approche. Ils se proposaient pour bénir les badji dans les hounfò. Le terme « Mès aksyon de gras » découle de cette pratique. Il serait intéressant de connaître quelles tactiques naîtront de l’esprit de notre Constantin local pour apprivoiser l’Haïtien et son sempiternel vodou récalcitrant ! Comme la couleuvre laisse sa peau entre deux pierres, les vodouisants changent de peau, en perpétuelles mutations pour questionner la vie, se revitaliser en communion avec leur Lwa. »

Qui est le chat ? Qui est la souris ?

La création de l’Église catholique romaine puis son établissement par Constantin a été un montage réussi. Dans sa lancée de conquête, la première impulsion de l’Église fut de se contenir elle-même, construire un univers d’étanchéité. Puis muni de cette marchandise spirituelle, s’investir sauveur des âmes, se lancer dans une conquête du monde, une domination des autres. Avec la Croix et l’Épée. À tout prix. Sans vergogne. Sans scrupule. Au nom de Dieu, de son amour des hommes, elle a accompli l’odieux sur terre au détriment de tous ceux qui ne leur ressemblent pas. L’Église plénipotentiaire, au nom de la Civilisation Occidentale Chrétienne a avili Dieu et le Christ, tout en s’avilissant elle-même.

La possession de Dieu demeurait incontournable pour s’imposer aux faibles de l’humanité par la parole et une nécessité pour se faire pardonner les crimes commis contre les faibles, les irréductibles. Pour prendre possession de Dieu, il fallait confisquer sa parole et son royaume. Les accaparateurs de Dieu prescriraient et ordonneraient selon le flux de leur imaginaire fécond, un verbe audacieux et des astuces brillantes. Supposément possesseur de Dieu, l’Église catholique, sans questionnement et forte de ses pouvoirs, souhaite imposer sa domination à tous croisant sa route. Leur conception de Dieu, leurs rites et leur foi puisés des croyances ancestrales, leurs valeurs, ne revêtent aucune importance.

La conquête des territoires, la subordination des hommes et le pillage de leurs richesses ont suivi une courbe ascendante par une agressivité aveugle, totalement inconsidérée de l’Église catholique et ses détenteurs. Conquistadores sans états d’âme, ils ont agi au nom de Dieu. Les esclaves plus fins que le Roi et ses faiseurs de lois, se soumettent sans résistance à l’obligation du baptême inscrite dans le Code Noir. Ils considéraient finalement que ce sacrement renforçait leurs propres rituels, assurait protection et puissance.

Le dogme, instrument de diffusion devant évoluer en acte de foi, sera imposé afin d’établir l’hégémonie suprême. Cette besogne est confiée au prêtre. Jusqu’à ce que l’esclave de Saint-Domingue associe ses esprits aux images pieuses de saints catholiques comportant des détails significatifs du caractère de leurs Lwa. Ainsi, ils pratiquent tranquillement le culte vodou dans l’enceinte des églises coloniales. Agenouillés pieusement au pied des statues, ils invoquent leurs Lwa tout en débitant des prières issues du catholicisme. La moisson était plus que bonne. Tout se passait à merveille. Jusqu’au Bois Caïman. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face au vodou Haïtien rebelle, tenace, têtu. Dans un chassé-croisé digne du chat et de la souris. Qui est le chat? Qui est la souris? Impossible de voir clairement. Temps et circonstances dessinent les coups de pattes, les égratignures et les miaulements d’exacerbation.

Le catholicisme tente de nous détruire pour se donner les moyens égoïstes de sa propre élévation. Le vodou se laisse avaler. En toute connaissance de cause. On le perçoit comme un culte pratiquant le mélange des croyances primitives, tribales africaines et celles instituées par l’Église catholique, dans un syncrétisme sans cesse enrichi de nouveaux apports. Le vodou serait cette fève implantée dans l’estomac de Gargantua qui grandit, s’enracine, produit d’innombrables pousses croulantes de fruits. L’avaleur ne connait pas toutes les indigestions auxquelles il s’expose car on devient toujours ce que l’on mange. Le dicton populaire ne saurait si bien dire. Ou manje pwa, ou bay lapire. La toute-puissante chrétienté gloutonne, la grande avaleuse, la ravageuse est déjà méconnaissable tant qu’elle ne ressemble plus à elle-même.

Nous n’accusons pas l'Église du Christ pure et tolérante de persécution. Ce fut seulement après l’établissement du catholicisme comme religion de l'Empire romain, après qu’honneurs et fortune fussent dévolus à ses ministres que la calamité monstrueuse de la persécution s'enrichit d'une puissance colossale et projeta son souffle virulent sur l'évangile et la religion. Dieu ne menace pas ses enfants. Dieu ne fait pas de chantages. La vraie religion console les hommes quelles que soient leurs croyances. Elle n’est pas en conflit avec aucune autre religion. Elle ne fait pas de prosélytisme. Chaque peuple, chaque culture sert, aime, adore Dieu à sa manière. Le royaume de Dieu est en nous. Dieu n’a pas de maître. Nous sommes Dieu. Nous sommes Dieu en Dieu.

Savannah SAVARY