Culture & Société

Un Baiser Enflammé sous la Neige à Montréal

guerdydujour-baiser enflamePhoto courtoisie: Haitian Fashion Icons

Par Guerby Dujour --- Ce soir, il me prend l’envie de sortir. Je veux me promener tout seul, lier amitié avec le trottoir de Mont Real, entendre le cri strident de la neige sous mes pieds de paysan de Pétion-ville. Je veux sourire avec le soleil radieux de boutillier que je ne vois pas et que je ne verrai jamais dans le pays des amérindiens où le soleil est interdit de briller de tous ses feux. Couvert d’un manteau à grosses fourrures et ma tête dans un bonnet cotonneux, j’avance sur le boulevard des Laurentides, en quête d’un thé à la citronnelle. Deux rasades feraient l’affaire à défaut d’un verre de Barbancourt. Il fait si froid.

Mon téléphone ne cesse de roucouler comme un vieux pigeon. Mes mains glacées ont du mal à le tenir. Et mes oreilles le supportent à peine. Ce sont mes vieux cousins de Boston et de New-Jersey qui m’appellent. Ils veulent savoir si tout va bien. Ne pouvant plus supporter les gifles du vent glacial claquant rudement sur mon visage devenu caduc tout à coup, je m’engouffre dans le premier taxi qui s’arrête. Déposez-moi à Jean Coutu. Ce sera fait mon ami. Me répond le conducteur du taptap qui met son chronomètre en marche une fois installé dans son corbillard moderne.

A peine que j’ouvre l’entrave, je m’aperçois des silhouettes enivrantes d’une jolie femme d’un noir café qui fait secouer mon Cœur comme une branche au vent. Une vraie immaculée, avec un postérieur pousse-au crime, de belles jambes et des yeux charmants qui ne ripostent guère à mon regard lyncheur. Disons plutôt envoûtant. Je m’empresse de la saluer tout en jouant au touriste perdu dans un métro New-Yorkais. Gentille comme un phallus entre les mains tremblantes d’une pucelle, elle me répond comme une gamine. Bonsoir, en hochant sa tête. Son sourire accrocheur ajoute un plus à mes désirs de l’inviter au bar en face. Mais, j’hésite au prime abord. Sentant qu’elle a froid au yeux, j’enchaine une conversation avec la sensualité ambulante. Une quinzaine de minutes après, je sais déjà qu’elle s’appelle N’guenaddi Adelaide et qu’elle est du Benin.

J’avoue que sa musculature m’impressionne.

Après qu’elle se défait de son manteau dans le magasin, Son jean anonyme met ses fesses redondantes en relief encore plus que je ne l’ai cru au début. J’ai comme une crise. Je veux tout à coup casser la Pierre. Je me ressaisis pour ne pas être en ivresse avant même de goûter au bon vin. Adelaide est toute heureuse de me parler de Cotonou, de la derniere exposition du peintre Dieudonné Oténia à Grenoble-France, une fois au bar d’en face. Le Corbusier. L’odeur âcre de la neige sur la chaussée ne m’empêche pas de lui compter mes fleurettes, de comparer sa beauté avec celle de la Joconde. L’hétérochromie de son iris gauche, n’enlève pas une seule parcelle à son Angélique beauté. Elle sourit à chaque fois. Ses dents laiteuses me font penser à Anaïse dans les Gouverneurs de la rosée. Ayant droit à sa carte de visite, je me rends chez elle deux jours plus tard. Ce jour là, elle me reçoit sur le balcon entourant son petit appartement d’étudiant à Boulevard St Michel. Il ne fait pas trop froid. L’atmosphère est plutôt humide. Vêtue d’un décolté bleu, son parfum coco demoiselle en exergue, elle s’assoit en face de moi. Ses cuisses replètes qu’elle croise et recroise laissent entrevoir le linge blanc qu’elle porte. Je retiens mon souffle comme un gamin devant une large tranche de gâteau que j’éprouvais du plaisir à mordre à pleines dents.

Elle se relève d’un bond pour répondre à un appel, car son téléphone grésille à l’intérieur. C’est à ce moment là que je me rends compte combien encore elle était ravissante. Je découvre également la finesse de sa charpente corporelle puis l’architecture de ses fesses élégamment prononcées. On dirait que Dieu les a fabriquées lui-même. Elle revient débrayée. Une posture qui expose ses beaux seins gonflés à s’éclater. Je me dis en moi-même qu’elle m’agace. Maîtrisant mon érection et propriétaire de ma réserve morale, je ne me laisse pas avoir. Je lui fais d’autres aveux. Je refuse de me taire. Je réinvente le monde avec tout ce qu’il n’a jamais eu de beau ni d’époustouflante. Je chante. Et je chante encore. Et la voilà qui se laisse aller au fur et à mesure.

Ses yeux m’expriment toute sa faiblesse et m’indiquent qu’elle est complètement vaincue. Elle devient rêveuse et pose ses belles mains sur ma poitrine. Elles sont si douces, ses mains. J’ai la chair de poule. Quand alors je m’entraine vers elle pour prendre ses lèvres épaisses et excitantes, elle s’esquive. Pas si vite, méchant garçon, me confie-t-elle, l’air embarrassé. Ne pouvant résister à ses charmes et à la proéminence de ses beaux seins bien emballés pour séduire et dont les pointes noires trahissent sa lingerie bleue, je me penche à nouveau vers la venus éternelle. Elle cède. Dans un geste sacramentelle, mes lèvres frottent envieusement ses lèvres aphrodisiaques au goût de mandarine. Je savoure calmement le miel de ses lèvres noires à n’en plus m’arrêter. Je m’interdis, au non de la retenue, de glisser mes mains envieuses entre ses cuisses si belles qu’elle écarte avec un art dont Adelaide est l’unique à en avoir le secret.

Je prends possession d’elle. Elle est désormais la mienne. La température change. Les nuages se font gris à Montréal. La météo annonce qu’il va neiger à nouveau. Je m’empresse alors de regagner mon Motel à la rue St Laurent. J’embrasse la Queen africaine. Je la serre fortement dans mes bras. " Li bwè soup sou tèt mwen ". Nos regards restent accrochés à mesure que je dévale l’escalier. On dirait deux combinés d’un appareil téléphonique. Demain, on ira diner sous la neige avant d’aller regarder “Addicted” le tout nouveau film de Bille Woodruff ….suite…

Guerby Dujour -2014
Photo source: Haitian Fashion Icons

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