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Et si ZAFEN était une lueur d’espoir ? Katleen Felix: a success story!

katleen Felix
Katleen Felix

Par Pascale F. Doresca
Avec la contribution de Julien Verona
Soumis à Tout Haiti Le 20 août 2012
 
« Entre le voyage et le retour se trouve coincé ce temps pourri qui peut pousser à la folie » Dany Laferrière

Pour beaucoup d’Haïtiens de la diaspora, vivre en terre étrangère est une escale dont on ne revient guère. Une cassure insensée  qui érode  le bon sens au fur à mesure qu’on se rend à l’évidence que les rêves trimbalés et mis en veilleuse au fil des ans doivent être troqués contre le pragmatisme asphyxiant des métropoles. Time is money. Adieu odyssée ! L’avenir d’Haïti, beuh ! On n’y croit plus. Une amie avec qui j’en parlais il y a quelques semaines lâcha à brule-pourpoint : « Le futur d’Haïti n’existe pas ! Je m’en fous comme de l’an trente ! Il n y a pas moyen d’aider Haïti, on a déjà tout essayé... tout ce qu’on peut offrir c’est des soins palliatifs… »

Mais a-t-on vraiment tout essayé ? D’aucuns affirment qu’il existe encore d’autres options à explorer. Marc Prince fait partie de ceux qui croient au miracle haïtien. Après tout, Haïti c’est le pays qui a fait 1804. Pour Prince, doctorant en politique publique, si Haïti inclut les « 14 millions d’Haïtiens qui vivent en Haïti et ailleurs, qu’ils se réclament d’Haïti ou non, ce miracle est possible.» Même quand les Haïtiens de la diaspora ne sont pas exempts des tares paralysantes qui rongent notre pays, Prince affirme qu’en nous donnant la main dans une symbiose rédemptrice, nous pouvons sortir de ce bourbier. Et Prince a un exemple en tête: Katleen Félix, ex-Directrice de Projets et Responsable de Relations avec la Diaspora pour Fonkoze, nouvellement nommée Directrice Exécutive de la Fondation Kanpe.

En effet, Mme Félix, est actuellement l’une des personnalités les plus respectées de la diaspora. Si vous écoutez sa dernière entrevue avec Nancy Roc sur Metropolis, vous aurez probablement du mal à croire qu’elle est née et a grandi à Montréal. Félix parle créole comme n’importe quelle Haïtienne et connait Haïti de fond en comble. Financière chevronnée de son état, Félix a laissé en 2007 une brillante carrière à Wall Street pour venir travailler pour Fonkoze, le plus grand organisme de microfinance en Haïti, et contribuer ainsi à l’amélioration des conditions de vie des plus démunis.
Prince n’est, d’ailleurs, pas le seul à considérer Katleen Félix et Fonkoze un « sucess story ». Récemment Hillary Clinton, le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, eut à dire ceci du travail de Félix :  [Fr] « …en nous basant sur les expériences de la diaspora vietnamienne, nous observons comment il est possible de contribuer au progrès et à la prospérité d’un pays antérieurement handicapé…Nous pouvons citer l’exemple de Katleen Félix aujourd’hui présente au forum ; elle a activement participé au lancement d’une nouvelle plateforme de micro-finance, Zafèn, facilitant les échanges entre les membres de la diaspora haïtienne ayant accès à des capitaux et de nombreux entreprises et projets de développement en Haïti qui dans le passé, n’auraient pu accéder à des prêts bancaires traditionnels. Jusqu’à présent, grâce à cette structure, plus d’un million de dollars a été collecté, plus de 760 emplois ont été créés, de nombreux projets à caractère socialement responsable ont été financés… (Metropolis).
 
En fait, la plateforme Zafèn (www.zafen.org)  a été mise sur pied en 2009 dans le but de servir de pont entre les Haïtiens de la diaspora et les micro-entrepreneurs en Haïti.

Cette plateforme sophistiquée (http://youtu.be/NH7_DH8-Pr4) permet aux contributeurs d’investir jusqu’à 5000.00$ via le portail de livraison sécurisé Paypal. Au-delà de ce montant, les organismes ont la possibilité d’ouvrir un compte avec Fonkoze. Il est également possible de répartir les montants investis entre différents projets de manière à diversifier et donc réduire le risque.  La transparence du système assure aux utilisateurs un suivi facile des investissements et un lien privilégié avec les entrepreneurs qu’ils soutiennent. Quel que soit le montant investi, il est important de réaliser qu’aucune contribution n’est négligeable ; avec un investissement minimum de $25.00 combiné à ceux de plusieurs autres, vous pouvez par exemple financer un paysan pour la réalisation de son micro-projet agricole. En plus du financement, Zafèn lui accordera un support technique pour assurer la réussite du projet.

Aussi, sensible à la cause des femmes et confiant quant à leur capacité avérée à gérer et faire vivre une affaire, Zafèn propose également un programme de financement spécial s’adressant exclusivement à l’entreprenariat féminin. Plus particulièrement à ces femmes entrepreneures dont les activités respectives ont grandement pâti du tremblement de terre dévastateur de janvier 2010. C’est par l’intermédiaire de ce programme que Mlle Marie Carmène Dérone est sur le point de redonner vie à l’atelier de couture qu’elle avait été contrainte de fermer après avoir perdu tout son matériel dans la catastrophe. Le prêt qu’elle s’apprête à recevoir, combiné à sa détermination inébranlable, lui permettra effectivement d’investir dans de nouvelles machines et du personnel. La réouverture de l’atelier redonnera un emploi aux 13 personnes dont elle avait dû se séparer. Aujourd’hui, ce projet soutenu par Zafèn permet de créer 13 emplois ; demain, grâce à la fougue et l’énergie de cette femme, il pourrait s’agir de centaines d’emplois œuvrant au rayonnement de l’industrie du textile en Haïti et à l’étranger.   A l’instar de Mlle Dérone, une trentaine de femmes a été identifiée. Elles ont toutes en commun cette détermination qui les pousse à ne jamais baisser les bras face à l’adversité.
 
Zafèn offre à la diaspora la possibilité de contribuer à ces projets prometteurs. Pour chaque dollar investi par la diaspora dans ces projets, un donateur international contribue à hauteur équivalente, permettant ainsi aux investisseurs de doubler leur impact. Dans une entrevue accordée récemment à Kreyolicious Mme Félix avoue que la durabilité du projet est la priorité des priorités de Fonkoze. Un partenariat signé récemment avec Kellogg leur permettra de tester les nouveaux produits financiers créés ces deux dernières années.
 
Imaginez ce qui arriverait si d’autres visionnaires de la diaspora décidaient de suivre l’exemple tracé par Félix ! Et si au lieu d’une seule plateforme de microfinance, nous avions des plateformes pour l’éducation, la santé et l’énergie reliant des haïtiens de partout ! Et si en lieu et places des multiples conférences politiques tenues dans la diaspora plusieurs fois par années, nous avions des réseaux de leaders, de professionnels et de techniciens ! A la bèl sa ta bèl ! Nous montrerions au monde l’image d’une Haïti positive, intelligente et coopérative. Men anpil, chay pa lou. Nos leitmotivs ressuscités. Dignité restituée. Espoir ébauché. Petit à petit. Zepòl ak zepòl. En retour, la diaspora pourrait  tenter de récupérer ses rêves d’Haïti écrabouillés dans les rouages  d’autres rêves circonstanciels. C’est l’internaute Jafrikayiti qui l’exprime le plus gracieusement possible avec son credo « depi nan ginen, bon nèg ap ede bon nèg. »
 
http://kreyolicious.com/katleen-felix-on-making-haitians-self-sufficient-with-zafen/5725/
http://diasporaalliance.org/hillary-clintons-remarks-at-the-second-annual-global-diaspora-forum/
http://www.businessfightspoverty.org/profiles/blogs/meet-katleen-felix-project-director-and-diaspora-liaison-officer

Pascale F. Doresca
Avec la contribution de Julien Verona
Photo: Courtoisie Sylvie Trepanier
Soumis à Tout Haiti Le 20 août 2012