Economie

Haïti marginalisée, non pas à cause de l'annulation de sa dette, dixit Camille Charlmers

Economiste camille-charlmersCertains pays, tels  le Honduras et l’Ouganda, ont accès à d’importants crédits au niveau international en dépit du fait que leurs dettes ont été annulées, a fait remarquer Camille Charlmers avant de souligner que l’annulation de la dette constitue un mécanisme normal de fonctionnement des institutions prêteuses.

Selon l’économiste, l’annulation d’une partie de la dette d’Haïti qu’il a  toujours considéré comme une  injustice ne peut en aucun cas justifier sa marginalisation au niveau international. D’ailleurs, a-t-il fait remarquer,  depuis le séisme du 12 janvier, des crédits non substantiels ont quand même été octroyés à Haïti dont la dette externe s’élève aujourd’hui à près de six cent millions de dollars. Avant l’annulation partielle de sa dette, Haïti payait 83 millions de dollars l’an, a rappelé l’altermondialiste.

Camille Charlmers a surtout  mis en évidence  l’incapacité des dirigeants haïtiens à faire valoir les spécificités d’Haïti lors des négociations avec les responsables des institutions de Bretton Woods exigeant au pays la libéralisation de son économie.

 Il faut mettre en évidence les spécificités d’Haïti qui a été affaiblie par la domination du capitalisme international lui imposant des programmes d’ajustement structurel au détriment des secteurs de développement clés du pays, a-t-il  indiqué.

M. Charlmers critique la complaisance des dirigeants haïtiens vis-à-vis des injonctions des institutions internationales qu’ils appliquent à la lettre sans poser trop de questions. Ils doivent apprendre à rejeter les mécanismes et les conditions de crédits qui, selon lui, seraient préjudiciables au développement du pays. L’économiste a attiré l’attention sur le fait que l’Argentine qui s’est rebellée contre  les mécanismes des institutions internationales connaît aujourd’hui un important taux de croissance.

L’altermondialiste déplore le fait que l’actuelle ministre de l’Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie, en voyage aux Etats Unis pour rencontrer des partenaires techniques et financiers, s’inscrit dans la même lignée que ceux qui sont venus avant elle.  

Il a par ailleurs dénoncé le choix de la politique d’austérité du gouvernement, mise en œuvre par la ministre de l’Economie et des Finances. On ne peut pas appliquer une telle politique dans un pays comme Haïti, où la population meurt de faim et n’a pas accès aux services de base.  

Il faudrait parler de préférence d’une politique capable de stimuler la demande et augmenter le revenu par tête d’habitant », a déclaré M.Charlmers, qui croit que l’austérité, imposée par les institutions internationales, est susceptible d’enfoncer le  pays dans une situation de crise.

Le professeur se dit pourtant favorable à l’idée d’assainir l’administration publique et de réduire les dépenses somptuaires, malheureusement caractéristiques de l’administration Martelly-Lamothe.

Questionné sur la question du budget de la République, Camille Charlmers regrette que ce document soit préparé au niveau des ministères pour être acheminé ensuite au Parlement haïtien. Cette manière de procéder, selon lui,  ne tient pas compte des véritables besoins des collectivités. Il pense de préférence que le processus devrait commencer par les collectivités territoriales.

Danio Darius
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Source: Le Nouvelliste