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Economie

PetroCaribe : les méandres de la dette à court terme

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Peu après le séisme du 12 janvier 2010, Hugo Chavez, grand ami d'Haïti, a décidé d'annuler la dette du pays auprès du Venezuela dans le cadre de PetroCaribe. L'ardoise était de plus de 268 millions de dollars. En cinq ans, l'administration de Michel Martelly s'est ruée sur PetroCaribe. Bilan, plus de 2 milliards de dollars de dette à long terme. Pour les exercices 2013-2014 et 2014-2015, le service de cette dette, effectuée tant bien que mal par le Trésor public, était de 50 226 716,46 dollars américains, selon les chiffres de la direction de la trésorerie et de la dette dont le journal a obtenu copie.

Cependant, ces jours-ci, ce n'est pas la dette à long terme qui a explosé sous Martelly, mais celle à court terme, accumulée sur six mois, qui fait couler des salives. Exaspéré, le président de PetroCaribe, Bernardo Alvarez, le 24 février 2016, s'est plaint auprès de l'ambassadeur d'Haïti au Venezuela, Lesly David, qu'Haïti « ne s'est pas acquittée de ses factures pétrolières pour les mois de juillet à décembre 2015 et de celle de janvier 2016 ».

Mais, bien avant cette piqûre de rappel du responsable de PetroCaribe, le directeur du BMPAD, Eustache St-Lot, le 18 février 2016, avait attiré l'attention du ministre de l'Économie et des Finances, Wilson Laleau, du gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, « sur la situation très alarmante de la dette à court terme d'Haïti envers le Venezuela. Aujourd'hui, a indiqué la correspondance dont le journal a obtenu copie, elle s'élève à 94 089 601,71 dollars américains » pour des cargaisons livrées entre le 21 juillet 2015 et le 22 février 2016. Les compagnies pétrolières, a poursuivi Eustache St-Lot, « nous disent qu'elles sont incapables de trouver des devises sur le marché local ».

Au 29 février, le BMPAD, a appris le journal, a fait l'état des comptes PetroCaribe. Le total de ses fonds en banque est de 62 247 536,91 dollars américains à un taux de référence BRH de 61,4393 gdes pour 1 $. Les compagnies pétrolières, à qui des paiements en gourdes ont été retournés par le BMPAD, représentent 24 727 656,38 dollars, a confié une source au BMPAD. Les fonds à constituer pour le paiement de la dette à court terme étaient de 86 975 193,29 dollars envers le PDVSA. La portion cash des mois d'août 2015-à janvier 2016 à payer au PDVSA est de 85 644 120,54 dollars.

Avec la chute des cours du pétrole, la partie cash versée en dollars par les compagnies pétrolières est de 70 %, a appris le journal. Les compagnies peinent encore à trouver des devises pour payer la partie dollar des importations. « Nous réitérons notre demande de vous rencontrer avec la BRH et un représentant de votre ministère de tutelle, car, d'une part, notre industrie ne vend pas ses carburants en dollars et les banques ne sont pas en mesure de satisfaire nos besoins en devises et, d'autre part, les taux de change de référence génèrent des pertes de change de plus en plus importantes du fait de la pénurie de devises. Il est donc important de reconnaître que la pénurie de devises est un fait avéré et qu'il faudra prendre les mesures appropriées afin que nous puissions continuer à importer des carburants », a écrit, le 4 février 2016, Luc Maiche, secrétaire de l'Association des professionnels du pétrole (APP).

Éponger d'un coup cette dette de 85 644 120,54 dollars laisserait une portion cash de 1 331 072,75 dollars. Avec une facture de 889 431,54 dollars à payer à ESD pour l'opération et l'entretien des 3 usines vénézuéliennes, les comptes seraient presque à sec. Au 13 mars, pourtant, il faut 8 896 725,26 dollars pour importation de carburant. Pour l'instant, le BMPAD n'a pas les ressources pour financer les projets indiqués dans plusieurs résolutions prises en Conseil des ministres. La balance à transférer au 29 février est de 127 millions de dollars.

Sous le feu des projecteurs, Eustache St-Lot, directeur du BMPAD, n'a pas encore accordé d'interview au journal. « L'argent est là, disponible pour payer la dette à court terme. Il est impossible pour le BMPAD d'effectuer des virements hors circuit. Tous les virements, transfert au Trésor public pour financer un projet, dans le cadre de PetroCaribe, sont autorisés par le ministère de l'Économie et des Finances », a affirmé un cadre du BMPAD, soulignant que « PetroCaribe a des problèmes mais que le BMPAD n'est pas en faillite ». Il est absolument impossible que le BMPAD ait financé les candidats proches du pouvoir, a répondu ce cadre du BMPAD. « PetroCaribe va être audité sur la période allant de 2008 à 2016 par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. La vérité éclatera un jour », a affirmé ce cadre.

Entre-temps, le président Jocelerme Privert, ses conseillers, la BRH, le BMPAD entre autres, travaillent sur la manière de régler le problème à court terme auprès du Venezuela. « Je crois savoir que M. St-Lot a proposé que la BRH fasse un paiement immédiat de deux factures du mois d'août totalisant 16 308 569,15 dollars à PDVSA. Que se tienne au plus vite une rencontre au Venezuela avec Bernardo Alvarez, président de PetroCaribe, en vue d'établir un calendrier de paiement pour la balance, soit 69 335 551,39 dollars américains sur 12 mois. Soit un paiement de 5 777 962,62 dollars américains par mois.

Parmi les autres propositions discutées, on prévoit l'achat par la BRH de devises représentant 12 000 000 de dollars américains par mois pour le compte du BMPAD afin de payer la balance et une facture mensuelle. Il est aussi envisagé de surseoir provisoirement au décaissement des résolutions PetroCaribe, a expliqué ce cadre qui revient sur la dette de 572 millions de dollars de la Sogener et l'EDH envers le BMPAD. « Cette dette met en péril PetroCaribe », a-t-il dit. Sogener ne doit pas 161 858 763 dollars au BMPAD. La compagnie a reçu du carburant pour produire de l'énergie transférée à l'ED'H qui doit à la Sogener 170 ou 171 millions de dollars, a nuancé Dimitri Vorbe, l'un des responsables de la Sogener, joint par le journal vendredi 11 mars 2016.

L'accord PetroCaribe, signé le 15 mars 2006, offre des facilités de paiement à Haïti pour l'achat de gazoline, de diesel, de kérosène, de mazout et d'asphalte de pétrole du Venezuela S.A(PDVSA). Selon l'accord, le Bureau de monétisation d'aide au développement (BMPAD), ex- PL 480, joue un rôle d'intermédiaire entre le fournisseur vénézuélien PDVSA et les compagnies pétrolières évoluant sur le marché haïtien. Ces compagnies paient au BMPAD 100 % de la valeur Free On Board (FOB). Par rapport au prix du baril affiché sur le marché international, le BMPAD transfère 30 à 70 % de cette valeur au PDVSA. Le reste est gardé pour financer des projets identifiés par l'État haïtien.

Si le BMPAD et l'association formée par les compagnies pétrolières crient à la rareté des dollars, la BRH, dans une note adressée au président Jocelerme Privert sur le marché des changes et les mesures qu'elle a adoptées, a indiqué avoir pris en charge momentanée des besoins en devises des gros opérateurs tels que les compagnies de téléphonie, les compagnies pétrolières. «D'octobre 2015 à janvier 2016, des ventes directes de 33,5 millions de dollars ont été effectuées à ces opérateurs». Plus spécifique, la BRH avait aussi versé, en septembre 2015, 17.1 millions de dollars à PDVSA pour le compte du BMPAD représentant le paiement de factures pétrolières et au cours du premier trimestre de l'exercice 2015-2016, elle a honoré des factures totalisant 28.6 millions de dollars.

Pour la BRH, la dépréciation est imputable principalement à la raréfaction de l'offre qui s'est manifestée par une contraction continue des volumes de transaction. Une baisse de 146 millions de dollars a été enregistrée en 2015 au niveau des achats contre une diminution de 89 millions de dollars du volume en 2014. Sur les quatre premiers mois de 2016, on constate une chute du volume des transactions à l'achat de l'ordre de 80,2 millions de dollars en comparaison à la même période de l'exercice 2015 où le volume d'achat avait augmenté de 12.9 millions de dollars, a expliqué la note sur le marché des changes.

L'analyse de la position nette de change des banques commerciales n'a pas fait ressortir des comportements qui pourraient expliquer une rétention de devises susceptible d'accentuer la raréfaction de l'offre. Elles sont tenues de respecter quotidiennement le ratio de position nette réglementaire de 2 % des fonds propres au risque d'être pénalisées conformément aux dispositions en vigueur. Au 11 février 2016, la moyenne de la position structurelle du système est de 1.19 %.

Les interventions de la BRH sont réalisées dans le but d'alimenter et d'orienter le marché. Généralement les ventes du système bancaire sur le marché varient proportionnellement aux interventions de la BRH. La moyenne hebdomadaire des ventes du système bancaire est de 40 millions de dollars. Si au cours d'une semaine la BRH intervient à hauteur de 10 millions de dollars, les ventes augmenteront d'autant.

Roberson Alphonse
Source:LeNouvelliste