| Le développement d'Haïti est possible |
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Par Jean Erich René IL N'EXISTE PAS DE MODELE DE DEVELOPPEMENT SIMPLE.Il faut d'abord une théorie de développement pour passer ensuite à la praxis. Sans la pensée que vaut l'action? On ne peut pas franchir le cap du développement avec une conception de petits boutiquiers, de contrebandiers ou de flibustiers qui font tout pour échapper au filet du fisc en encourageant la corruption. Sans le savoir, le savoir-faire et une vision macroéconomique, impossible de mettre en marche cette machine très complexe et assurer son fonctionnement.Nous applaudissons le choix de la Chine comme modèle. Mais, attention! Les NPI ou Nouveaux Pays Industrialisés tels que les 4 dragons d'Asie ont adopté des modèles économiques très complexes. Leurs élites ont conjugué leurs efforts pour concevoir et exécuter le modèle qui convient afin de les intégrer dans le concert des Nations avancées. La République Dominicaine, notre voisine, a fait une percée aussi extraordinaire dans le domaine économique. Pourquoi pas Haïti? Le développement exige des connaissances très pointues. Haïti est plongée dans une crise économique qui laisse plus d'un pantois. La plupart de nos leaders politiques ne sont pas bien imbus de la marche à suivre. Au moment où l'on tente de nous faire croire que tout est perdu, de brillantes opportunités s'offrent à nous. A cette phase des débats nous ne pouvons pas nous contenter de discourir sans apporter les preuves. Il n'y a pas de place pour l'émotion. L'effort indigène, il est vrai, est indispensable. C'est à nous autres Haïtiens, Haïtiennes de mettre d'abord une sourdine à nos luttes intestines, nos querelles byzantines ensuite révoquer définitivement ce mauvais penchant d'ironiser, de dénigrer l'élite intellectuelle détentrice du savoir, afin de poser et résoudre l'équation du développement économique d'Haïti, dans le cadre d'un modèle endogène ou mixte. Il est un fait certain que l'industrialisation demeure la voie cardinale pour arriver au développement économique. Mieux que l'Agriculture, elle permet une croissance rapide, exponentielle en dégageant une plus-value plus élevée. Cependant compte tenu de certaines contraintes liées à notre histoire de peuple colonisé, asservi, avec un pourcentage d'analphabétisme accablant, nous devons supporter le lourd fardeau de nos héritages historiques et promouvoir notre croissance économique à partir de nos traditions culturelles. Comme l'a si bien démontré Jorgenson dans son modèle de croissance des pays sous-développés, en raison de ce dualisme qui caractérise l'économie haïtienne, on peut tirer de nos sols et de nos sous-sols les ressources nécessaires à notre industrialisation et par ricochet à notre développement économique. Il n'est pas prudent de dépendre seulement des capitaux étrangers pour promouvoir notre développement économique. Où trouver l'argent nécessaire à l'investissement que requiert notre développement économique ?Haïti n'est pas aussi pauvre qu'on le pense. Le vrai drame c'est que nous avons pris la mauvaise habitude d'élire des pauvres d'esprit comme Chef d'Etat. A chaque période électorale c'est toujours l'émotion qui domine en privilégiant une politique de pacotille. Nous refusons de faire le choix de nos Candidats en terme de bien-être collectif relativement à leur capacité de gouvernance. Point n'est besoin des narcodollars ni de l'Aide internationale pour financer notre développement. L'exploitation rationnelle d'une infime partie du potentiel minier national suffit pour nous procurer l'investissement initial nécessaire pour le décollage économique d'Haiti. Citons par ordre d'importance économique selon l'inventaire dressé par le BME: - le gisement de carbonate de calcium pur de Paillant d'une valeur de US $ 21 milliards - le gisement de calcaire de Provence (L'Estère) d'une valeur de US $ 490 millions - le gisement de calcaire Marbier de Darang (Gros Morne) d'une valeur de US $ 350 millions - le gisement de calcaire marbier de Périsse (L'Estère) d'une valeur de US $ 280 millions - le gisement de matériaux pour cimenterie ( Morne La Pierre Gonaïves) US $230 millions - le gisement de calcaire marbier de Camp-Perrin US $ 224 millions - le gisement de carbonate de calcium pure de Calebassier US $ 200 millions - le gisement de calcaire marbrier de Barcadère (Anse-Rouge) US $ 140 millions - le gisement de calcaire marbrier de Ravine-à-Couleuvres (L'Estère) US $ 126 millions Nous n'avons même pas mentionné nos puissantes sources de pétrole et nos mines d'or.Une production agricole haïtienne techniquement rationnelle et économiquement rentable peut largement contribuer au démarrage de notre agro-industrie. Dans les conditions actuelles, l'inférence statistique accorde à la production agricole haïtienne un intercepte de: tandis que nous aurions dû atteindre un maximum de consommation de ce qui nous donne un rapport Ce gap est plus ou moins comblé par l'importation qui augmente de jour en jour. Voici le point de blocage du développement économique d'Haïti! Pour lever cette indétermination et résoudre le problème il nous faut passer à une production agricole par tête y+> 0,59. Ainsi nous pouvons obtenir une plus-value et dégager l'épargne nécessaire à notre industrialisation. D.W.Jorgenson in "The developement of a dual economy", a formalisé ce surplus au moyen d'une fonction ayant la forme suivante: s = y - y+ (équation 2)où s = la lettre initiale du mot anglais saving = épargne. C'est la plus-value agricole y = la production globale ou PNB ou encore revenu total y+ = la production nécessaire à la consommation de la population selon sa taille. Il faut deux conditions essentielles pour le développement économique d'Haïti:
1.- Mouvement de la populationIl faut à tout prix, éviter un déplacement massif et spontané de la population agricole. A partir du moment où l'industrialisation est amorcée par le biais de l'épargne agricole, la population totale d'Haïti représentée par P sera divisée en deux parties: une population agricole que nous symbolisons par A et une population industrielle ou manufacturière que nous symbolisons par M de telle sorte que: P = A + ML'industrialisation va entraîner une diminution de la population agricole A et une augmentation subséquente de la population industrielle M. Cette migration ne doit pas se faire dans un climat d'exode sans quoi le processus de développement sera handicapé. Il faut une diminution relative de A et une augmentation relative de M. En d'autres termes il faut éviter une régression absolue de la population agricole et favoriser une régression relative proportionnellement à la capacité d`absorption du secteur industriel. Nous tombons en parfaite adéquation avec le modèle de développement à deux secteurs de Lewis. Pour éviter tout chambardement de nos structures sociales, la transformation du profil de la population globale d'Haïti qui assurera le transfert de notre économie de subsistance à l'économie capitaliste doit se faire suivant une vitesse donnée par la formule suivante:
On peut écrire : A/P = y+/y (équation 2)Dans l'équation 1, tirons y+ On obtient: y+ = y - sRemplaçons y+ par sa valeur dans l'équation 2 on obtient: ou encore: A/P = 1 - s / y (équation 3)L'équation 3 définit de manière concrète, la vitesse de transformation du profil de la population haïtienne pour un développement harmonieux et durable. La condition du développement économique d`Haïti liée à la croissance de sa population A/P sera réalisée quand le surplus agricole s/y croit selon une exponentielle qui entraîne la croissance correspondante de la population industrielle selon le même taux. Par exemple, actuellement le rapport A/P pour Haïti est égal à 85%. Nous savons que y+ = 0,59 pour qu'il y ait plus-value de l'agriculture et épargne il faut un y > 0,59. Par hypothèse si y = 0,21 au temps t0 il deviendrait au temps t+1: y = 0,63c'est à dire grâce à une meilleure technologie on aurait pu tripler la production agricole qui au temps t0 était y = 0,21 et dépasser la barre de 0,59. Dans ce cas on aurait obtenu une plus-value de: La vitesse de transformation de la population globale haïtienne peut être calculée comme suit: Avec une plus-value de 0,04 le passage admissible ou souhaitable de la population agricole à la population industrielle sera 5,44. On aura donc une diminution relative de la population agricole qui comptera désormais pour 79,56 % de la population totale. Aux temps t+2, t+3, t+n., avec la plus-value du secteur agricole ajoutée à la plus-value de l'industrie on pourra dresser un calendrier approprié d'intégration progressive et sans heurt de la population agricole à la population industrielle. Cette mutation se fera dans le cadre du modèle de croissance endogène de Jorgenson. 2.- L`accumulation du capitalLe développement industriel, une fois amorcé, doit pouvoir assurer une croissance continue de son capital pour être viable. Toute augmentation du PNB si elle n'est pas durable aboutira à un accroissement économique mais non à une croissance économique réelle. Le développement économique a comme corollaire obligé une augmentation soutenue du PNB à travers le temps. Il faut que la croissance du PNB soit durable afin d'imprimer les changements mentaux et sociaux indispensables pour affranchir le peuple haïtien de ce frein psychologique qui vise à le maintenir dans les liens du sous-développement et ses fâcheuses conséquences.Jorgenson formalise l'accumulation du capital en faisant appel à la fonction de production Cobb-Douglas: X = M 1- αKα eyt (équation 4)X = production totale du secteur industriel M = force de travail des ouvriers industriels K = capital α = productivité du travail y = taux de croissance de la population Pour calculer la production per capita x (lisez petit x) on divise la population industrielle X (lisez grand X) par le nombre d'ouvriers embauchés M. On obtient: Pour calculer le capital par tête k (lisez petit k), on divise le capital total K(lisez grand K) par le nombre d'ouvriers embauchés M Dans l`équation 5, si nous remplaçons X par sa valeur donnée par l`équation 4 on obtient: D'où : D'où : D'où : Si: k = K / M donc Kα / Mα = kαD'où: Pour calculer la variation du capital par tête x, il faut prendre l`inverse de cette fonction à base naturelle en faisant appel au logarithme népérien. d'où : Le différentiel de x est : La productivité par tête x'/x dépend du taux de croissance du progrès technique y dans le secteur industriel et du taux de croissance du capital k'/k compte tenu de α. Le transfert de la population agricole A vers la population industrielle ou manufacturière M se fera sous la pression inévitable de la différence du taux de salaire dans les deux secteurs. Le salaire dans le secteur industriel est égal à la productivité marginale. Reprenons la fonction Cobb-Douglas pour calculer la variation possible du salaire symbolisé par w (la lettre initiale du mot anglais wage = salaire): Soit X= M1- αKα eyt la production totale du secteur industriel D'où: D'où: Selon l'équation 8, le salaire w dépend de la productivité marginale c'est à dire du rendement de chaque travailleur compte tenu de la performance de la technologie utilisée? La masse des salaires qui seront distribués par l`économie haïtienne, ouvriers agricoles et industriels confondus, sera égale à: wM = salaire des ouvriers de l`industrie uwA= salaire des ouvriers agricoles. u représente le facteur de conversion des salaires agricoles en salaires industriels (1- α)X = la production industrielle qY = la production agricole. q représente le facteur de conversion de la production agricole en production industrielle. Pour satisfaire la deuxième condition du développement économique d`Haïti c'est à dire une accumulation du capital suivant une augmentation continue et irréversible du taux de croissance, il faut: où I = investissementL`industrie haïtienne doit dégager suffisamment de surplus pour financer son investissement afin de supporter les frais de remplacement et d`augmentation du capital. K Dans ce cas la production industrielle doit couvrir à la fois la consommation et l`investissement nécessaires . D`où: ou encore en tirant I dans la fonction précédente : On obtient: I = k' + nkEn le remplacant par sa valeur X devient : Selon l`équation 9 l`industrie haïtienne pourra satisfaire la condition 2 du développement économique d`Haïti à savoir: la production industrielle X doit faire les frais de dépenses des salaires des ouvriers de nos manufactures w = (1- α)x (équation 8), plus les frais d`accumulation du capital k' aussi bien que des frais d`amortissement ou de dépréciation du capital nk Dans l'équation 4 : Remplaçons X par sa valeur donnée par l`équation 4 dans l`équation 8. On obtient: M (1- α) Kα eyt = (1- α)M (1 - α) Kα eyt + k' + nkEn tirant: k' = M (1- α) Kα eyt - (1- α)M(1 - α) Kαeyt - nkD`où :
n = le taux de dépréciation ou d'amortissement du Capital investi. Par Jean Erich René |

