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Pourquoi il n’y a pas beaucoup d’emplois en Haiti?

Jean Erich René
Ottawa le 15 avril 2011
 
Il ne suffit pas de remporter les élections présidentielles, il faut aussi satisfaire les promesses électorales . Lorsqu’on a fait de l’EDUCATION le fer de lance de sa campagne, tout le monde vous attend en chantant. En effet, l’éducation représente la première étappe à franchir pour délivrer Haiti de l’étau du sous-développement. Jusqu’à présent, les efforts consentis par nos dirigeants successifs pour conduire le pays sur la voie du développement ne sont pas payants. Notre principale pierre d’achoppement c’est l’inadéquation des budgets alloués à l’éducation et l’incohérence de notre modèle d’enseignement. Toutefois il convient d’analyser l’impact des investissements alloués à l’enseignement public, d’année en année, sur le PIB ou Produit Intérieur Brut en soulevant les interrogations suivantes:

- Quelle est la rentabilité socio-économique de l’investissement en éducation ?
- L’éducation haitienne prépare-t-elle des techniciens ou des bons à rien?
- Que sont devenus nos élèves du primaire, du secondaire, nos bacheliers, nos universitaires après leurs cycles d’études?
- Allons nous continuer à produire des chômeurs et des frustrés?

Chaque année plus de 100.000 élèves prennent part aux examens du Baccalauréat combinés: rhéto et philo. Les résultats des examens de 2010 accusent un taux de réussite de 60%. Donc 40.000 élèves ont échoué. Qui pis est, nos Universités et Ecoles Supérieures n’ont pas une capacité d’accueil pour les 60.000 lauréats dont la plupart ne font que grossir la bande des sans-travail donc des insatisfaits. Les 2/3 des diplômés, peu de temps après, obtiennent leurs visas pour l’Amérique du Nord. Chaque année le cycle recommence. D’où le faible impact de l’éducation sur l’économie haitienne. Il faudrait des formations professionnelles qui débouchent directement sur le marché de l’emploi.
 

Dans un monde en pleine mutation, tout gouvernement progressiste doit tenir compte qualitativement et quantitativement de l’offre de travail. Sans l’opportunité des débouchés, la formation devient inadéquate. Nous devons faire en sorte que les écoles professionnelles donnent accès à un emploi aux diplômés. A ce sujet, il faut tenir compte de l’avis des Hommes d’Affaires et principalement de la Chambre de Commerce et de l’Industrie, relativement aux nouvelles orientations du Marché du Travail. Un taux de chômage de 67% est pire qu'un cocktail Molotov. Dans ce monde en pleine mutation tout Gouvernement Progressiste ne peut pas se contenter de vains discours. Son gage de succès consiste à satisfaire l’offre de travail, en casant les techniciens issus annuellement de nos Centres de Formations Professionnelles.
 
Pour éviter tout embouteillage regrettable, nous devons privilégier les domaines qui donnent un accès direct à l’emploi. A ce compte le curriculum de nos Ecoles doit être évalué en termes de rendement sur la production des biens et des services susceptibles de dégager une valeur marginale propre à procurer un salaire justificatif de l’embauche. Nous devons éviter tout gaspillage de ressources financières pour une formation académique couteuse sans aucune rentabilité économique ni incidence sociale. Dans une vision à court, à moyen terme et à long terme la production industrielle est génératrice de richesses et d’emplois. Qu’on se le tienne pour dit: certains métiers traditionnels ne nourrissent plus leurs maitres. La production artisanale est grabataire, misérable et miséreuse. Il faut tenir compte de l'importance du machinisme dans le cycle de production.
 
Le système d’éducation haitien doit subir de profondes modifications en vue de s’adapter aux nouvelles exigences du Marché Mondial contemporain. Des opérations chirurgicales majeures doivent être pratiquées dans le syllabus de nos Centres de Formation Supérieurs tant du point de vue de la langue, comme véhicule de transmission, que des manuels d’enseignement. Le parcoeurisme est à bannir. L’Ecole ne doit pas être un lieu de tourments pour les apprenants. On doit solliciter davantage leur sens critique et faire appel à leur compréhension. L’évaluation ne peut pas consister en un récitatif stérile et aberrant. Pour passer d’une économie à dominance agricole à l’industrialisation d’Haiti il faut des connaissances très pointues.
 
Selon Harrod l'éducation est un préalable indispensable au développement économique. Dans sa fonction de croissance économique, il  symbolise l'éducation par A, initiale de l'expression anglaise Appropried Sciences ou en franâais Sciences Appliquées c'est à dire la technologie. Harrod associe étroitement la croissance économique d'un pays à son investissement dans l'augmentation de son Capital (K) grâce aux dépenses (α) consenties dans le secteur de l'Education(A):

Y = Kα(AL)1

Y: représente la production nationale.
K: c'est le capital national c'est à dire nos biens, nos matériels, nos infrastructures.
α: représente la quantité d'argent investie par les dirigeants pour équiper la nation en vue de la production.
A: représente le niveau technique du pays ou encore la technologie disponible pour produire.
L: est l'initiale du mot anglais Labor qui signifie travail.

 

 

En combinant A et L, l'expression (AL) traduit le rendement de chaque travailleur en fonction de la technologie en cours dans le pays. Il est clair que le rendement au travail d'un homme avec un tracteur ou d'un ordinateur est nettement supérieur  celui d'un ouvrier armé d'une machette ou d'un crayon.
 
Selon Harrod la production est une fonction pure et simple de la somme investie pour équiper la nation en matériels de production Kα et du pourcentage du budget national consacré à l'éducation et à la recherche scientifique (AL)1 -α, afin de doter le pays d'une meilleure technologie.
Le différentiel de la fonction d'Harrod qui est une fonction exponentielle de type Cobb Douglass de degré 1 c'est à dire une fonction de production homogène dont le rendement est croissant à l'échelle nous oblige à prendre son logarithme afin de la linéariser.

Y = Kα(AL)1-α

devient :

log Y = log Kα + log(AL)1 - α

ou encore

log Y = α.log K + (1-α ) log AL

 

La dérivée de cette fonction est:

Y'/Y = α.K'/K + (1-α) A'/A

 

c'est la somme investie pour augmenter le capital national haïtien. (1-α) représente le pourcentage du budget de la République d'Haïti affecté à l'Education Nationale. La dérivée de la fonction de croissance de Harrod nous permet de conclure que toute variation ou augmentation de la production nationale Y'/Y dépend de la quantité d'argent dépensée pour augmenter le Capital national (αK'/K) et de la portion du budget qui est réservée à l'éducation pour élever le niveau technique de la population haïtienne (1-α) A'/A afin de répondre à la demande du Marché du travail

 

Cette fonction d'Harrod et sa dérivée décrivent clairement la situation lamentable de l'économie haïtienne , notre sous développement chronique et conséquemment notre niveau de chômage de 67%. Par leur obscurantisme mystificateur et réducteur, la plupart de nos Chefs d'Etat plus intéressés aux luttes politiques, aux cancans, négligent d'augmenter le Capital National, le nombre d'écoles et la performance du programme scolaire. Il devient impérieux pour le prochain Nouveau d’Etat qui a fait de l'Education la priorité des priorités de son programme de Gouvernement, s’il ne veut pas se faire ridiculiser, de tenir compte de certaines contraintes associées à UNE EDUCATION POUR LE DEVELOPPEMENT. Selon le rapport mondial 2001 du PNUD sur le développement humain de Boeck University, Haïti accuse un indice technologique de 0,093 tandis que la Jamaïque a un indice technologique de 0,261 et la République Dominicaine un indice technologique de 0,244.
 
Seul un investissement massif dans le domaine de l'Education nous permettra d'arriver au développement économique d'Haïti par une augmentation de notre indice technologique.

Actuellement en Haiti on observe une grande discordance entre les formations dispensées et les besoins du Marché du Travail. La rentabilité de l’enseignement doit avoir pour objectif la croissance continue de la Production Nationale. Grâce à ce différenciel on peut embaucher de nouveaux travailleurs. Le déséquilibre socio-culturel handicape l’évolution économique et sociale d’Haïti. La technologie est le multiplicateur par excellence de la plus-value que dégagent les investissements et la condition sine qua non du recrutement de nouveaux travailleurs. Il existe une étroite corrélation entre l’éducation et la croissance économique. Nous devons les agencer de manière harmonieuse afin de produire l’osmose génératrice de l’embauche. Voilà pourquoi l’emploi en Haïti se fait de plus en plus rare et les tensions sociales plus fréquentes.

Jean Erich René
Ottawa le 15 avril 2011
 

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