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« Un budget national sans plan de développement », selon Eddy Labossière
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Eddy Labossiere - President association of economistesLe projet de loi de finances 2011-2012 ne reflète pas, selon l'économiste Eddy Labossière, les promesses faites à la population par le gouvernement en matière de développement. « C'est une déception », lâche sur un ton acerbe l'économiste, sidéré par le nouveau budget de l'Etat qui, de son avis, ferait peu de cas des secteurs productifs et de la souveraineté nationale. 

Intervenant, ce lundi, sur les antennes de RadioMajik9, le professeur Eddy Labossière a fustigé les choix économiques inscrits dans ce document de finances publiques qui est en passe d'être déposé au Parlement. « Rien n'a changé dans le budget», déplore-t-il. Selon le président de l'Association haïtienne des économistes, le gouvernement a raté cette année l'occasion de faire la transition vers une culture budgétaire rentable et rationnelle.

Estimé à 119,3 milliards de gourdes, ce premier budget de l'administration Martelly-Conille serait, de l'avis de Labossière, élaboré en dehors d'une planification globale de développement. « C'est un budget de salaires, un budget de moyens et non de résultats», martèle le professeur. A noter qu'il s'agit, en raison du retard enregistré dans le cycle budgétaire, d'une reconduction de la loi de finances 2010-2011.


Des 36,1 milliards de gourdes prévues pour les dépenses courantes de l'Etat, « l'exécutif a pris la part du lion », note Eddy Labossière. Cette année encore, les fonds publics seront épuisés, présage-t-il, dans les frais de fonctionnement des ministères et des secrétaireries d'Etat, plus nombreux sous le gouvernement actuel. 

Pourtant, d'après Eddy Labossière, ces ressources publiques pourraient servir à la reconstruction des bâtiments publics détruits par le séisme de 2010. « On ne doit pas attendre l'étranger pour rebâtir le palais national, le palais législatif, le palais judiciaire et tous les autres symboles de la souveraineté nationale», signale le professeur. 

Le président de l'AHE garde cette même considération pour la tenue des élections. Selon lui, il en va de notre capacité à choisir nos dirigeants, une condition indispensable pour sortir l'économie haïtienne de la production d'habillements (sous-traitance) et de mangues à laquelle la Division internationale du Travail semble la confiner.

L'économiste a particulièrement relevé des contradictions entre les annonces faites par le gouvernement concernant ses priorités et ses choix budgétaires. Parmi les 4 « E » prioritaires de l'administration de Martelly (éducation, Etat de droit, environnement et emploi), seule l'éducation serait, selon le professeur Labossière, effectivement considérée comme une priorité dans la loi de finances, avec 13,4 % du budget national.

Déclaré secteur prioritaire par la présidence, l'agriculture mérite, selon Eddy Labossière, une tranche du budget national beaucoup plus importante que les 6,4 % que le ministère de l'Economie envisage de lui accorder. Selon le président de l'Association haïtienne des Économistes, 10 % du budget lui seraient plus appropriées, étant donné son importance dans la population active, sa contribution au PIB national (23%) ainsi que son rôle dans la lutte contre l'insécurité alimentaire qui d'ailleurs affecte aujourd'hui environ 45% des ménages haïtiens. Par ailleurs, Eddy Labossière a du mal à imaginer comment avec un portefeuille d'environ 1,4 % du budget global, l'environnement pourra concrétiser la vision du Premier ministre de porter la couverture végétale de moins de 2% à 5% à la fin de son mandat. 

L'objectif du gouvernement d'obtenir un taux de croissance de 7,8 % au cours de cette année laisse le professeur Eddy Labossière sceptique. Selon lui, pour réaliser une telle performance, il faudrait l'accroissement de l'investissement non seulement durant l'exercice en cours, mais sur plusieurs années. « Une telle performance ne serait pas impossible dans le contexte de la reconstruction », nuance-t-il d'un autre côté. « Mais les élites doivent s'asseoir autour d'une même table pour refonder le pays », recommande l'économiste. 

Sur un autre front, Eddy Labossière trouve peu ambitieux l'objectif du ministère des Finances de recueillir 45,6 milliards de gourdes de recettes publiques. Selon le président de l'AHE, le gouvernement doit pour accroître ses recettes se donner les moyens sans augmenter les taxes, par exemple par la modernisation du système fiscal et la lutte contre la contrebande. 

Augmenter les recettes publiques représente aujourd'hui une nécessité, d'autant plus que l'aide internationale qui a financé l'an dernier le budget à 60% n'est pas une manne intarissable. La conjoncture économique internationale n'annonce pas une année réjouissante mais « agitée », pour répéter la Banque mondiale, qui table sur un ralentissement de la croissance mondiale en 2012.


Dans ce contexte, les promesses d'appui budgétaire et d'aide au développement faites par plusieurs pays « amis d'Haïti » sont susceptibles de ne pas être tenues, redoute Eddy Labossière. A rappeler que ce n'est qu'au quatrième trimestre de l'exercice fiscal dernier que l'Etat a reçu une bonne tranche de l'appui budgétaire promis. Ce qui, selon les autorités financières, avait retardé de façon considérable le démarrage des grands chantiers de la reconstruction.

Carl-Henry CADET
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Source: Le Nouvelliste
24 Janvier 2012