| Michel Martelly ou le Triomphe de la Médiocratie |
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Par Castro Desroches Lorsque les clameurs de la foule se seront tues, le 4 avril entrera dans les annalesde l'Histoire, comme une journée de deuil national. Un nouveau 22 septembre. Aprèsle gros bleu et le kaki, c'est le rose qui est devenu aujourd'hui la couleur de ladéchéance dans un pays livide, écorché à l'arme blanche. Comme si le séisme du 12 janvier 2010 ne suffisait pas, une autre catastrophe (potentiellement plus grave, qui sait ?) est venue assener le coup de grâce à Haïti. Un an plus tard (et plus triste), les rêves de milliards, de reconstruction et de refondation de la Nation haïtienne se sont vite transformés en cauchemar. Tours de Babel. Babylone. Baby Doc. Ruines dePompéi. Châteaux de cartes. Coup de poker électoral. Châteaux de sable. L'amer à boire et le « poison » d'avril servis sur un banc de sable. Naufrage national entre vents et marées. Ricanements lugubres des dents de la mer. Adieu oh, nous sommes dans l'eau. Mère de Dieu, priez pour nous pauvres « pêcheurs », maintenant et à l'heure de notre mort, Amen. Avec la bénédiction des prêcheurs en eaux troubles, Sweet Micky va présider pendant cinq ans (ou cinq mois, c'est selon) aux destinées de ce singulier petit pays que l'historien Roger Gaillard appelait à juste titre La République Exterminatrice. Partie du grand Nord, dans son voyage triangulaire, la bouteille à la mer lancée du grand bateau fou a finalement atterri sur les côtes squelettiques d'Haïti. Message cryptique, apocalyptique. Châtiment pour le péché originel de 1804. Tu enfanteras labête immonde dans la douleur la plus atroce. Ave César, ceux qui vont mourir te saluent. Césarienne sans anesthésie à l'Hôpital Général pour l'accouchement du nouveau Néron sous les regards satisfaits des infirmiers en bleu de Baby Doc.
Ce que l'on considérait hier encore comme une fanfaronnade d'ivrogne et dedrogué est devenu aujourd'hui brutale réalité. Une nouvelle secousse dans la spirale abyssale de la mort. De la matrice du chaos, est né, le nouvel homme d'airain. Lemauvais clairin est tiré de la canne amère, il faut le boire ou le rejeter. Assoiffée depouvoir, la classe politique est aux abois. Restée sur sa faim, elle attend l'appel Digicel pour vendre à vil prix son âme-véritable (l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal). Combat épique pour le maïs et le petit mil. Bataille ultime entre science et conscience. Attentisme et patatisme marchent main dans la main dans le corridor dela tentation. Clair-obscur. « Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu ». Emmène-moi avec toi sur le toit étroit du Palais. Je t'apporterai un pirouli qui te flattera lepalais.
L'avocat du Diable, Reynold Georges, ne sait plus où donner de la tête dans l'empire du mal. Slaloms géants sur les charbons ardents de l'incertitude. Calculs politiques grandioses mais empiriques. L'opportunisme n'est pas une science exacte. Pile ou face ? Il ne perd jamais la face de Belzébuth. La belle ou la bête ? Il fait la navette entre l'impure et le pire. Valse-hésitation, dénonciations, dissociations et revirements obscènes sur la scène. Coups de foucades. Macarena et Lambada au son cacophonique du Compas. Il faut suivre pas à pas les contorsions et les gesticulations du vainqueur. Michel Martelly va-t-il assurer l'animation musicale à sa propre cérémonie d'inauguration ? « I don't care. I don't give a damn. » Va-t-il jouer complètement nu comme il l'avait promis dans une interview ? C'est un gouvernement de gros bozos ! Avantages barbe et moustache. Les musiciens chétifs ne seront pas au goût du chefde bande. C'est un gouvernement de braguettes bien remplies et de postérieurs rebondis pour le dur « métier » de durer au pouvoir. Les postulants aux « instruments » dérisoires sont respectueusement priés de rester dans les jupes deleur maman. Photos à l'appui s'il-vous-plaît. Pas le temps de vérifier le bon grain del'ivraie.
La campagne d'intoxication a marché comme sur des roulettes. Sweet Micky est entré bien poudré, bien maquillé dans le petit manuel d'histoire de Jean-Claude Dorsainvil à travers des élections travesties. Tête de calebasse. Sourire carnassier. Oreilles en trompette. Nez concombre. Moustaches microscopiques de Führer des Tropiques. Smoking rose de fumiste. Pantalette Victoria's Secret. Soutien de l'OEA. Coiffure queue de Mulet. Mélange pestilentiel de parfums Florida et My Dream. Tous les pays amis ont leur Histoire d'Haïti, particulièrement les Etats-Unis, laFrance et le Canada. Par la grâce du dieu dollar, Sweet Micky est devenu Président. Président « constitutionnel » comme dans les notes autobiographiques de Leslie François Manigat. Président d'opérette, Président fantoche ? Règne éphémère des sans mamans ? Trois cabinets ministériels auraient été déjà faits et défaits. Fiévreuse attente sous les tentes du chef suprême et effectif des nouveaux volontaires de l'insécurité nationale. Résurrection de l'Armée défunte. Armée deZobops. Armée de Zombis en kaki. Promesse électorale : une petite voiture (blindée ?) pour chaque jeune Haïtien. Protection assurée contre les balles assassines et les tessons de bouteilles qui ont failli emporter Wyclef Jean au pays sans chapeau. La main enveloppée du drapeau national (en guise de pansement), notre futur Président est devenu la risée de lapresse internationale. Je panse, donc je suis. C'est toute une nouvelle ère qui commence dans l'aire du Bicentenaire. La descente indécente aux enfers. Pendant que je lisais L'amour aux Temps du Choléra de Gabriel Garcia Marquez, j'ai négligéLa Chronique d'une Mort Annoncée et L'Automne du Patriarche. Pour qui et pourquoi sonne le glas ? Serait-ce le bal ou la balle des adieux ? On dit qu'il est devenu impossible de trouver un cireur de bottes à Port-au-Prince. Ils veulent tous devenir parle/menteurs, Députés ou Sénateurs, en vue de construire 15 kilogrammes de route dans leur section rurale. Aspiration légitime dans un système démocratique. Même son de cloche. Alors, pourquoi les musiciens qui appartiennent à une « caste supérieure », n'aspireraient-ils pas à la reluisante positionde Président ? Pourquoi n'auraient-ils pas un pied-à-terre dans les ruines du Palais national ? Bien sûr, les musiciens (qui ont un sens sûr du rythme) commettent parfois quelques erreurs arithmétiques. Comme ces $ 50.000 destinés à bâtir des cahutes pour les victimes du séisme qui se sont volatilisés à Vilaj Vilaj du musicien haï/sien (et québe/quoi ?) Luck Mirvil. L'argent s'est dissipé en vol aller-retour entre nulle part et ailleurs. Pince-sans-rire, Lucky Luck attend une autre contribution de 25 millions dedollars pour commencer à construire des villages fantômes dans le Far West. Ce ne sera pas facile de trouver un « terrain » d'entente avec les bailleurs de fonds et les bailleurs de faim. Que dire des centaines de milliers de dollars destinés à alléger la douleur des victimes du séisme, qui se sont retrouvés par hasard dans les caisses de la maitresse de Wyclef Jean sous forme de salaire pour droit de cuissage. Que dire des centaines de milliers que Michel Martelly doit aux banques floridiennes dans lecadre de ses tractations immobilières. Le salaire de chef d'état va-t-il lui permettre des'acquitter de ses dettes ? Le Président du Compas va-t-il être extradé en Floride pour crimes économiques et autres ? Avec l'avènement de Sweet Micky, c'est tout un monde qui finit. Finies les histoires enfantines de Bouki et Malice et de Mickey Mouse. C'est la fin de l'innocence qu'on avait sauvegardée même pendant les heures les plus sombres de la dictature duvaliériste. C'est la fin de tout faux-semblant de décence et de dignité. Le pouvoir en Haïti est devenu un vrai bordel. Un lupanar avec des ampoules roses clignotantes. Haïti est capable du meilleur et du pire. Ayant atteint le fond de l'abîme, elle est condamnée à rebondir. Le sursaut national contre l'inacceptable est la seule voie desalut. Castro Desroches This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it |

