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Invasion étasunienne et occupation d’Haïti (1915-1934)

Invasion étasunienne et occupation d’Haïti (1915-1934)

 

Au début du 20e siècle, en vertu des politiques intervientionnistes, le président Woodrow Wilson envoie les Marines en Haïti pour restaurer l’ordre et pour maintenir la stabilité politique et économique dans les Caraïbes après l’assassinat du président haïtien en juillet 1915. Cette occupation dure jusqu’en 1934.
Le gouvernement des Etats-Unis est intéressé à Haïti des décennies avant son occupation. Envisagé comme une base navale potentielle pour les Etats-Unis et pour d’autres puissances impérialistes, un Haïti stable suscite l’intérêt des fonctionnaires diplomatiques et de défense aux Etats-Unis, qui craignent qu’une domination étrangère sur Haïti résulte de son instabilité. En 1868, le président des Etats-Unis Andrew Johnson propose l’annexation de l’île d’Hispaniola, composée d’Haïti et de la République dominicaine, pour assurer les enjeux économique et de défense dans les Antilles. Entre 1889 et 1891, le secrétaire d’Etat James Blaine échoue à obtenir la concession du Môle-Saint-Nicolas, une localité située sur la côte au nord d’Haïti et stratégiquement placée pour établir une base navale. En 1910, le président William Howard Taft octroie un prêt colossal en espérant qu’Haïti puisse rembourser sa dette internationale, ce qui aurait pour objet d’atténuer une influence étrangère. Toutefois, cette tentative s’avère infructueuse en raison de l’ampleur de la dette et de l’insatbilité intérieure du pays.
Ancienne colonisatrice d’Haïti, la France maintient de fortes relations économique et diplomatique avec le gouvernement haïtien. Dans la négociation franco-haïtienne de 1824, la France accepte de reconnaître l’indépendance d’Haïti si ce dernier paie une énorme indemnité, ce qui garde Haïti constamment endetté et met la France dans une position dominatrice sur les échanges commerciaux et sur les finances d’Haïti.
 
Malgré le mécontentement du lien étroit avec la France, les responsables des Etats-Unis se soucient davantage de la croissance des opérations commerciales et de l’influence des Allemands. Au début du 20e siècle, la présence allemande en Haïti augmente au fur et à mesure que les commerçants allemands commencent à établir des filiales commerciales en Haïti et se trouvent rapidement à la tête des affaires commerciales dans la région. Des hommes allemands se marient avec des femmes haïtiennes pour contourner les lois qui interdisent les étrangers d’avoir des propriétés foncières et de s’enraciner dans la communité haïtienne. Les Etats-Unis considèrent l’Allemagne comme étant leurs très grands rivaux dans les Caraïbes et craignent que la maîtrise allemande leur donne un avantage puissant dans la région.
 
Dans les années précédant 1915, une instabilité croissante intensifie l’action des Etats-Unis pour dissuader l’influence étrangère. Entre 1911 et 1915, sept présidents sont assassinés ou renversés en Haïti, ce qui fait croître la crainte des responsables des Etas-Unis d’une intervention étrangère. En 1914, l’administration Wilson envoie des Marines en Haïti pour retirer 500 000 dollars de la Banque nationale d’Haïti en décembre 1914 et pour les mettre en lieu sûr à New-York, ce qui donne, aux Etats-Unis, la mainmise sur la banque. En 1915, le président haïtien Jean Vilbrun Guillaume Sam est assassiné, et la situation en Haïti se déstabilise rapidement. De ce fait, le président Wilson envoie les Marines en Haïti en prétendant que cette invasion tente de réprimer l’anarchie. A vrai dire, l’administration Wilson se dispose à protèger ses actifs dans la région et à stopper une invasion potentielle des Allemands.
 
L’invasion prend fin avec la Convention haïtiano-américaine de 1915. Les articles de ce traité permettent la création d’une gendarmerie haïtienne, une force militaire composée essentiellement d’Etasuniens et d’Haïtiens et dirigée par les Marines. Les Etats-Unis conquièrent la mainmise totale sur les finances haïtiennes et le droit d’intervenir comme bon leur semble nécessaire. En outre, le gouvernement étasunien manipule agressivement l’élection d’un nouveau président pro-américain, Philippe Sudre Dartiguenave, pendant la législature haïtienne en août 1915. Le mécontement de la population haïtienne s’intensifie, car la sélection de ce président ne représente pas son choix.
 
A la suite d’une manipulation réussie des élections législatives, l’administration Wilson tente de forcer de façon autoritaire le parlement haïtien à adopter une nouvelle constitution en 1917, qui permet à des étrangers d’obtenir des propriétés foncières, quelque chose qui est déclaré illégal depuis la Révolution haïtienne pour empêcher que des étrangers dirigent le pays. Le parlement se montre on ne peut plus réticent à changer cette loi de longue date et rejette cette nouvelle constitution. Les législateurs commencent à rédiger une nouvelle constitution anti-américaine, mais les Etats-Unis forcent le président Dartiguenave à dissoudre le parlement, dont les membres ne se rencontrent qu’après 1929.
 
Certaines des politiques les moins acceptées de la gendarmerie incluant la ségrégation raciale, la censure de la presse et le travail forcé provoquent une rébellion paysanne de 1919 à 1920. Le Sénat étasunien envoie un comité d’investigation en Haïti en 1921 pour vérifier les affirmations d’abus et, par conséquent, le Sénat réorganise et centralise le pouvoir en Haïti. Après quoi, Haïti demeure relativement stable, et un groupe restreint atteint une prospérité économique, alors que la plupart des Haïtiens restent dans la pauvreté.
En 1929, une série de grèves et de soulèvements entraînent les Etats-Unis à commencer à se retirer d’Haïti. En 1930, les fonctionnaires étasuniens commencent à former des fonctionnaires haïtiens pour diriger le gouvernement. En 1934, les Etats-Unis, de concert avec la Politique de bon voisinage du président Franklin D. Roosevelt, quittent officiellement Haïti, mais gardent toujours des liens économiques avec le pays.

 

 

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