| FORCES ARMEES EN HAITI OU BARRICADE CONTRE LA SOCIETE CIVILE. |
|
FORCES ARMEES OU BARRICADE CONTRE LA SOCIETE CIVILE. Par Willy Pompilus Certains croient que nous sommes contre les forces armées d’Haïti seulement à cause de son histoire de brutalité. D’autres peuvent voir un dessous idéologique, partisan ou peut être un pacifisme intransigeant .Oui nous sommes pacifiste mais nous avons aussi evalué tous les aspects sécuritaires et nous ne voyons en quoi une force armée a vocation militaire servirait les intérêts d’Haïti . Il y a deux questions préliminaires à se formuler en posant le problème de l’utilité stratégique d’une force armée a vocation militaire : A) Quels sont les risques pourqu'’Haïti soit victime d’une agression militaire de ses voisins ? B) Quels sont nos objectifs pour ce siècle et nos intérêts spécifiques dans la Caraïbes qui justifieraient une vision défensive de caractère militaire? Si la Rep Dominicaine tombe dans la catégorie des suspects de menace a la sécurité nationale d’Haïti, celle-ci est loin d’être militaire. Il n’est pas et ne sera pas dans l’intérêt de la Rep Dominicaine d’agresser Haïti dans les conditions actuelles quand notre pays est indispensable pour sa croissance. L’intérêt d’Haïti aussi est d'eviter au maximum les intentions et pretentions d'agression contre ses voisins de la region.La Rep Dominicaine est necessaire pour le développement d'Haiti , c'est a nous de la rendre indispensable en profitant de leurs expériences de décollage. En ce qui concerne Haïti, nous avons noté et souligné que sa sécurité nationale dépend de la qualité de ses hommes .C'etait notre position hier et elle n'a pas encore changé. Il existe un univers cognitif dans lequel évoluent une culture et une anti-culture par lequel l’appréhension du réel et sa transcendance se font de façon informelle.Cette informalisation a une origine intellective et nous devons l'adresser avec soin et precaution. Sommes-nous armés pour la compétitivité globale et régionale en profitant des opportunités d’échange et d’apprentissage ? C’est en essayant de répondre a ces petites questions que nous pouvons commencer a situer les éléments pour une vraie doctrine de sécurité nationale. Le pays a besoin d’un nouveau type d’Haïtien dont le respect doit dépendre de sa formation et de sa contribution a la création de richesse, pas dans la pratique de la brutalité. Un Haïtien qui est responsable de l’autre et pour l’autre est deja en bonne position , mais il faut une structure dynamique pour le transformer et le maintenir dans la categorie de competence strategique. L’enthousiasme néo -fasciste qui laisse croire que nos voisins nous respecterons si nous disposons d’une machine de guerre ou encore le peuple sera soumis s'il est controlé et disuadé par une force d'intimidation ne comprend rien de la notion de responsabilité et des interets strategiques d'Haiti.
Une autre ligne de réflexion qui arrive a nous convaincre de l’inutilité d’une force militaire est la consideration des objectifs Haïtiens pour ce siècle. Ces derniers sont incompatibles avec le processus d’apprentissage nécessaire pour dépasser les causes des frustrations Haïtiennes de ces 206 dernières années. Notre vision défensive qui a été essentiellement militariste est l'une des causes de ces frustrations.Elle a infecté notre univers cognitif avec tout ce que la violence a d'elements . Il devient plus que nécessaire d’essayer quelque chose nouvelle c'est-à-dire d' investir davantage dans la création d’ une nouvelle intelligence Haïtienne capable d'insitituer de nouveaux elements de praxis pour combattre l'informalisation ci-dessus mentionnée. Pour notre bonheur et honneur, osons entreprendre le contraire de tout ce que nous avons vécu et expérimenté durant les deux siècles derniers. Les forces armées d’Haïti font partis des expériences du 20e siècle et elles n’ont pas été les meilleurs. Certains dirons qu'il s'agit d'une nouvelle force armée , mais pour quelle fonction ?C'est la fonction de cette structure nouvelle que nous voulons qu’on comprenne de façon claire . Notre opposition aux arguments pour justifier un paradigme oppressif s’articule autour de quatre questions. 1) Quels sont les intérêts qui étaient à la base de la configuration de ce modèle de forces armées depuis sa formation en 1934 et que sont devenus ces intérêts depuis lors ? 2) Qu’est ce qui a changé en termes de vision géostratégique d’une part et des intérêts endogènes qui laisseraient croire qu’une armée peut être de grande utilité aux objectifs de souveraineté nationale? 3) Les démarches démocratiques c'est-à-dire les efforts de la majorité pour participer dans les prises de décisions nationales sont elles compatibles avec la présence d’une force de coaction et de coercition ? 4) La sécurité nationale d’une nation peut elle dépendre d’une force de persuasion, brute, intimidatrice. En d’autre terme une force à vocation répressive peut- elle être utile à la démocratie ? Dans ce dialogue , la contribution la plus articulée jusqu'à présent sur la question des Forces armées a été celle de Mme Schoen. Elle a pris l’exemple d’un colonel Laraque qui a été indigné comme tous les autres patriotes contre le massacre injustifié de nos frères et sœurs par nos voisins Dominicains en 1937 pour nous dire que l’armée avait la « capacité » pour riposter mais il n’y avait pas de volonté politique pour le supporter. Cette petite histoire de réactions d’un soldat patriote au temps Bembo est belle et réconfortante, mais elle nous a aussi encouragé a jeter un regard un peu plus en profondeur sur la question d’une vision défensive capable de supporter les intérêts d’Haïti. Plus nous regardons, plus nous doutons de l’utilité stratégique d’une force armée en fonction des priorités actuelles. Arguments contre les forces armées. a) De 1844 à 1915, elles ont servi des caudillos, De Rivière Herard a Villebrun Guillaume Sam, la capacité des forces armées Haïtiennes pour défendre l’honneur et l’intégrité territoriale n’a jamais été au rendez vous. Elles se font humilier en plusieurs occasions lors des campagnes militaires de l’Est (Rivière Herard , Pierrot, Soulouque) . Lors de l’affaire Luders, en plus du badigeonnage du Bicolore le gouvernement Haïtien versa $20000 pour éviter un bombardement en règle .Qu’est qui empêchèrent les forces armées d’enterrer dans la baie de Port au Prince les deux bateaux de guerre Allemand ? Au moins la nation trouverait un minimum de satisfaction pour avoir maintenu une force qui était au rendez vous de l’histoire ! Pour un petit cric et un petit crac, le pays était soumis a un ultimatum tandis qu’il disposa des forces armées. Si elles étaient d'une quelconque utilité , il faut admettre que ce n’était pas pour défendre la nation contre les agressions externes .Ceux qui sont attachés aux « faits » historiques peuvent -ils prouver le contraire? b) L’armée de 1934 n’était pas une armée nationale per se. C’était des indigènes embrigadés, contractés pour défendre les intérêts américains dans cette partie de l’ile après avoir pris en charge les douanes du pays en 1915 .Les américains avaient déjà occupés les douanes dominicaines depuis 1914.Les forces de sécurités de part et d’autres ont été aux services des investissements américains. Les banques américaines souffraient parce que ces deux Etats (Haïti et La Rep Dominicaine) n’étaient pas en mesure de payer leurs obligations.Du coté Haitien , seul le petit soldat Sully tomba , tout le reste a pris "bwa chat" Quand Un commando de quelques marines ( 25 a 30 marines) débarquèrent et emportèrent les réserves en or pour les déposer a la Citibank ,Haïti avait une armée quelle a été son utilité dans la défense de la « souveraineté, de l’intégrité territoriale » ? « ces faits » sont ils des produits de mon imagination ou sont –ils contestables ? La fonction primordiale de l’armée Haïtienne de 1934 à 1995 a été de surveiller le réseau de distribution de l’économie marchande et prévenir toute forme d’interruption et de sabotage.Nous l'avions dit en d'autres occassions. Quand Paul Magloire décida de renverser Dumarsais Estimé, avant de procéder à son arrestation, il appela premièrement le chef de la station de la CIA à l’ambassade Américaine de Port au Prince pour demander permission. Est ce le « protocole » d’une force nationale au service d’un peuple souverain qui demande cette facon de proceder? Mais le plus intriguant de tout cela est ceci : qu’est ce que faisait Dumarsais Estimé qui dérangea tant les élites Haïtiennes, les Etats Unis ? Duvalier qui se reclama de la lignée d'Estimé , pour survivre , crea les VSN pour intimider des intimidateurs traditionnels.Soupconné des mêmes intentions et Prétentions qu'’Estimé , Aristide a été renversé dans le sang en 1991 par l'armée d'Haiti. Et parce qu’il n’y avait plus de forces armées pour les sales boulots et qu'on devait mettre fin au soit disant "populisme", le 29 Février 2004, La France et les Américains ont intervenus sans ménagement et sans aucun gêne pour kidnapper un chef d’état et l’expédier en Afrique du Sud pour sept année sabatiques.Pour l'exercice de quelle fonction veut- on réintroduire une force armée Haïtienne a vocation militaire ? L’armée Dominicaine de 1914 a 1938 était forte de 15000 a 22000 hommes, elle était bien équipée et bien maintenue. La garde d’Haïti n’a jamais dépassé les 5000 hommes durant la même période. Je ne doute pas de l’indignation d’un Colonel Laraque , et ses intentions pour faire quelque chose étaient partagées par tous les patriotes surtout les élites du Nord mais dire qu’il avait la « capacité » de riposter ou de traverser la frontière est une exagération. Pourquoi ? Quand Mme Schoen raconta que le colonel Laraque rassembla les « troupes » disponibles dans le Nord et commença a marcher vers la frontière jus qu’a ce qu’ « on » l’arrêta .L’histoire a pris la forme de science –fiction. Pour une personne qui aime tant les « faits » pourquoi s’arrête t- elle de nous dire combien d’hommes le colonel Laraque avait réuni pour sa campagne militaire. A l’exception de L’Arsenal du Cap(un depot avec quelques vieux fusils et mortiers) , Fort Liberté et Ouanaminthe , il n’y a jamais eu plus de 5 gendarmes par communes ?Ces soldats n’étaient pas entrainés ni préparés pour la guerre D’autre part, Etait –il possible d’entreprendre une campagne militaire qui engage toute une nation sans une déclaration de guerre formelle et sans l’approbation de l’exécutif et du parlement ? Quel serait l’issu d’une campagne militaire Avec un maximum de 400 soldats mal équipés, sans entrainement et un renfort de 210 chefs section dont la spécialisation était le rigoisage et le garrotage de la paysannerie ? Si ce récit est authentique, on doit non seulement questionner la réaction emotionnel de ce colonel mais aussi son jugement comme officier supérieur. Une autre parenthèse ! Ce qui est intéressant c’est la relation entre forces armées dans l'ile et les investissements etrangers.C'est un arrangement securitaire qui a crée deux dynamiques distincts de part et d’autre de la frontière. De 1914 a 1934 soit 20 ans, les Dominicains ont crées une bourgeoisie nationale qui s’affirme avec des investissements soutenus et une croissance positive. L’industrie sucrière s’est implantée et s’est imposée, la production du café, du tabac et les industries de transformations fleurissent. L’expansion de la classe moyenne assure la stabilité. Des avances spectaculaires sont enregistrées dans la scolarisation des enfants, des universités sont crées pour répondre aux demandes du marché d’emploi.Les infrastructures de bases pour le décollage de la République Dominicaine étaient implantées . Contrairement a la Rep Dominicaine, Un processus inverse s’est produit en Haïti. Il n’y a pas eu une transition de l’oligarchie agraire vers l’économie urbaine. La bourgeoisie nationale ne s’est pas constituée. La classe moyenne n’a pas connu d’expansion .L’éducation demeure sélective et élitiste. L’éducation supérieure resta exclusive, rare avec une dose de médiocrité comparative mais qui complait les élites indigènes. Pourquoi la Rep Dominicaine bénéficia davantage des investissements américains et européens ?La reponse n'est ni le racisme , ni les avantages comparatifs,C'est la competence strategique des elites Dominicaines. Elles ont compris l'importance de la formation et de la specialisation.Elles ont investi dans la preparation de leurs ressources humaines. Ceci dit , Ce ne fut ni la présence des forces armées américaines ni les forces répressives Dominicaines qui étaient a la base de ce décollage sinon la qualité des ressources disponibles et les structures mises en place pour les renforcer et les diversifier. Les investisseurs ont comparé les risques et les avantages avant de décider .Le décollage, avant d’être économique est essentiellement cognitif. Le savoir et le savoir faire dépendent d’un mode d’apprentissage lié au développement d’un comportement pour le succès. Il ne peut pas avoir de décollage économique sans une préparation pour réussir et cela implique des ressources de qualité et en quantité suffisante. Haïti n’a pas eu ce genre de ressources, il ne semble pas intéresser a les développer, or il ne peut pas décoller sans des compétences stratégiques. Les forces armées ne sont pas nécessaires ni indispensable dans la phase de conceptualisation et de formation de ces compétences stratégiques. c) La fragilité structurelle et institutionnelle n’a pas changé depuis 1934.Les elites Haitiennes n'ont jamais compris que le développement auto centré doit venir d'elles. Le même paradigme de la période de 1915 a 1934 est toujours effectif. Les intérêts économiques importants ne sont pas nationaux. La bourgeoisie nationale aux ressources diversifiée et de qualité est peniblement en formation mais n’est pas encore en condition pour diminuer l’effet corolaire de subalternisation des relations d'echanges.Aujourdh'ui nous avons une opportunité: Dans le passé, le budget national finançait les structures de sécurités des investissements etrangers en Haiti, Aujourd’hui, l’ONU s’en charge. Profitons de cet espace pour développer les compétences stratégiques et apprendre a créer les richesses nécessaires pour asseoir les options souveraines. Le pays a besoin de facon immediate au moins 32000 policiers pour colmater les crimes et créer un climat favorable aux investissements.Mais , il est necessaire d'avoir une politique d'accompagnement pour adresser les causes des crimes.Une nouvelle armée n'est pas une necessité a court terme parce que le type de bourgeoisie qui definirait une nouvelle fonction pour les appareils de securite en fonction des interets a defendre n'est pas differente de celle que nous avions en 1934.
|

