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Le Spectre de Micky Martelly dans la Splendeur des Ténèbres

 Par Castro Desroches
 
 « Certaines coïncidences sont des signes » disait notre narrateur national, Maurice Sixto. 14 mai 2011 : nouvelle ère (éphémère ?) de l’obscur. La lumière « en le voyant s’en alla. » Une enquête judiciaire a été ouverte en vue de faire le jour sur cette ténébreuse affaire qui contribue à ternir davantage (si cela est vraiment possible) l’image sombre et inquiétante de Micky Martelly.  
 
 C’est dans le noir, sous le soleil le plus chaud et le plus beau de la Caraïbe, que le Président cousu de fil rose a prêté serment samedi comme chef de file du néo-duvaliérisme. « Chef suprême » de la République du Cauchemar. Dans son discours décousu (« chiré pit ») sur la cour du Palais effondré, la « lumière » à encore brillé par son absence. Adresse à la Nation sur un ton déplacé. Ton de Tonton Macoute. Discours discordant sur un ton tonitruant de truand. Gesticulations inappropriées. Cadence agitée de dictateur d’opérette engagé dans une nouvelle campagne contre des adversaires réels et/ou imaginaires. Concert cacophonique de vaines promesses et de menaces à peine voilées après la messe de requiem de Monseigneur Kébreau. Pour qui sonne le glas ? Micky est désormais seul maître à bord. Livré à la merci de ses phantasmes de haut vol et de bas étage. En partant, « tête calée » a fait naufrage dans la cale du grand bateau fou de la croisière des rigolos. « On me traite de fou parce que je parle de  scolarisation gratuite. » Fou doux, fou soûl ou fou furieux ?  Nous sommes pris dans trois rois.
 
 La bataille électorale terminée, on s’attendrait à ce que Micky Martelly mette un peu d’eau dans son vin. Malheureusement, le message de paix et de respect n’était pas au rendez-vous. Le musicien parvenu, toujours en état d’excitation et de « bandition », a fait montre d’un manque flagrant d’étiquette en présence des dignitaires nationaux et internationaux. Des millions de dollars ont été investis en vain dans une embarrassante cérémonie d’investiture. Le peuple haïtien sera-t-il condamné  à boire jusqu’à la lie « le mauvais vin de la résignation » ?
 
    
 La « gratuité » de l’éducation est devenue aujourd’hui le refrain de la nouvelle chanson du maître-chanteur. C’est le tube à succès au hit-parade de la mystification. Vous êtes ici au prestigieux Lycée Sweet Micky. Pas une école Borlette, bâtie dans une boite d’allumettes, comme on en voit partout à Port-au-Prince. Vous me faites dire des choses insensées. En fait, la Borlette a été déclarée d’Utilité Publique. C’est grâce à la Borlette que son Excellence a pu bâtir toutes ces écoles qui se bousculent sur la carte d’Haïti. Je vous le disais. Il fallait un dégénéré pour régénérer le pays. C’est avec l’ignorance qu’il faut combattre l’ignorance.
    
 Les générateurs ne marchent plus. Les générateurs conspirent dans l’empire des ténèbres. Quel calvaire pour en finir avec l’empirisme et apporter un peu de science et de conscience à cette nouvelle génération pendant que l’électricité se fait de plus en plus rare. Nous avons pris la peine de réunir toutes les grosses têtes disponibles sur le marché local et international. La fine fleur de l’intellectualité pour combattre l’indigence d’esprit de nos dirigeants et apporter un peu de « lumière » à notre Président analphabète et bête. Maître Nostradamus, professeur d’alchimie. Maître Edison, professeur de métaphysique. Pasteur Muscadin, professeur d’arts culinaires et de « mangé rangé ». Pasteur Jeune, professeur d’éducation physique et de parler en langues. Madame Simone Martelly, professeure de solfège et de littérature comparée. Alors, assez de digressions. Restez dans le vif du sujet. Revenez au « nannan » de la question. Et surtout pas de créolismes dans votre dissertation. Cela pourrait donner lieu à des interprétations hasardeuses. Vous comprenez ce que je veux dire ?
    
 Disserter sur la politique et les pannes électriques ? C’est un peu épuisant. Ça faiblit mes batteries Duracell d’accumulation de tendresse. L’amour, c’est beaucoup plus marrant. Ma douce Colette. Ma colle qui colle encore quand les autres cons déconnent. Belle Créole qui me fit déparler dans une langue étrangère. J’ai conquis dans tes bras le doigt à la parole. L’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher. C’est mon droit de prendre une petite pause publicitaire pour vanter tes charmes dans cette chaleur accablante qui me monte à la tête. Pour rêver de toi en toute liberté. Droit de citer et de réciter les morceaux littéraires de maître Philo qui te font frissonner en ces moments de chaste libertinage. « C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née. C’est de leurs premiers traits que je fus abattu… »
  
  
Ma belle Négresse, Marie-Claire comme l’éclair de ces mots. Le black-out te donne des idées d’aventures très peu catholiques. Témoin de mes tourments, tu ne protestes plus dans le corridor de la tentation. Obscur objet de mon désir. Tu embrasses à corps perdu les charmes discrets de l’obscurité. Ton  climatiseur ne marche plus et ta température atteint déjà le seuil de la fusion. Ah, cette feinte froideur. Je te ceins. Tu scintilles. Je t’étonne. Tu étincèles. Tu t’embrases. Tu palpites dans mes pépites d’or de conquistador d’amour. Ah, la luminosité aveuglante de ton sourire. Dehors, les nuages s’amoncellent dans le ciel. La salle est sombre mais ta couche est bonne conductrice de l’électricité. Entre toi et moi, il y a de l’électricité dans l’air.
    
 Mais, quel est ce spectre lugubre dans la Chambre ? Néon rose phosphorescent dans le noir assis sur une chaise électrique. A qui est cet orgue de barbarie suspendu à la pipe fumante ? Qui est cet hominien qui grouille sur ce pylône gluant et qui s’apprête déjà à glisser dans l’abîme ? C’est Micky Martelly qui prend une prise de crack sur le circuit du Palais National. Peligre. Peligro. Danger. Factures haute tension. Factures pile sur pile. Grosses coupures à payer. 4.5 Millions de dollars dépensés en vain. La grande casse de la caisse publique a déjà commencé. 
   
 Port-au-Prince : ville-ténèbres. La Compagnie Electrique n’est pas au courant. Plus tard, la pleine lune assurera la relève. Les Haïtiens sont devenus des lunatiques. Il ne faut pas prendre les vessies exposées pour des lanternes cachées.   
 
Court-circuit dans le cirque des dépités de l’Unité. Les fusibles volent en éclat. Ressuscités par les prières de Chavannes Jeune, mes cheveux se dressent comme des épines. Dialogue de lampes tête gridape, de « bois pin » et de bougies pathétiques. Chaleur suffocante. Bientôt, il faudra payer pour respirer. Sauve qui peut. Que le tonnerre m’écrase, je vais sauver ce pays ! Décharge électrique. Une fumée noirâtre se dégage de ses narines. Seulement, « pinga » parler mal ! Les contrevenants seront acheminés à Ti Tanyen sans autre forme de procès. 
     
Invité de marque, âgé aujourd’hui de 104 ans, Papa Doc n’a pas voulu faire le déplacement pour donner sa bénédiction au nouvel héritier du trône. Sujet tout trouvé pour le prochain thriller politique de Bernard Diederich, le fameux auteur de Papa Doc et les Tontons Macoutes et Trujillo : La Mort d’un Dictateur.  Papa Doc, le grand électrocuteur, le grand électrificateur des masses s’est-il vraiment éteint ?
    
« Papa Doc n’est pas mort. Il est vivant. » Ainsi parlait un thuriféraire de la dictature héréditaire sur les ondes de La Voix de la Révolution Duvaliériste le 22 avril 1971. Enfant crédule, habile seulement à répéter les leçons par cœur, j’ai pris à la lettre cette macabre nouvelle. Dans les pages jaunes de mon syllabaire, j’ai gardé minutieusement cette révélation. Lorsqu’une amie en alarme m’a appelé le dimanche 16 janvier pour me dire que Duvalier était à l’aéroport de Port-au-Prince, j’ai répondu avec la même candeur : Papa Doc ou Baby Doc ?
     
Mauvais augure à la cérémonie d’inauguration. A la recherche d’une impossible légitimité, Micky a fait un « plomb gaillé. » Il a voulu inviter tout le monde. Et même la bête immonde. Seule Ertha Pascale Trouillot était présente comme ancien chef d’État. Le chat n’a pas pris sa langue. Elle a parlé. Citons-la mots pour maux : « Nous avons de l'espoir et de l'espérance, parce que c'est du sang neuf et c'est quelqu'un de très énergique. » L’espoir fait vivre mais ce « sang » versé dans ce verset d’espérance ? Pas si sûr. Là, je m’inquiète vraiment au sujet de ton jugement d’ancienne Juge. Sang neuf. Ah ! Cette langue qui à chaque fois trahit froidement la virginité de nos pensées les plus intimes.
     
Tata, te souviens-tu de cette chanson de Roger Colas que te chantait Roger Lafontant : « Parle plus bas, car on pourrait bien nous entendre. Parle plus bas, car on pourrait bien nous surprendre. » Non, tu n’as pas oublié. 109 ? Chère Ertha, je me sens 6 seul 103. J’ai vu ta photo dans le Nouvelliste et je me suis mis à verser à nouveau des larmes de sang. De vrais sanglots, cette fois. Et rien ne pourra me consoler. Pas même une dame-jeanne de clairin vierge. Ah, ce chapeau. Ah, cette allure encore si sûre. Je voudrais bien te revenir. Je suis 105 et ce n’est pas la trouille qui me manque. La tête à massacre de Micky ne me dit rien qui vaille. Hasta la vista, Baby. Love, always. Amour, toujours.
     
Réconciliation de la famille haïtienne ? Laissez venir à moi les petits enfants. Seuls les enfants « légitimes » de Micky ont été invités à la cérémonie d’investiture. Le fruit de vos entrailles est béni. Qu’en est-il de l’enfant « naturel » ? Abandonné en Floride après avoir dévoré tout l’argent de sa maman qui a cru naïvement à tes vaines promesses ? Après tous ces abus barbares ? Un enfant innocent condamné à regarder à distance papi Président à la télé ? Pourquoi cette persistance dans la politique d’exclusion ? Faudrait peut-être suivre l’exemple de Schwarzenegger qui a finalement reconnu publiquement. Faudrait peut-être suivre l’exemple de Bin Laden qui a gardé ses femmes et ses enfants avec lui jusqu’à la fin. « Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. »
      
14 mai 2011. Grappes de plaisir aux abords du Palais en attendant les raisins de la colère. Wyclef Jean fait la une pendant qu’il récupère encore d’une fausse blessure à la main. La main dans le sac de Yélé Haïti. Tour de chant émouvant de Luck Mervil qui arbore un nouveau passeport du pays du miel et du lait mais qui n’arrive pas encore à rembourser les $ 50.000 de Vilaj Vilaj « évaporés » dans la nature.  Pras Michel, réponds à l’appel ! Tu avais été éconduit à cause de ces déclarations terroristes (machettes+gazoline+allumettes) sur Twitter à 9 heures du soir le dimanche 19 mars. Mais, tu sais, Haïti est le pays de l’oubli. On y pardonne tous les crimes, toutes les fautes sauf les fautes d’orthographe. Pays sans mémoire. Il y a ce grand sablier qu’il faudra déraciner, un jour comme aujourd’hui. 
    
 Les dictateurs ont cette vilaine habitude de faire toujours l’actualité en Haïti. Placé en résidence surveillée pour vol à main armée et crimes contre l’humanité, Baby Doc a été publiquement invité à la cérémonie d’inauguration de Micky Martelly. Mais, quel dignitaire étranger veut se faire photographier avec Duvalier ? Malheureusement, Micky est trop limité pour appréhender ces subtilités de la politique internationale. Il a dû finalement déchanter. Non, ce n’était pas une invitation, c’était un vœu pieux. Imaginez en première page du New York Times une photo de Baby Doc serrant la main de Bill Clinton.
     
Les dictateurs d’opérette ne savent pas qu’ils ne sont que de simples marionnettes. Ils parlent fort. Ils font mille promesses basées sur des fonds qu’ils n’ont pas. ils veulent parader avec des assassins. Ils ne comprennent pas les notions élémentaires de conflit d’intérêt, d’obstruction à la justice et de liaisons dangereuses.
     
C’est dommage que les anciens Premiers ministres ne se soient pas présentés. Jean-Jacques Honorat, grand défenseur des droits de l’Homme dans le gouvernement putschiste de Raoul Cédras. Micky Martelly aurait beaucoup à apprendre de Gérard Latortue. Particulièrement, sur cette tentative infructueuse de ressusciter l’Armée défunte en 2004. Il ne faut pas réveiller le tigre qui dort. Le mot « Armée » devrait être banni du vocabulaire haïtien. Armée d’Occupation indigène ? Reconstruire l’Armée serait comme ériger un monument à la gloire de Thompson Kébreau, Raoul Cédras et Michel François au Champs de Mars, au Belair ou à Raboteau. La dissolution de l’Armée d’Haïti est l’une des plus grandes conquêtes démocratiques du peuple haïtien. Economie de sang et d’argent. Cette conquête n’est pas contournable. Les anciens militaires ? Ils ne sont pas très brillants mais, armés d’une pelle, on pourrait les recycler dans la collection des résidus solides à Port-au-Prince.
 
Castro Desroches
  
 

Comments  

 
0 #1 2011-05-30 04:01
Regardez TeleMetropole TV http://www.youtube.com/user/telemetropolehaiti?blend=22&ob=5#p/u/1/bU3TBah4MPo
Les Nouvelles Haitiens
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