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L’intouchable Thierry Mayard-Paul !
Thierry Mayard PaulLa longue séance d’interpellation a finalement pris fin au Sénat de la République le mardi 22 novembre dernier. Ceux qui l’ont suivie avec attention ont maintenant le choix des qualificatifs : « séance de la honte ou de l’ignominie », « séance de la ruse ou des grandes acrobaties ». Cependant, même le commun des mortels retiendra que le ministre de l’Intérieur, des Collectivités territoriales et de la Défense nationale, Thierry Mayard-Paul, a été sauvé de justesse grâce aux manœuvres d’un super Joseph Lambert qui a mis tout son poids dans la balance pour soutenir son ami.

Décidément, le superministre de l’Intérieur semble indéboulonnable. Certains sénateurs influents et en fin de mandat ont usé de tous les manèges pour finalement réussir l’exploit d’empêcher l’interpellation de Thierry Mayard-Paul en adoptant sur mesure les recommandations de la commission spéciale qui enquêtait sur l’arrestation du député Arnel Bélizaire. Se contentant de la mise à l’écart du ministre de la Justice, Josué Pierre-Louis, les Joseph Lambert, Youri Latortue et consorts ont montré de quoi ils étaient capables en sauvant des eaux le protégé du président Michel Martelly.

Alors que le rapport de la commission spéciale chargée d’enquêter sur l’arrestation du député Arnel Bélizaire a montré, par des arguments solides, l’implication jusqu’au cou du ministre de l’Intérieur dans le forfait du 27 octobre, les sénateurs ne sont pas parvenus à obtenir l’interpellation de ce dernier. Cet échec serait le fruit de négociations, au Palais national, entre le chef de l’État, certains chefs de partis, des présidents de commission et des membres du bureau du Sénat, quelques heures avant la séance d’interpellation.

Le hic réside dans le point F des recommandations faites par la commission d’enquête. « Que le Premier ministre Garry Conille, les ministres Josué Pierre-Louis, de la Justice et de la sécurité publique, et Thierry Mayard-Paul, de l’Intérieur, des Collectivités territoriales et de la Défense nationale soient interpellés par-devant le Sénat pour qu’ils répondent des actes commis ou des actes que le gouvernement a posés et auxquels ils se sont soustraits. » Ce point a été supprimé après l’intervention du sénateur Joseph Lambert, qui n’y est pas allé par quatre chemins.

Martelly sur les traces de Préval

Sommes-nous sur la route du changement ou au cœur de la continuité, se demande plus d’un ? La grande pratique de l’ex-président René Préval de recevoir au Palais national des parlementaires quelques heures avant certaines grandes séances en vue d’influencer le vote en sa faveur a été rééditée le mardi 22 novembre dernier. La leçon a été bien apprise et les élèves l’ont bien appliquée. Le président Martelly commence donc à imprimer sa marque et fait monter les enchères.

Au cours d’une réunion, moins de trois heures avant la séance, le premier mandataire de la nation a plaidé l’éviction de Josué Pierre-Louis, ministre de la Justice et, du même coup, empêché l’interpellation de son compère-ami et ministre de l’Intérieur, Thierry Mayard-Paul. Des sénateurs influents, présents à cette ultime réunion, ont réussi le coup. Ils sont arrivés à mettre quand même en exécution le plan Martelly.

Le maestro Joseph Lambert a encore une fois montré qu’il était un allié sûr du nouveau pouvoir contre lequel il avait pourtant mené campagne. Allié de circonstance ou de choix ? En tout cas, le Président a réussi à convaincre « l’animal politique », comme Lambert se nomme lui-même. Son intervention sur la réconciliation nationale et les grands chantiers pour le bien-être de la nation au cours de cette séance a été bien comprise. Il a finalement gagné le pari.

Mayard-Paul, est-il de tout repos ? Malgré l’acrobatie des supersénateurs, qui a épargné le ministre de l’Intérieur d’une interpellation par le Grand Corps, Thierry Mayard Paul n’est pas de tout repos pour autant. Indexé par la commission d’enquête comme l’un des responsables de l’arrestation du député Bélizaire, il est encore sur une chaise éjectable. Les gymnastiques politiques des sénateurs Joseph Lambert, soutenues par Youri Latortue, pourront se révéler vaines dans les mois à venir, au cas où les 71 députés signataires de la résolution du 28 octobre dernier respectent leur engagement.

Les données recueillies par les investigateurs révèlent que Thierry Mayard-Paul, présent à l’aéroport international Toussaint Louverture lors de l’arrestation spectaculaire d’Arnel Bélizaire, le 27 octobre, aurait brutalisé des agents du service de sûreté, violé la zone stérile, et même entrepris des démarches auprès des autorités françaises afin d’empêcher le retour du parlementaire à Port-au- Prince.

Des députés hostiles à l’acte posé, et souvent très acides à Thierry Mayard-Paul, promettent d’achever l’acte manqué par les sénateurs. Les Levaillant Louis-Jeune, Almétis Junior Saint-Fleur et consorts ne semblent pas vouloir lâcher prise. Ils semblent déterminés à sanctionner les autorités impliquées dans la violation de la Constitution en arrêtant un député en fonction.

Les déçus de la séance du mardi 22 novembre au Sénat attendent de pied ferme le deuxième lundi du mois de janvier 2012 pour que les députés reprennent du service. Dans l’intervalle, des tractations tous azimuts marquent le quotidien du Parlement haïtien. Des travaux sont déjà entrepris sur le budget rectificatif, le prochain budget est en préparation et les 8,4 millions de gourdes allouées aux collectivités comme fonds de développement peuvent atteindre cette année la barre des 20 millions. Tout n’est donc pas joué pour Thierry Mayard-Paul : cette rallonge pourrait lui être très favorable.

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Joseph Chanoine Charles
Source: Le Matin

 

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