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Elections présidentielles des Etats-Unis et du Venezuela: Eventuelle reconfiguration de la géopolitique latino-américaine et ses conséquences pour Haïti

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Introduction

Par Joseph Harold PIERRE * --- Le calendrier électoral de 2012 du continent américain compte quatre élections présidentielles qui ont chacune ses particularités propres. Celle de la République Dominicaine a donné lieu à une continuité du Parti de la Révolution Dominicaine (PLD) qui gouverne le pays depuis 2004, alors que celle du Mexique a provoqué un retour au Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) de tendance centriste qui a détenu les reines du pouvoir pendant 71 ans (1929-2000). A la différence des courses électorales susmentionnées, les joutes américaines et surtout vénézuéliennes qui se tiendront le 7 octobre et le 6 novembre prochains, sont beaucoup plus importantes pour la géopolitique latino-américaine. En effet, Chavez, depuis sa montée au pouvoir en 1999 et de par sa vision politique socialiste diamétralement opposée à l'idéologie capitaliste américaine, a été considéré par Washington comme un «élément subversif» et une «cause de maux de tête à l'échelle globale» pour ses intérêts. De plus, la promotion de la Révolution Bolivarienne, le pétrole et ses différentes initiatives d'intégration régionale ont fait de lui le leader le plus influent de l'Amérique Latine. Aussi, sa discontinuité à la tête du Venezuela (au cas où il perdrait la course électorale) provoquera-t-elle une reconfiguration des relations des pays latino-américains entre eux et avec les Etats-Unis. D'un autre côté, les résultats des élections américaines ont un rôle non négligeable à jouer dans cette restructuration de la géopolitique du sous-continent, car une victoire de Romney pourra brouiller davantage les relations.

Cette investigation consiste à pronostiquer dans un premier les temps les candidats qui, très probablement, pourront remporter les élections, à analyser, dans un second moment, dans quelle mesure les résultats des joutes provoqueraient la reconfiguration de la géopolitique latino-américaine, et finalement, à mesurer l'impact de cette éventuelle restructuration sur Haïti.

Première Partie: Elections aux Etats-Unis et au Venezuela

1 - Elections aux Etats-Unis

1.1 - Candidats

1.1.1 – Barack Obama

Agé de 51 ans, Barack Obama est né d'une famille multiethnique et non-religieuse, mais a été scolarisé à une école catholique en Indonésie. Dès son jeune âge, Obama a reconnu la force de la religion pour opérer les changements sociaux (Obama, 2006) et s'est converti, des années après, au protestantisme. Il a étudié les Sciences Politiques à l'université de Columbia, et le droit à Harvard où il est devenu le premier noir américain à être président de la Harvard Law Review. Suite à ses études, il a enseigné le droit à l'université de Chicago et travaillé comme avocat dans des projets de développement communautaire. Il a publié deux livres: « Dreams of my father (1995) » et «The Audacity of Hope (2006) ». Il fut élu trois fois sénateur pour la 13ème circonscription d'Illinois, de 1997 à 2004. Un an après son accession à la présidence des Etats-Unis en 2008, il a reçu le prix Nobel de la Paix. Mariée à Michelle Robinson, Obama est père de deux enfants.

1.1.2 - Mitt Romney

Mitt Romney est fils de Georges Romney qui a perdu les primaires républicaines face à Nixon en 1968. Son papa est né au Mexique de parents américains dans une colonie mormone. Tout comme Obama, il a étudié le droit à Harvard. Très attaché à sa religion, il y a été évêque pendant 7 ans. Au-delà de ses activités religieuses qu'il a d'ailleurs abandonnées pour ne s'adonner qu'à la politique et aux affaires, Romney est surtout connu comme un entrepreneur réussi. Sa fortune évaluée à plus de 250 millions (Celebrity Net Worth, 2010) (alors qu'Obama n'en a que 11.8 millions (Ibid.) lui a valu l'heureuse (ou la malheureuse !) place d'être au nombre du 1% des plus riches américains. Gouverneur du Massachusetts de 2002 à 2007, il a été élu en août dernier candidat du parti républicain pour les prochaines élections du 6 novembre. Il est l'auteur du livre « No Apology: The Case for American Greatness (2010) » et co-auteur de « Turnaround: Crisis, Leadership, and the Olympic Games (2004) ». Marié à Ann Davies, il est père de cinq enfants.

1.2 - Message

Si le message d'Obama lors de la Campagne de 2008 était le «changement » et l' « espérance », tournés autour du slogan «Yes we can », cette année, son leitmotiv est « En Avant (Forward) », une manière pour signifier que, grâce à ses politiques économiques, le pays est sorti de la crise et qu'il doit avancer. Romney, pour sa part, fonde son message sur les «Promesses non-tenues» d'Obama (voir le vidéo «Broken promises: Spending» sur You Tube)

1.3 - Thématique de la campagne électorale

A la différence d'autres aspects, l'économie, en ces temps de crise, est déterminante dans la campagne électorale. A cet effet, le professeur d'économie à la Standford University, Michael Boskin (2012) rappelle que, trois ans après la Grande Dépression, Herbert Hoover a été battu par Franklin Delano Roosevelt, et qu'en 1980, suite à une attaque sévère de stagflation, Ronald Reagan a été mis en déroute par Jimmy Carter. On se demande si les politiques économiques appliquées par Obama contribuent à lui attirer la sympathie des électeurs ou si elles sont une arme entre les mains de Romney. Une analyse des mesures économiques adoptées permettra de trancher le débat. Dans cette partie, on tiendra compte aussi de l'impact de la déclaration du candidat républicain sur les 47% des américains qui ne paient pas d'impôt sur le revenu. Puis, on verra d'autres aspects des agendas politiques comme la politique extérieure et la vision des « minorités »

1.3.1 - Politique fiscale et d'emploi

Pendant son mandat, Obama a appliqué une politique fiscale expansive par l'augmentation des dépenses. De 2009 à 2012, plusieurs mesures ont été adoptées pour juguler les effets de la crise internationale déclenchée en 2007 : assouplissement monétaire (Quantitative Easing -QE), programmes sociaux et politiques de création d'emploi, etc. En 2011, le Budget Control Act a élevé le plafond de la dette américaine. Toutefois, les résultats de ces mesures ont été mitigés. D'un côté, le chômage est encore au-dessus de 8%. D'un autre côté, pour certains analystes, la situation se serait empirée sans l'implémentation de ces politiques. De plus, les allocations faites aux chômeurs et les programmes de santé (bien que les théories économiques divergent sur l'efficacité des subventions) ont allégé la vie de plus d'un et sont par conséquent une valeur ajoutée au capital politique du président sortant.

Pendant la campagne électorale, Obama a montré sa volonté de réduire le déficit fiscal, non par l'augmentation de la dette, mais par l'augmentation des taxes. Ce qui, selon certains analystes, peut produire une nouvelle récession.

Par contre, la politique expansionniste de Romney est beaucoup plus ambitieuse que celle d'Obama. Le candidat du parti républicain opte non seulement pour l'augmentation de la dette américaine mais aussi pour la réduction des taxes corporatives de 35% à 25%. Mesures qui, de l'avis de certains économistes, sont insoutenables et produiront à la longue une crise dette aux Etats-Unis. Dans la même veine, il est bon de souligner que les professeurs à l'université de Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2010 & 2008) ont montré que les dettes gouvernementales supérieures à 90% tendent à provoquer un ralentissement de la croissance annuelle de l'économie d'un point de pourcentage pendant 23 ans. Pour Laura Tyson (2012), professeur à l'Université de Californie, les Etats-Unis confrontent quatre déficits: un déficit budgétaire, un déficit d'emplois, un déficit de l'investissement public, et un déficit d'opportunités. Elle entend que les propositions présentées par Romney pourraient réduire le déficit budgétaire, mais ne feraient qu'aggraver les trois autres.

Suivant ce panorama, les américains devraient choisir entre une récession prochaine et une crise de dette à long terme. Ni l'une ni l'autre ne convient. Pour la première, ils vivent encore les séquelles de la crise de 2008, et pour la seconde, ils sont témoins des profondes crises sociales européennes.

1.3.2 - Le 47% de ceux qui ne paient pas de taxes ou les parasites

Au cours d'une campagne de financement privé, Romney a déclaré à un petit groupe de riches donateurs ce qu'il pense des électeurs qui soutiennent le Président Obama. Nous citons:

« Il y a 47% de gens qui vont voter pour le président, quoi qu'il arrive. Bien sur, Il ya 47% qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui croient qu'ils sont des victimes, qui croient que le gouvernement a la responsabilité de s'occuper d'eux, qui croient qu'ils ont droit aux soins de santé, à la nourriture, au logement (...). Et le gouvernement devrait les leur donner. Et ils vont voter pour ce président, quoi qu'il arrive... Ce sont les gens qui ne paient pas d'impôt sur le revenu. ». Il continue : «Mon travail est n'est pas à me soucier de ces gens-là que je ne parviendrai jamais à convaincre qu'ils devraient assumer leur responsabilité personnelle et prendre soin de leur vie (Corn, 2012)» (Traduction personnelle).

Cette déclaration a fait couler beaucoup d'encre et de salives. Elles ont valu à Romney les expressions de « désastre viral », de « campagne déprimante et incompétente », de diviseur de la société en « travailleurs (wealth-makers) et assistés (wealth-takers) ». Pour le prix Nobel d' Economie Joseph E. Stiglitz (2012), si Romney n'est pas un « fraudeur fiscal (tax evader) », il cherche certainement à payer le moins de taxes possible (« tax avoider on a grand scale »). De plus, on peut lire dans les colonnes du journal le monde du 18 septembre dernier: « Ce langage brut sape un travail de longue date mené par ses conseillers, qui tente de l'humaniser pour séduire les électeurs indépendants ; ces vidéos signent la mort de la campagne présidentielle de Mitt Romney ; (...) ce qui est vraiment désastreux, c'est le mélange de mépris et de pitié que Romney a pour ceux qui ne vont pas voter pour lui ». Le mépris du candidat républicain pour les pauvres s'était déjà fait sentir dans d'autres déclarations, peut-être, moins choquantes. Il a confessé qu'il pensait « que devenir riche et célèbre me suffirait pour être heureux. Et j'avais sacrément raison ! (Ibid.) ».

Ces déclarations peuvent se révéler très néfastes pour le candidat républicain. D'ailleurs, comme le rappelle le journal The Atlantic le 17 septembre, la population qui ne paye pas d'impôts sur le revenu se trouve, en majorité dans des Etats dits «rouges», en majorité républicains. Autrement dit, des Etats où Mitt Romney a naturellement un avantage. De plus, les démocrates ont grandement profité du message honteux pour attirer l'attention des électeurs sur l'inconsidération du candidat de l'opposition pour une grande partie de la population américaine.

1.3.3 - Politique extérieure

La politique extérieure d'Obama pourrait se résumer à ces quatre faits : la fin de la guerre en Irak, l'augmentation des troupes en Afghanistan, la mort de Ben Laden, et la mise en œuvre de la zone d'exclusion aérienne approuvée par l'ONU sur la Libye. Dans son gouvernement, Obama n'a pas été aussi pacifique qu'il avait promis dans sa campagne de 2008. Pour la présente campagne électorale, l'idée à retenir est sa déclaration faite à la 67eme Assemblée Générale de l'ONU, à savoir qu'il prendra des mesures contre ceux qui sont contre Washington et la démocratie.
Romney, pour sa part, s'est révélé beaucoup plus belliqueux que le candidat officiel. Dans son livre « No Apology: The Case for American Greatness (2010) », il a fait part de sa foi dans l'exceptionnalisme américain, suivant lequel « les Etats-Unis diffèrent des autres pays, en ce sens qu'ils ont une mission spécifique de répandre la liberté et la démocratie à travers le monde » (1). Il a rapporté dans son ouvrage que la Russie est l'ennemi géopolitique numéro un des Etats-Unis et que la prévention de l'Iran de se munir d'armes nucléaires devrait être la « plus haute priorité de sécurité nationale». Arrivé au pouvoir, il privilégierait les augmentations des dépenses militaires et « exigerait » à la Chine de changer sa politique commerciale.

1.3.4 - Minorités

Obama est le premier président à supporter le mariage homosexuel, alors que son contradicteur s'y oppose autant qu'il rejette l'union civile. Les deux candidats promettent aux latinos de mener une politique à leur faveur. Le président sortant qui a été voté par plus de 60% des latino-américains en 2008 n'a pas tenu sa promesse de la réforme migratoire, ce qu'il a lui-même reconnu comme un échec. Il est à signaler que la participation dans les prochaines élections de ce groupe ethnique de plus de 50 millions jouera un rôle décisif, vu que l'Etat de Floride qui est leur bastion représente 29 grands électeurs. Toutefois, la grande question est si les latinos doivent voter pour un président qui n'a pas tenu ses promesses, ou un candidat qui ne les veut pas sur le sol américain (Romney a supporté la loi d'Arizona) ou s'ils doivent faire l'abstention. A l'heure actuelle, Obama dépasse Romney dans les sondages parmi les latinos (Hoy, 2012).

1.4 - Sondages

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La firme RealClearPolitics dont l'objectif est d'assurer la diversité idéologique a compilé les sondages d'opinion de 8 institutions d'enquête des plus respectées des Etats-Unis dont Gallup et Bloomberg, et est arrivée au graphique ci-dessous actualisé jusqu'au 29 septembre. Comme on peut observer, pendant les mois de mars et avril, Obama était nettement en avance sur Romney. De mai à juillet, on a vu une diminution des écarts séparant les deux candidats dans les intentions de vote. A partir de la mi-septembre, on assiste à un scénario pareil à celui de mars. En somme, toutes les enquêtes donnent gagnant à Obama, avec une différence allant jusqu'à 6%.

La firme enquêteuse Gallup divise la société américaine en 9 groupes (genre, âge, région, revenu annuel, race/ethnicité, éducation, affiliation politique, idéologie et degré de religiosité) formant elles mêmes 30 sous-groupes, dont 21 veulent voter Obama plus que Romney. Parmi les 9 entités où ce dernier jouit d'une place avantageuse par rapport au président sortant se trouvent les gens du sud, les blancs non hispaniques, les salariés de plus de 90 mille dollar l'an, les «très religieux (highly religious) » et les conservateurs. Il est évident que ces sous-groupes sont numériquement inferieurs par rapport à ceux qui préfèrent Obama (voir site web de Gallup).

Deux autres points à souligner sont: 1) 37% des votants disent qu'ils sont moins enclins à voter pour Romney après sa néfaste déclaration sur les 47% des gens qui ne paient pas d'impôt sur le revenu (Gallup, 2012); 2) Obama se détache nettement de Romney en Floride et en Ohio, deux Etats cruciaux pour les élections, avec une avance d'environ 10%, selon une enquête réalisée par le New York Times, CBS et l'université Quinnipiac. Maintenant, la grande inconnue est le rapport sur la création d'emplois du 5 octobre prochain. Servira-t-il à Romney pour lui enlever des votes à Obama, ou mieux encore lui permettra –t-il de compenser ceux perdus après la gaffe du 47%? Même si un rapport négatif sera très défavorable à Obama, les américains de modestes conditions économiques ne pardonneront pas à l'homme des 250 millions de dollar son humiliante déclaration.

2 - Elections au Venezuela

2.1 - Mise en contexte

A la différence des élections américaines, celles du Venezuela nécessitent une contextualisation. En effet, elles sont «critiques», en ce sens qu'elles peuvent impliquer le redimensionnement de la structure politique de la société (Key, 1955). Quatre candidats rentrent dans la course pour le palais de Miraflores. Le candidat officiel Hugo Chavez, son principal contradicteur, Henrique Capriles, et deux autres Orlando Chirinos et Luis Reyes.

Les élections du 6 octobre prochain doivent sa particularité à la participation de Chavez qui détient les rênes du pouvoir depuis 1999, interrompu seulement par un coup d'Etat raté en avril 2002. Pendant son premier mandat (1999-2001), Chavez a fait voter des lois sur la réforme migratoire et sur les hydrocarbures qui lui ont coûté le coup d'Etat. En 2005, il a procédé à l'expropriation des latifundia pour les distribuer aux paysans en vue de leur assurer la «sécurité alimentaire» et d' « approfondir la révolution ». A partir de 2003, il a mis en application des programmes sociaux dénommes missions dont certaines portent les noms des héros de la révolution bolivarienne (Ribas, Sucre, etc.).

Suite aux élections de 2006 qu'il a remportées de façon spectaculaire (62.84% contre 36.90%) (2), il a annoncé en 2007 son projet de « socialisme du XXIème siècle » qui peut être considéré comme la nouvelle appellation de la Révolution Bolivarienne. L'année dernière, on lui a diagnostiqué un cancer, nouvelle qui a eu un grand retentissement international, vu le poids de Chavez dans la balance des relations. Pour montrer sa vigueur et rejeter toute opinion faisant croire que sa mort est prochaine, il a déclaré qu'il est « résolu à gouverner jusqu'en 2031 » pour faire de la période (2020-2030) une « décennie dorée ». Haï par les uns, aimé et adulé par les autres (surtout la masse populaire vénézuélienne), Chavez est un phénomène non seulement dans son pays, mais aussi dans le monde et surtout en Amérique Latine. Voilà l'histoire et l'homme qui font que les prochaines élections du Venezuela soient sui generis.

2.2 - Candidat

2.2.1- Chavez

Fils de deux professeurs d'école primaire de modestes conditions économiques, Hugo Chavez, âgé de 58 ans, est né à la campagne et fréquenté des écoles publiques. Licencié de l'Académie Militaire du Venezuela et détenteur d'une maitrise en science politique de l'Université Simon Bolivar au Venezuela, il a suivi des cours en Communication et en Guerres Politiques et fut professeur à l'université. Il est auteur de trois ouvrages: « Proyecto de gobierno de transición », « Anteproyecto Nacional Simón Bolívar », et « Cómo salir del laberinto » écrit en prison. Chavez a participé à la fondation du parti Mouvement Bolivarien Révolutionnaire 200 (MBR200) en 1982 à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Bolivar, et instigué un coup d'Etat non réussi contre le président Carlos Andrés Perez, mais qui lui a coûté deux ans de prison. Président depuis 1999, il a cherché à consolider la Révolution Bolivarienne qu'il a dénommée à partir de 2007 « socialisme du XXIème siècle », dont le slogan est « Patrie, Socialisme ou la Mort ».

2.2.2 - Henrique Capriles

A la différence de Chavez, Henrique Capriles est fils d'entrepreneurs d'origine juive. Il a étudié le droit à l'Université Catholique Andrés Bello, et s'est spécialisé en Droit économique. Il a travaillé dans des entreprises du secteur privé, entre autres celle de sa famille. Elu député en 1998, il a fondé en 2000 le parti « Primero Justicia (Justice d'Abord) ». Magistrat de Baruta de 2000 à 2004, il y est connu pour ses politiques consistant en la réduction de la délinquance et de l'augmentation des écoles et des soins de santé. Il fut emprisonné quatre mois pour sa prétendue implication dans le coup d'Etat de 2002 contre Chavez. Gouverneur du département de Miranda, l'un des plus importants pour les prochaines élections, il s'est porté candidat à la présidence en février dernier sous la bannière du parti « Mesa de la Unidad Democrática (Table de l'Unité Démocratique) », alors qu'il est âgé de 40 ans.

2.3 - Message

Le message de Chavez est « Ponle corazon (mets-y ton coeur) » rappelant celui des élections de 2006 « Por amor (Par amour) », alors que celui de Capriles est « Hay un camino (Il y a un chemin) ». Suivant certains analystes, le slogan de Chavez est plus envoutant et lui permettrait, par conséquent, d'attirer la sympathie de plus de votants. Par ailleurs, plus que son slogan, le discours du président qui « s'est appelé lui même cœur du peuple » et qui appelle les jeunes à « prendre les rênes de Venezuela au XXIème siècle pour parachever la révolution socialiste », est surtout caractérisé par les attaques à son concurrent qu'il a qualifié tout au long de la campagne, de bourgeois, d'apatride, de candidat de l'empire américain, détenant un plan secret néolibéral pour basculer tout ce qui a été fait au pays. D'autres mots encore plus dénigrants comme « peu de chose (majunche) » et « adulateur (jalabola) », « sordide (escuálido) » et « cochon (cochino) » ont été parmi les armes du candidat officiel. Capriles n'a pas répondu à Chavez pour ses propos décevants, sinon qu'il lui a demandé de ne pas utiliser ses épithètes tout en lui rappelant qu'il est « surtout préoccupé par les différents problèmes que confronte chaque région ». On peut établir un parallèle entre les deux candidats du second tour des élections haïtiennes de 2010 et ceux de Venezuela. Il s'agit de Michel Martelly et de Myrlande Manigat. Bien que le gagnant des présidentielles en Haïti n'ait pas utilisé de mots malsains lors de sa campagne électorale, à la différence de Chavez, son discours émotionnel envoutant la masse lui a valu gain de cause sur Madame Manigat qui, elle même, était beaucoup plus scientifique et moins capable de tenir un discours électoraliste. Dans ce cas, Chavez s'apparente à Michel Martelly, alors que Capriles se ressemble à Madame Manigat.

2.4 - Thématique de la campagne électorale

Les prochaines joutes vénézuéliennes dépassent le cadre général des théories politiques des élections. A preuve, la dichotomie socialisme/capitalisme avait tendance à éclipser des thèmes comme l'économie, les politiques publiques, la sécurité, qui sont toujours au débat politique de toute élection. Il faut dire aussi que l'idéologie chaviste avait dominé la campagne, dans la mesure où même le candidat de l'opposition devait convaincre l'électorat de ses convictions sociales. Il eut à déclarer: « s'ils [Chavez et ses partisans] sont socialistes, je suis marxiste-léniniste » (El Observador, 2012). Cette situation se comprend, puisque la longue durée de Chavez au pouvoir et sa grande capacité communicationnelle lui ont permis de modifier l'idiosyncrasie de la masse populaire vénézuélienne lui faisant croire que les mots « capitaliste », « néolibéral », « marché », « Etats-Unis » et « oligarchie » sont responsables de tous les maux de l'humanité en général et des pauvres en particulier, et , par conséquent, méritent d'être rejetés. Aussi, le candidat de l'opposition, bien que fils d'entrepreneurs, doit-il s'en écarter pour gagner la sympathie de l'électorat.
Quant au programme politique, Chavez veut continuer avec les missions (sorte de programmes sociaux) et porter le socialisme du XXIème siècle à son paroxysme. Quant au candidat de l'opposition, il maintiendrait les missions et réduirait l'insécurité (3). Il veut aussi une meilleure gestion du pétrole du Venezuela et que plus une goute n'en sera donnée à aucun pays (Panorama, 2012) comme l'a fait Chavez depuis des temps.

2.5 - Sondage

Beaucoup plus que ce qui a été constaté en République Dominicaine pendant les élections de mai dernier, la campagne électorale vénézuélienne a été la scène d'une dure guerre de sondages. Olivares et Poliszuk, deux professeurs de science politique de l'université de Glasgow en Écosse, ont mené une étude sur les enquêtes des campagnes électorales au Venezuela pendant les quatre dernières élections. Sa découverte est que les firmes enquêteuses ont présenté des tendances historiques en faveur ou a l'encontre d'un candidat ou d'un autre (voir El Universal, 2012a). De plus, dans la même investigation, les politologues reconnaissent les indécis qui « montent et descendent plus que les actions des bourses de valeur » comme la force décisive du résultat des élections. Suivant les sondages des deux derniers mois, les indécis représentent plus de 10% de l'électorat.

Toutefois, on tient à présenter les sondages. La méthode utilisée est leur moyenne mensuelle, dans l'idée que ce procédé pourrait réduire les biais des uns ou des autres et ainsi dresser un tableau plus ou moins équilibré de la réalité. Réunissant les enquêtes de 9 firmes, réalisées du 8 avril au 26 septembre, on est arrivé au graphique que voici:

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Comme on peut l'observer, la distance entre les deux candidats a considérablement diminué dans l'espace de 6 mois. En avril, Chavez avait une avance de 20 points de pourcentage sur son rival, alors qu'à la deuxième quinzaine de septembre, l'écart est de 8 points, pour une diminution de 12 points de pourcentage. De plus, dans les élections régionales de 2010, l'opposition a gagné du terrain dans deux Etats importants (Zulia et Miranda), lesquels étaient des bastions du chavisme (El Universal, 2012b).

Toutefois, il est difficile de croire qu'à moins d'une semaine des élections, le candidat de l'opposition peut ajouter plus de 8% à ses intentions de vote pour ainsi dépasser Chavez. En outre, les intentions de vote en faveur du président sortant sont plus stables que celles de son contradicteur. Les premières sont ont un écart-type (standard deviation) de 5%, alors celui des secondes est de 11%. Dans le cadre de cette analyse, il faut aussi tenir compte non seulement de l'appareil idéologique, communicationnel et financier dont dispose Chavez, mais aussi et surtout le fanatisme invétéré d'une grande partie des vénézuéliens (notamment les plus défavorisés) à son égard.

Pour toutes ces raisons déjà évoquées, il est très probable que ce soit Chavez qui gagne les élections. Néanmoins, ce sont les indécis estimés à plus de 10% des électeurs, et les vénézuéliens de la diaspora, qui décideront du résultat des élections. A en croire l'ancien président américain Jimmy Carter, les fraudes ne pourront se mêler de la partie au Venezuela, car il a affirmé que « le système électoral vénézuélien est le meilleur au monde », vu son automatisation, en même temps qu'il reconnait le caractère rétrograde du système américain expliqué surtout par ce que les candidats reçoivent du financement du secteur privé, ce qui selon lui, stimule la corruption (RT Actualidad, 2012).

Deuxième Partie: Résultats des élections et reconfiguration de la géopolitique latino-américaine.

Avant de traiter ce point, il est éclairant de présenter une vision panoramique des relations extérieures du Venezuela sous le régime de Chavez. Pour ce, on verra les rapports qu'a maintenus ce dernier avec les Etats-Unis, les pays latino-américains et le monde asiatique.

3 - Relations extérieures du Venezuela sous le règne de Chavez

3.1 - Chavez et les Etats-Unis

Les Etats-Unis ont garde des relations avec l'Amérique Latine fondées sur un certain dogmatisme, comme si la doctrine de Monroe « l'Amérique aux Américains » qui dans la pratique se traduit par la domination du sous-continent et l'interdiction faite aux autres parties du monde d'y exercer une quelconque influence, était indépassable. A partir des années 2000 et avec la montée de gouvernements de tendance de gauche et centre-gauche (Lula au Brésil, Néstor Kirchner en Argentine, Tabaré Vázquez en Uruguay, Evo Morales en Bolivie, Ollanta Humala au Perou et, définitivement, Hugo Chavez au Venezuela), les Nord-Américains ont senti menacer leur hégémonie. Pour ce qui nous importe dans ce travail, on verra le rôle de Chavez qui est d'ailleurs le plus important des leaders dans la réduction des possibilités d'ingérence des Etats-Unis en Amérique Latine.

Le rapport de mars 2007 du Dialogue Interaméricain est intitulé « Hugo Chavez: Un Défi pour la politique extérieure des Etats-Unis (document en espagnol) ». Pour Washington, Chavez a surgi comme «un adversaire irritant et potentiellement dangereux » (Hakim, 2006). Avec Cuba, le Venezuela forma un « axe subversif » dont il faut prévenir les autres démocraties de la région (Langue, 2006). En 2005, Chavez a considéré la Zone de Libre Echange des Amériques (ALCA) comme « un instrument de l'impérialisme nord-américain » qu'il fallait enterrer, et proposé pour sa substitution l'Alternative Bolivarienne des Amériques (ALBA) qui, selon lui, est une initiative fondée sur la complémentarité commerciale, la coopération et non la concurrence du marché. Suite aux altercations houleuses entre Bush et Chavez en 2005, les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Venezuela se sont rompues, en 2008, par l'expulsion mutuelle des ambassadeurs.

Les prises de position de Chavez laissent comprendre facilement pourquoi les Etats-Unis ont figuré parmi les rares pays qui avaient reconnu et appuyé les artisans du coup d'Etat raté d'avril 2002 au Venezuela. En somme, Chavez demeure un grain de sable très gênant dans les chaussures de Washington, vu la dépendance énergétique de ce dernier. En effet, entre 12% et 14% du pétrole exporté aux Etats-Unis est de provenance vénézuélienne (Shifter, 2007).

3.2 - Chavez et Amérique Latine

La « diplomatie pétrolière » de Chavez en Amérique Latine consistant en la vente du pétrole à des prix considérablement bas à des partenaires commerciaux, lui ont d'assoir une grande influence et popularité dans la région. Ainsi, il a pu agrandir et consolider la gauche latino-américaine, et, conséquemment, rendre de plus en plus difficile l'ingérence nord-américaine. A la 67ème Assemblée Générale des Nations Unies tenue à New York la semaine dernière, on a vu transparaître une certaine unification idéologique des pays de l'Amérique Latine: Rousseff et Kirschner ont rejeté les politiques d'austérité du Fonds Monétaire International (FMI) qu'elles ont qualifiées d'inopérantes. Les présidents du Salvador et de la République Dominicaine ont, dans la même veine, rappelé aux pays développés qu'ils ont les artisans de la crise financière dont les pays du Sud paient les conséquences. Pour leur part, les chefs d'Etat du Mexique, de la Colombie, du Honduras et du Guatemala ont inculpé les pays consommateurs de la drogue de la violence en Amérique Latine causée par le narcotrafic qui a fauché 60 mille vies au Mexique pendant dans les 6 dernières années (Vanguardia, 2012), alors qu'Evo Morales a considéré les « Etats-Unis comme le premier terroriste du monde » (Tele Sur, 2012).

3.3 - Chavez, Asie et Russie

Chavez n'est pas seulement influent en Amérique Latine, il est, comme l'a observé le Financial Times, une cause de « maux de tête a échelle globale » pour les Etats-Unis, (Gunson, 2006). Dans cette optique, il y a lieu de mentionner aussi les relations de l'artisan du projet bolivarien avec des pays asiatiques, tels La chine, l'Iran, l'Irak, la Lybie, et la Russie, pays pour la plupart ennemis des Etats-Unis. Chavez a maintenu des relations personnelles avec Saddam Hussein et Kadaffi. Lors d'une entrevue récemment accordée à CNN Espagnol, le président de l'Iran Mahmoud Ahmadinejad, a fait part de son amitié avec Chavez et Evo Morales. Une étude de la Revue Iranienne de Politique Extérieure sur les facteurs qui déterminent l'élargissement des relations de l'Iran avec les pays latino-américains sous le gouvernent, a découvert que la raison principale de cet état de fait repose sur la vision commune de ces pays de lutter contre l'unilatéralisme nord-américain et de former une nouvelle alliance anti-impérialiste axée sur les coopérations économique et politique (Fouzi & Mirabzadeh, 2011).

4 - Résultats des élections américaines et vénézuéliennes et reconfiguration de l'Amérique Latine

Dans notre analyse des campagnes et des sondages des deux processus électoraux, nous avons découvert qu'il est très probable qu'Obama et Chavez soient les gagnants. Toutefois, comme les enquêtes présentent les intentions de vote, lesquelles peuvent changer suivant les circonstances et conjonctures, il n'est pas du tout inutile de voir toutes les possibilités qui sont les binaires suivants: Obama-Chavez, Obama-Capriles, Romney-Chavez et Romney-Capriles.

Si gagnent Obama et Chavez conformément à nos prédictions, il n'y aura pratiquement pas de changements dans la politique latino-américaine. Le seul enjeu est que les Etats-Unis décideraient de bloquer l'influence croissante des pays asiatiques, surtout l'Iran et la Chine dans le sous-continent.
Si gagnent Obama et Capriles, on assistera à une reconfiguration des relations des pays latino-américains entre eux et avec les Etats-Unis. La « diplomatie pétrolière » fondée sur le Petrocaribe qui a largement soutenu l'influence de Chavez dans la région pourrait subir de profondes modifications, car Capriles a annoncé que « plus une goutte du pétrole venezuelien ne sera donné en cadeau à aucun pays ». Des organismes comme l'ALBA et l'Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR) pourraient s'affaiblir considérablement. Les relations du Venezuela avec des organismes internationaux comme l'Organisation des Nations Unies (ONU), le FMI et l'Organisation des Etats Américains (OEA) pourraient subir de profonds changements. Il en résulterait entre autres choses, la diminution de l'influence du Venezuela en Amérique Latine et son réalignement aux économies de marché. Et les Etats-Unis en sortiraient bénéficiés.
Un scenario de Romney à la tête des Etats-Unis et de la continuité de Chavez au pouvoir polariserait les relations entre Washington et Venezuela plus qu'elles ne sont actuellement. Le candidat de l'opposition américaine a écrit dans son livre « No Apology: The Case for American Greatness (2010) », qu'il veut augmenter les dépenses militaires en même temps qu'il pourrait endurcir les tensions avec la Chine (si cette dernière ne change pas sa politique commerciale), avec l'Iran, avec et la Russie qu'il considéré « le plus grand ennemi des Etats-Unis ». Compte des relations entre ces pays et l'Amérique Latine, spécialement le Venezuela et la Bolivie, il n'est pas irréaliste de penser une éventuelle intervention des républicains (4) dans le sous-continent pour barrer la route à un Ahmadinejad et ainsi défendre la doctrine de Monroe. Chavez qui fournit une partie non négligeable des importations pétrolières des Etats-Unis ne manquerait pas de réagir; ce qui pourrait déboucher à des résultats non souhaités.

Le couple Romney-Capriles pourrait donner des résultats légèrement différents que le binaire Obama-Capriles.

4.1 – Haïti et l'éventuelle reconfiguration de l'Amériques Latine

Jamais n'a été accordée à Haïti la place qui lui est due dans le concert des nations latino-américaines. Alors que Pétion a énormément aidé Miranda et Bolivar pour aboutir à l'indépendance de la Grande Colombie qui comprenait les territoires du Venezuela, de l'Equateur et de la Colombie, Haïti a été exclue du premier congrès panaméricain organisé en juin 1826 au Panama. Plusieurs voix se sont élevées contre cette exclusion : Le philosophe haïtien Edson Louidor (2012) la considère comme l'une des premières fissures dans les rapports historiques entre Haïti et les autres pays latino-américains. Leonel Fernandez a, à son tour, plaidé pour que justice soit faite à Haïti pour son apport à l'Amérique Latine. Dans un article publié en Espagne sur le bicentenaire d'Haïti dans l'Annuaire de la « Lettre de la Paix à l'ONU», j'ai écrit: "Le coup le plus dur et qui est une preuve irréfutable de l'hypocrisie latino-américaine envers Haïti, réside dans le fait que le bicentenaire des indépendances latino-américaines n'a pas commencé en 2004. Le début de ces célébrations, représente non seulement une fraude, une malhonnêteté intellectuelle, une violence contre la mémoire historique de la région, mais aussi une politique d'exclusion d'Haïti, par la non-reconnaissance de son indépendance en tant que doyenne des indépendances latino-américaines » (traduction personnelle).

Toutefois, vers la fin du siècle dernier on a vu un certain rapprochement entre Haïti et des pays latino-américains (Cuba, Venezuela, Brésil, etc.). Le cas de la République Dominicaine est particulier vu que les deux pays partagent un même espace géographique, ce qui a engendré pas mal de conflits entre eux. Mais, à partir de la création de la commission mixte bilatérale en 1996, les relations entre les deux pays sont devenues moins conflictuelles, même si long est le chemin qu'il reste à parcourir pour arriver à une coexistence réellement harmonieuse dans l'île Quisqueya.

Chavez a joué un rôle important pour accorder à Haiti la place qu'elle occupe actuellement dans l'agenda de la politique latino-américaine. Le leader de la Révolution Bolivarienne a, en maintes reprises, exprimé sa gratitude envers Haïti pour sa collaboration à l'indépendance de son pays. Maintenant, dans le contexte des prochaines élections, il est question de se demander si les relations entre Haïti avec le sous-continent en général, et avec le Venezuela en particulier se maintiendront.

Depuis le gouvernement de Préval, Haïti importe du Venezuela des produits pétroliers évalués à 6,500 barriques par jour (voir Accord pétrolier). De plus, le gouvernement de Chavez, via le programme de Petrocaribe, a destiné 400 millions de dollar à Haïti pour des projets d'infrastructure, d'éducation et de santé. Lors de sa participation à la «Communauté des Etats Latino-Américains et Caribéens (CELAC) » en décembre 2011, le président Martelly a déclaré le Venezuela, partenaire numéro un d'Haïti, car « l'aide bilatérale la plus importante le pays [Haïti] la reçoit d'Hugo Chavez » (Radio Kiskeya, 2011). Si Chavez perd les élections, même si nous pronostiquons le contraire, Haïti risque de perdre son assistance du Venezuela, notamment l'importation de dérivés pétroliers à bas prix. En effet, le candidat de l'opposition Capriles a déclaré que « plus d'une goutte du pétrole du Venezuela ne sera donné en cadeau à aucun pays ». Vu l'état fragile de la santé de Chavez et la politique de l'opposition vénézuélienne, il est sage et prudent que le gouvernement haïtien commence à penser des alternatives au pétrole à bas prix importé du Venezuela.

Conclusion

Les élections présidentielles du Venezuela et des Etats-Unis revêtent une importance particulière pour l'Amériques Latine, en ce qu'elles pourront provoquer sa reconfiguration géopolitique. La victoire ou la défaite de Chavez, président du Venezuela depuis plus d'une décennie, et qualifié de « cause de maux de tête à l'échelle globale » pour les Etats-Unis, et de diviseur du sous-continent demeure la grande inconnue de l'équation des prochaines joutes. Suivant notre analyse, il est très probable que Chavez et Obama soient les vainqueurs des courses électorales au Venezuela et aux Etats-Unis, respectivement; ce qui ne modifierait pas les rapports des pays latino-américains entre eux ni avec Washington. Toutefois, Si gagne Capriles, on assistera à une reconfiguration géopolitique du sous-continent. Celle-ci pourrait être beaucoup plus profonde si Romney sort victorieux des élections américaines. Quant à Haiti, elle pourra en être négativement affectée, principalement par l'augmentation des prix des produits de Petrocaribe ou pire encore son élimination. Vu l'état fragile de la santé de Chavez, l'Amérique Latine en général, et Haïti en particulier, doivent se mettre à penser l'après-Chavez.


Notes

(1) Pour comprendre l'idée de l'expansion de la justice et de la démocratie des Etats-Unis, il serait bon de lire le philosophe néopragmatiste américain Richard Rorty. Les ouvrages recommandés sont: Contingency, Irony, and Solidarity (1989), Objectivity, Relativism and Truth (1991), Achieving Our Country: Leftist Thought in Twentieth Century America (1998), Truth and Progress: Philosophical Papers III (1998) et Philosophy and Social Hope (2000)
(2) Il est éclairant de souligner que dans les quatre élections régionales qui se sont suivies à partir de 2007, les votes en faveur du parti de Chavez ont diminué, sans pour autant perdre la majorité des deux chambres (Ver El Universal, 2012a).
(3) Il faut dire que plusieurs institutions internationales comme Human Rights Watch (Rapport de 2012) classent le Venezuela parmi les pays où l'insécurité bat son plein et où ne sont pas respectées les libertés, entre autres celle de la presse.
(4) Romney est considéré beaucoup plus belliqueux qu'Obama. Un buste de Churchill installé à la Maison Blanche depuis 1960, a été remplacé par un autre d'Abraham Lincoln en 2008. Le candidat républicain promet de replacer le buste du premier ministre anglais, s'il devient président. Ce geste pour Ian Buruma (2012) traduit son esprit guerrier, en ce sens qu'il veut s'inspirer du politicien anglais. De plus, il est aussi vu comment un raciste pour son évocation de l'héritage anglo-saxon qui, selon lui, n'a pas été assez valorisé par Obama. Toutefois, l'auteur rappelle que la majorité de la population nord-américaine n'est pas d'origine anglo-saxonne (ce qui demeure aussi vrai pour les plus grandes villes anglaises) (Ibid.). Une autre preuve des préjuges de Romney consiste en ce que, selon lui, «si Israël s'en sortait mieux économiquement, c'était essentiellement pour des raisons culturelles» (Le Parisien, 2012), ce qui avait provoqué la réaction des arabes. Les économistes Acemoglu et Robinson (2011) ont rejeté, dans leur ouvrage «Why Nations Fails», les facteurs culturels, climatiques et géographiques comme explication du sous-développement. Pour eux, la clef du développement ou du sous-développement réside dans les politiques économiques et institutionnelles.

Par Joseph Harold PIERRE, M.A., M.Sc. - économiste et politologue
Professeur et investigateur
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