Les Caraibes

La Démocratie en danger pour tous les Dominicains

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Par Roger Noriega*

La communauté internationale a condamné avec raison la décision de la cour constitutionnelle de la république Dominicaine qui a révoqué la nationalité de près de 350.000 Dominicains d'origine Haïtienne. Malheureusement, cette décision prise en Septembre n'est que le dernier d'un ensemble d'actions cyniques et partisan qui menacent l'état de droit et la croissance économique de cette nation. Les Dominicains de bonne foi doivent agir pour restaurer la probité et l'indépendance de leurs institutions pour garantir un futur meilleur pour tous les citoyens.

Au début du mois, La Commission Interaméricaine des Droits de l'homme, une institution très respectée, a effectuée une visite d'urgence dans ce pays pour étudier l'implication de cette décision d'appliquer rétroactivement le contenu d'un amendement constitutionnel de 2010, qui redéfinît les droits a la nationalité, et de fait annulant pour une multitude leur droit a la nationalité. La Commission a publié de toute urgence une série de recommandations claires insistant que l'état Dominicain prenne des mesures "simple, claire, rapide et équitable" pour "garantir le droit à la nationalité de ces personnes qui ont déjà eu ce droit" avant la décision.

La décision du tribunal a été défendue comme une mesure nécessaire pour répondre aux préoccupations légitimes en matière d'immigration illégale. Toutefois, avant même que cette décision draconienne de la cour ait été délivré, les autorités électorales ont refusé de fournir des cartes d'identification des électeurs à des milliers de personnes d'origine haïtienne. C'est un indice que cette décision douteuse est probablement une manœuvre politique éhontée du Parti de la libération dominicaine au pouvoir (PLD) afin de disqualifier les électeurs d'origine haïtienne qui ont tendance à voter massivement pour le Parti révolutionnaire dominicain d'opposition (PRD). Par exemple, le feu José Francisco Peña Gómez, le fils fier d'immigrants haïtiens, a été un pilier du PRD.

Le patron du PLD, l'ancien président Leonel Fernández, a nommé ses partisans à la cour suprême et le tribunal électoral – c'est ce qui explique pourquoi ces importantes institutions de l'Etat servent ses intérêts politiques. Par exemple, le juge en chef actuel, Mariano Germán Mejía, était l'associe de Fernández dans son cabinet d'avocat, et un autre juge, Marta Olga Garcia, est la belle sœur de Miguel Vargas, un ami caudillo avec qui Fernández conspire pour saboter le parti de l'opposition PRD.

Bien que le tribunal électoral est censé être un groupe de magistrats impartiaux qui dirigent toutes les élections nationales, ses membres ont été choisis en fonction de leur loyauté envers Fernández et / ou le PLD au pouvoir. Fernández a exercé son contrôle absolu sur le tribunal pour truquer les élections récentes afin de bloquer la représentation proportionnelle du parti de l'opposition PRD au parlement; par exemple, bien que le PRD a gagné près de 42 pour cent des voix à l'échelle nationale en 2010, elle n'a reçue que 32 sièges au Sénat.

L'ancien président a manipule de façon flagrante les institutions de l'état pour construire "un état avec un parti unique", c'est ce qui a été rapporte dans le rapport de Novembre du prestigieux Centre des Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS) de Washington, prépare par un conseiller vétéran du Senat des Etats Unis, Carl Meacham. Meacham met en évidence une manœuvre d'airain de Fernández a travers un pacte avec l'ancien candidat du PRD Miguel Vargas pour prendre le contrôle du PRD, évincer les dirigeants les plus solides du parti, et saboter la capacité du parti a monter une campagne viable contre le PLD au pouvoir.

""Le Tribunal supérieur électoral (TSE) a assuré la désunion continu du PRD», rapporte Meacham. "Compte tenu de sa participation discrétionnaire dans la préservation de la présidence Miguel Vargas a la tète du PRD -- et sa décision de ne pas participer à l'expulsion de l'ancien président Hipolito Mejia – certain ont peur que le TSE joue un rôle excessif et décisif pour paralyser l'opposition primaire que représente le PLD."
https://csis.org/files/publication/131111_Meacham_DominicanRepublic_Web.pdf

Les institutions dysfonctionnelles enfermeront les Dominicains dans une cage de corruption et de déclin économique. Selon Transparency International (TI), ce pays est classé à la 123em place mondial en matière de corruption; seuls le Venezuela, Paraguay, Honduras et Nicaragua ont des cotes pires dans les Amériques. Un rapport du Département d'État cette année a noté que «la corruption reste endémique à tous les niveaux de la société dominicaine. Les autorités judiciaires, militaires et les officiels du gouvernement sont souvent accusés d'une série d'actes de corruption, y compris le trafique de stupéfiants, le blanchiment d'argent, des exécutions extrajudiciaires et d'autres crimes ". http://www.state.gov/j/inl/rls/nrcrpt/2013/vol1/204049.htm#Dominican_Republic

Ce n'est pas surprenant que le rapport du CSIS note que Fernandez et ses allies ont été accusés de corruption, de blanchiment d'argent et d'autres crimes graves. Par exemple, Vargas a été accusé dans un témoignage sous serment plus tôt cette année d'accepter $ 300 000 d'un baron connu de la drogue, José Figueroa Agosto David en 2008. http://www.elnuevoherald.com/2013/01/05/1378123/politico-dominicano-recibio-dinero.html

Les Dominicains haïtiens ne sont pas les seuls citoyens qui paient le prix de la corruption systématique. Peut-être le scandale international courant généré par décision irresponsable de la Cour suprême va stimuler la classe politique du pays et la société civile pour se mettre d'accord sur une révision urgente de ses institutions judiciaires et électoraux. C'est alors seulement que la République dominicaine pourra redevenir un bon voisin et un partenaire productif pour la région et les Etats-Unis.

L'auteur a été ambassadeur des États-Unis à l'OEA et le Secrétaire d'Etat adjoint au cours de l'administration de George W. Bush. Il est chercheur à l'American Enterprise Institute et Directeur Général de Vision Americas LLC, qui représente des clients américains et étrangers.

Ps: Le traducteur n'est pas précisé. Dommage, car c'est une très bonne traduction de la version anglaise

Texte original : http://www.miamiherald.com/2013/12/26/3836655/democracy-at-risk-for-all-dominicans.html

Soumis par Junia Barreau
Photo and Noriega bio http://www.nndb.com/people/669/000266868/