Analyses & Opinions

L'entrée en temps perdu

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Ce lundi 1er octobre devrait être le jour le plus important de l'année 2012. Octobre est le premier mois du dernier trimestre de l'année civile, le premier de l'année fiscale. Octobre, le mois qui fait la balance entre un temps qui s'achève et un nouveau qui commence.

Le pays, empêtré dans une crise sans nom et indéterminée, avait rendez-vous avec la rentrée budgétaire, la rentrée scolaire et celle des tribunaux, ce lundi.

La rentrée budgétaire nous trouve installés dans une espèce de consensus innommable. Les deux Chambres et l'exécutif, dans un arrangement inédit, ont convenu d'un nouveau budget national hors les normes légales. Le budget qui entre en application ce 1er octobre n'a pas été voté dans les mêmes termes par les deux branches du pouvoir législatif. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi l'accommodement trouvé entre l'exécutif et le législatif ne peut pas être entériné par un vote en bonne et due forme. Ni pourquoi l'exécutif hésite à convoquer le Parlement en session extraordinaire.

Les écoliers ont repris le chemin de l'école à la cloche de bois. La décision du gouvernement de repousser la rentrée d'un mois n'a rien changé à la situation des familles. Pas assez de temps ? Pas assez de moyens ? Pas assez d'options ? Comme les années précédentes, ceux qui le peuvent iront s'abreuver dans les bonnes écoles, les autres se démèneront pour attraper le meilleur du pire. Gratuitement ou pas. Les professeurs sont encore embarqués dans des revendications salariales. L'exigence de la qualité n'est pas au rendez-vous et chacun, parent, enseignant, responsable public, a une raison de ne pas s'en préoccuper.

Ce 1er octobre marque aussi la rentrée des tribunaux. Dans un geste désespéré, la Fédération des barreaux d'Haïti (FBH) a décidé de boycotter l'ouverture de la saison judiciaire. Les avocats protestent. Ils préfèrent la stratégie de l'absence à la contestation face à face. C'est à perdre son latin. Vont-ils, nos honorables hommes de loi, refuser de plaider dans les jours qui viennent ?

Ceux qui n'ont pas attendu sont les maîtres du béton, nos manifestants. D'hier 30 septembre à ce lundi 1er octobre, pour se rappeler le départ, à la suite d'un coup d'Etat sanglant, d'un président –Jean-Bertrand Aristide en 1991-, pour saluer le retour d'un autre –Michel Joseph Martelly, ce premier lundi d'octobre 2012- des milliers de nos compatriotes ont envahi les rues de la capitale.

Ne cherchez pas à faire le décompte des participants, dans chaque camp on crie victoire. Faites comme si aucun budget n'a été nécessaire pour mobiliser les volontés. Mais cherchez à trouver les objectifs des deux marches, de ces manifestations et mouvements de protestation qui ont fait la une de l'actualité.

Le premier jour d'octobre, le gouvernement avait des heures à passer dans les rues pour essayer de rattraper son retard d'hier, de la semaine dernière, des mois d'avant. A-t-il eu assez de temps pour nous préparer un avenir décent ?

Nous venons d'entrer ce 1er octobre dans une bataille de l'opinion publique, dans une bataille du nombre, du plus gros rassemblement. L'inutile concours du meilleur slogan, de l'accusation la plus démentielle, du démenti le plus parfait est lancé.

Frantz Duval
Le Nouvelliste