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Santé de A à Z: " Si Bill Clinton, qui nous visite si souvent, avait eu un de ses problèmes cardiaques en Haïti, il en serait mort."

« Si Bill Clinton, qui nous visite si souvent, avait eu un de ses problèmes cardiaques en Haïti, il en serait mort .» Celui qui parle ainsi est l'une des sommités du monde médical haïtien : le Dr William Pape, Bill, lui aussi, pour ses amis.

Pionnier dans la lutte contre le sida, chercheur, clinicien, sans doute le seul médecin pratiquant en Haïti à avoir décroché le plus de distinctions à travers le monde pour ses travaux, son engagement et ses performances, le Dr Pape est sans appel : ce pays n'ira nulle part sans des capacités propres de prendre en charge les urgences médicales les plus courantes.

« Nous rêvons d'attirer les investisseurs, je doute que les compagnies d'assurance de certains et leurs conseillers leur recommandent de visiter un pays où leur vie peut être en danger à cause d'un certain nombre de pathologies. Nous devons y penser. »

« Les touristes ne viendront pas non plus en grand nombre dans un pays qui ne peut les soigner en cas d'urgence », précise-t-il.

Pape, dans le jet bridge de l'aéroport Toussaint Louverture qui le conduit à l'avion qui l'emmène vers un autre congrès médical, parle de sa voix posée, affiche son indescriptible sourire. En deux mots il se livre. La prochaine bataille de sa longue carrière de titan sera pour faire fonctionner un réseau de centres d'urgence sur le territoire.

« J'ai pris contact avec des bailleurs. Ils sont réceptifs. »

Inutile de lui parler de l'expérience du CDTI, l'hôpital moderne qui n'a pas survécu au séisme, ni de l'implication légère des autorités peu convaincues qu'il nous faut des centres de référence de haute tenue. Pas nécessaire de se plaindre non plus de cette société civile et de nos élites qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez dès que leur contrat d'assurance leur promet un avion-ambulance.

On ne fait pas la leçon au Dr Pape.

Samedi, un accident de la circulation s'est produit sur la nationale # 1. Un pick-up de la police, croyant bien faire, a transporté pêle-mêle les douze blessés dans son bac arrière à un hôpital tenu par Médecins sans frontières. Le déplacement des douze blessés empilés les uns sur les autres et les bons samaritains coincés entre-deux dans l'exiguë 4X4, cela a dû causer autant de dégâts qu'il leur en aurait épargné s'ils étaient restés sur place à attendre les secours organisés.

Mais voilà, en Haïti, il ne manque pas seulement de bons centres hospitaliers, des ambulances en tout point du réseau routier et une formation de premier secours pour la police comme pour les bons samaritains, font cruellement défaut.

On tue, on traumatise, on handicape en voulant sauver.

Est-il nécessaire de faire la leçon à qui que ce soit pour souligner qu'il faut aussi commencer par là. Par le B.A BA des premiers soins.

Pape veut prendre en charge le projet des centres d'urgence, qui va se charger d'un vrai service ambulancier et d'un programme d'éducation de la population face aux comportements à avoir en cas d'accident?

Frantz Duval
Source: Le Nouvelliste