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Dérives dictatoriales du regime Martelly-Lamothe: Conseils et mises en garde à la Police et à la MINUSTAH

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Nous entrons dans une zone de turbulences politiques savamment aménagée par monsieur Martelly ses amis, ses alliés nationaux et internationaux. Nous constatons que le train de la répression politique est mis en marche par un régime boiteux, anachronique, mal inspiré et à bout de souffle. Après avoir tout fait pour ne pas réaliser des élections libres, honnêtes et démocratiques pour le renouvellement du personnel politico-administratif cette année, en particulier dans les mairies, les collectivités et au Sénat de la république, cette machine infernale avance inexorablement vers d'un régime dictatorial de facto de prévarication et de force brutale avec la velléité de mater les contestations et manifestations populaires légitimes qui de toute façon l'arrêteront.

C'est l'occasion pour nous de mettre en garde les responsables de la Police nationale d'Haïti qui seront mis à rude épreuve par un petit groupe de profiteurs qui a accaparé le pouvoir et les caisses publiques avec la complicité de quelques étrangers bien placés. Ils seront également sollicités par ceux de la MINUSTAH qui voudront bien continuer à abattre la sale besogne des bureaucrates internationaux qui se sont accaparés eux des juteuses caisses de « l'humanitaire » et de l'interventionnisme onusien derrière lesquels se cachent toujours les mêmes faucons néocoloniaux et néolibéraux.

Quand un peuple est sous le joug de l'arbitraire et de la répression, il a pour devoir de se soulever. Le droit à l'indignation et à la révolte sont inexpugnables et sont un mécanisme normal de défense et de protection contre les agresseurs. Personne n'a le droit de contraindre une population à accepter et à vivre dans des conditions infrahumaines pendant qu'un petit groupe s'amuse à dilapider les fonds publics et à se donner du bon temps dans des dépenses et des voyages lucratifs et improductifs ...

Nous exigeons donc de la Police nationale d'Haïti une attitude professionnelle et impartiale. Elle ne doit pas se laisser instrumentaliser par ces forces obscures qui au bout du compte rejetteront toutes les fautes et responsabilités sur l'institution policière et en particulier sur son Etat-major. Nous demandons aux policiers de se rappeler qu'ils sont un corps civil répondant aux lois et règles démocratiques en vigueur dictées par la Constitution de 1987. Les policiers ont donc intérêt à bien analyser les ordres qu'ils recevront à la lumière des lois et surtout de cette Constitution avant de les exécuter car, en aucun cas, ils ne pourront se cacher derrière une quelconque obéissance passive pour perpétrer des forfaits et des violences sur la population. Aux juges et commissaires corrompus, nous leur disons qu'ils ne seront pas non plus à l'abri de jugements et de la colère du peuple. Nous construisons difficilement cet Etat de droit mais sommes définitivement rentrés dans une ère démocratique où toute marche arrière leur sera fatale...

Nous avons appris que des menaces ont été perpétrées en sa résidence contre un citoyen qui a porté plainte contre l'épouse du président et son fils pour usurpation de titre et détournements de fonds par des gens en uniformes avec à leur tête un ancien chef de la police nationale sans qu'aucune suite n'ait été donnée à cette affaire. Un commando identifié de la police nationale avec des hommes en cagoules a été repéré dans les parages du cabinet de son avocat. Nous espérons qu'il ne s'agisse que d'une simple coïncidence et que l'avocat n'était nullement visé ni concerné par cette présence inopportune de ces hommes. Vous, de la Police nationale, leur devez pleine et entière protection. Vous serez tenus pour responsables au cas où il leur arriverait n'importe quoi après ces menaces et manœuvres d'intimidations. Il en est de même des violents perturbateurs identifiés à la réunion de l'Arcahaie qu'organisaient les membres de l'opposition démocratique contre lesquels une plainte avait été déposée et rien n'a été fait. Messieurs et dames vous serez aussi tenus pour responsables de toutes actions antidémocratiques que les membres de ce gouvernement perpétueront avec votre collaboration ou complicité.

A cette caribéenne qui vient d'être nommée chef de la MIMUSTAH en Haïti nous disons d'emblée qu'elle n'est pas la bienvenue sous ce chapeau là, au moment où cette institution militaro-civile d'occupation s'est déjà tristement distinguée dans l'organisation frauduleuse des deux dernières élections présidentielles en Haïti, dans l'implantation et la propagation du choléra qui a déjà fait près de neuf mille (9000) morts au pays et au moment où les couches saines de la population réclament à cor et à cri son départ (voir la résolution du Sénat de la république au mois de mai dernier et diverses notes de protestations venant de tous les coins de la société haïtienne). Cette mission dite de stabilisation qui semble être ici que pour stabiliser les dirigeants haïtiens qui abusent de leur pouvoir et non pour aider à l'émergence d'un Etat de droit en Haïti. De toute façon, un Etat de droit, une vraie démocratie ne s'importe pas ni ne s'impose de force. Il doit être l'émanation du milieu, le produit d'un consensus, d'un contrat social où les intérêts de tous et de chacun sont sauvegardés.

A moins qu'elle ne soit venue pour contenir les pulsions violentes de certains membres de cette MINUSTAH qui parfois tuent et violent ; à moins qu'elle ne soit venue pour mettre en œuvre le départ immédiat et ordonné de ces troupes tout en aménageant des espaces de dialogues et d'échanges pour une coopération internationale plus fructueuse et respectueuse de notre droit à l'autodétermination et au développement.

Nous avons noté par ailleurs que la MINUSTAH sous ses ordres était aussi présente à coté de la police nationale lors de la répression de la manifestation de solidarité au juge Jean Serge Joseph à « l'Estère » qui s'est soldée par la mort d'un jeune et de nombreux blessés. Nous n'accepteront pas que nos droits soient constamment violés. Nous vivons déjà la situation assez dégradante d'une occupation qui ne dit pas son nom avec des élites haïtiennes à la traîne refusant d'assumer leurs responsabilités vis-à-vis du pays. Nous buvons la honte jusqu'à la lie mais gardons toujours cette ferme volonté de nous en sortir. Elle est inspirée du courage de nos valeureux combattants qui ont fait 1804, nous ont légué cet à la fois lourd et grand héritage et qui doivent surement aujourd'hui se retourner dans leur tombe. Ce sont aussi eux qui vous ont montré le chemin de la liberté et de la dignité aux Antilles et dans le continent. Vous devez du respect à leur terre et à leurs descendants. Nous vous souhaitons malgré tout, madame, une bonne et fructueuse mission en Haïti et espérons que vous n'y laisserez que de bons souvenirs.

Port-au-Prince, le 27 juillet 2013

KONAKOM: Le parti politique moderne pour le renouveau d'Haiti

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