Analyses & Opinions

Martelly pris au piège du Sénat

martelly-steven-benoit

En refusant de signer l'accord tripartite vendredi à l'hôtel El Rancho, le président du Sénat a obtempéré aux injonctions de 11 sénateurs qui exigent la publication, dans le journal Le Moniteur, de la liste des conseillers de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), élus par la Chambre haute depuis septembre 2013. La réunion jeudi, au palais national, entre le chef de l'Etat et le président du Grand Corps n'avait pas permis aux deux hommes de trouver une entente sur ce différend inutile créé par la présidence depuis septembre 2013, et qui contribue à détériorer les rapports entre le Sénat et le pouvoir exécutif. A l'ouverture du dialogue, les sénateurs avaient conditionné leur participation au respect par le pouvoir exécutif du principe de la séparation des pouvoirs, notamment une solution définitive sur le dossier de la Cour des comptes.

Qu'il s'agisse de l'idée de vetting sur les 10 conseillers élus par le Sénat ou de vérification de titres académiques de la plupart de ces personnalités, l'entourage du président de la République a commis l'erreur d'avoir laissé passer le délai d'enquêter sur les postulants sur qui pèsent des doutes. Entre la signature de cet accord ou le refus de la publication de cette liste, Martelly n'est-il pas contraint de suivre la voie de la raison ?

La signature de cet accord résultant du dialogue interhaïtien entre le pouvoir exécutif, le Parlement et les partis politiques, sous les auspices de la Conférence épiscopale d'Haïti, peut être interprétée comme un premier pas sur le chemin de la normalisation des rapports politiques en Haïti par le dialogue. En acceptant de conduire les pourparlers entre des secteurs hostiles, le cardinal Chibly Langlois avait-il mesuré la portée des différends entre les partis politiques et l'administration Martelly et également entre le Parlement et le pouvoir exécutif ? Si la plupart des observateurs étaient sceptiques face à 53 partis politiques, toutes tendances confondues, présents dans le dialogue, le cardinal, de son côté, était optimiste quant à un dénouement heureux entre ces différents secteurs.

Qu'il s'agisse des observateurs de la société civile, des parlementaires ou des membres de la presse, la présence des représentants de 53 partis et regroupements de partis politiques à l'hôtel El Rancho a suscité beaucoup d'interrogations. Sur ces 34 partis, une vingtaine vient en appui au président Martelly. La succession de tout nouveau chef d'Etat en Haïti entraîne la création d'une pléiade de partis politiques bidon qui seront révélés au grand jour à chaque fois que la présence de représentants de partis politiques est nécessaire. En l'année 2000, une dizaine de candidats à la présidence pour la plupart inconnus sur la scène politique étaient présents dans la course pour concurrencer Jean-Bertrand Aristide. En 2005, de nouvelles figures avaient intégré la course à la présidence pour bénéficier des cinq cent mille gourdes. En l'année 2009, plusieurs chefs de partis politiques inconnus sur la scène étaient présents pour participer au tirage au sort en présence des chefs de partis politiques connus. L'arrivée de Martelly au pouvoir a également facilité la création de nouveaux partis politiques.

En quoi la création de ces nouveaux partis politiques qui, le plus souvent, disparaissent après la fin du mandat du président, a-t-elle aidé à renforcer la vie des partis politiques en Haïti ?

N'est-il pas opportun de poser la problématique des partis politiques en Haïti ?
Lemoine Bonneau
Source: Le Nouvelliste

  A Lire Aussi: