Analyses & Opinions

La malédiction d’Haïti !

MIAMI, 12 Juillet – Après le séisme de janvier 2010, une certaine presse française a pris l’habitude de nous attribuer à tort et à travers un nouveau qualificatif : ‘Haïti la maudite.’

Toute la question est de savoir quelle serait la cause de cette malédiction ?

Est-ce que l’Indonésie où un tsunami a tué presque la même quantité de ‘chrétiens vivants’ que le 12 janvier 2010 est pour autant un pays maudit ?
Est-ce que l’Allemagne qui a provoqué la mort brutale de 6 millions de juifs, est pour cela maudite ?

Ou est-ce Haïti qui est maudite pour avoir massacré les colons après la terrible guerre qui nous a donné notre indépendance le 1er janvier 1804 ?
Toutes questions qui n’empêchent qu’on puisse être frappé par le nombre de catastrophes aux dimensions surhumaines qui nous ont frappé coup sur coup.

Ce sont le Sida, au début des années 1980 …
Puis le séisme de janvier 2010 dont les pertes en vies humaines ont été estimées à 300.000 morts.
Puis dans les mois qui suivront, le choléra (découvert en octobre 2010), et jamais connu en Haïti de mémoire d’Haïtien.

La malédiction des fils de Cham …

On serait tenté de voir là, en effet, la conséquence de quelque malédiction. Peut-être celle ‘des fils de Cham’, ce dernier (celui des fils de Noé qui était de race noire) ayant été, selon Google.fr, probablement une invention des exégètes bibliques pour justifier l’esclavage et plus tard la Traite …

Mais nous n’allons pas remonter jusqu’au Déluge. Ce serait trop facile de nous excuser ainsi de nos propres responsabilités dans la survenue de la plupart de ces cataclysmes.Aussi serait-il bon de commencer par classer ces derniers en différents groupes. Il y a d’abord ceux qui nous sont tombés dessus, sans avertissement, que nous n’avons rien fait pour mériter. Tel le Sida. Mais là aussi il y a nuance. Nous le verrons tout à l’heure.

Dans la même catégorie il y a bien sûr le tremblement de terre. Personne qui ne peut s’empêcher de penser : pourquoi Haïti ? Le pays déjà le plus mal en point. Donc qui aura le plus de difficultés à se relever. Si jamais il y arrive …

Le plus gros scandale du 21e siècle ! …

Quant au choléra qui éclatera quelques mois plus tard et on sait par quel chemin, ce n’est pas seulement une catastrophe mais le plus gros scandale du 21e siècle avec l’ONU refusant d’admettre que l’épidémie, inconnue depuis toujours en Haïti, est arrivée dans les bagages de sa mission de maintien de la paix. ‘Rann sévis, bay chagren’. Une reconnaissance de ses torts pourrait entrainer l’obligation d’aider à corriger le mal. Honte à toute la terre puisqu’il s’agit des Nations Unies.

Penser que c’est encore sur Haïti que devrait retomber la malédiction !

Il y a donc cette première catégorie où la fatalité semble en effet jouer, qu’on le veuille ou non, un certain rôle. Pourquoi ici et pas ailleurs ? That is one question. Mais il y en a d’autres. Oui, le Sida aurait pu apparaître dans la république voisine où le même genre de tourisme de masse existait aussi au début des années 1980. Mais c’est là, oui surtout à ce niveau, qu’interviendrait la ‘malédiction des fils de Cham’ ! Au sens propre du mot.

En effet c’est Haïti que les plus respectables institutions internationales de santé (telle la CDC américaine) et les plus importants médias occidentaux (genre Paris Match) choisiront pour lui faire porter le stigma. Maladies 4 H, H comme Haïtiens !
Dès lors adieu vache, cochon, couvée. Les touristes nous désertent à tout jamais.

La thèse Chavez ! …

Et c’est encore nous qui mériterions d’être maudits ? Nous le répétons encore et encore. Ce n’est pas un pléonasme qui risque de nous tuer.
Toujours les mêmes institutions, toujours les mêmes médias.
Pas étonnant qu’on refasse la même expérience avec le choléra !

Le tremblement de terre ? Ah oui, je vous vois venir. La thèse Chavez ! Des recherches menées jusqu’au plus profond de la croûte terrestre !
En tout cas, les conséquences auraient pu en effet être moindres si nous avions mieux géré nos deux siècles d’indépendance.
Et cela nous conduit à parler d’une autre catégorie de cataclysmes ‘man made’ (de la main de l’homme) et non des moindres.

C’est d’abord la lourde Dette de l’indépendance que Haïti a été forcée de payer à son ex-colonisateur, la France. La seule nation de toute l’Histoire qui ait été forcée de payer une indépendance acquise par ses propres moyens. Et dette qui a aliéné, atrophié pendant 1 siècle et demi et dans tous les sens (richesses nationales, santé, éducation etc) le développement de la première république noire du monde.
Et c’est encore nous que la malédiction devrait frapper !

C’est aussi une occupation américaine (1915-1934) qui, toujours près d’un siècle et demi après notre indépendance, a utilisé les mêmes méthodes que jadis nos esclavagistes : répression aveugle, travaux forcés, divisez pour régner à base des nuances épidermiques.

La fatalité n’existe pas …

Et puis bien sûr la catastrophe des catastrophes, la mère des catastrophes, c’est notre gestion même de notre pays. A tout point de vue. Comme quoi le plus grand malheur qu’il ait pu arriver à Haïti ce sont les Haïtiens eux-mêmes ! En tout cas jusqu’à date. Car la fatalité n’est pas vraiment une fatalité. La fatalité n’existe pas. Nos ancêtres ne l’ont-ils pas prouvé ?

Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince
Source: Haiti en Marche