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Haiti, une Talibanisation en douceur: une république de chiens couchants

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Par Alin Louis Hall --- Au commencement, l’esclavage était la loi. Parcourue par des lignes de clivages qui ne se superposaient pas automatiquement, Saint-Domingue était une société raciste, ségréguée et esclavagiste. Elle distinguait le blanc du non blanc. Le créole né dans la colonie de celui né en métropole. Le libre, de l’esclave. Les différentes composantes de cette société coloniale étaient donc loin d’avoir les mêmes aspirations. Les esclaves combattaient pour la liberté, les libres de couleur pour l’égalité. Les planteurs blancs voulaient s’affranchir des contraintes du commerce colonial régi par le système de l’exclusif. Un tableau d’époque, qui garde encore une certaine actualité !

L’oppression entrainait bien fort souvent une rage intérieure. La réaction contre l’oppresseur variait. Soit la résignation devant la toute-puissance du colon, soit le développement de propres moyens de résistance et de vengeance, soit la collaboration pour tenter d’alléger son sort. Dans ce dernier cas, ce fut une triste réalité de constater que, pour échapper aux supplices les plus sévères, certains esclaves n’hésitèrent pas à collaborer avec les colons. La violence faisait partie de leur quotidien. L’esclave pour survivre faisait semblant des fois pour tromper la vigilance du maitre ou du commandeur. Cette extension de cette forme de marronnage a survécu et a résulté dans le faire semblant. Donc, avec cette mentalité d’esclave, nous continuons de « faire semblant » d’organiser les élections. Au détriment de l’incontournable révolution de la pensée sans laquelle pas de salut. En fait, il s’agit d’une véritable confrontation avec nous-mêmes dominée par les deux personnages centraux de l’imaginaire collectif : Bouki et Malice. On y reviendra.

UN PROJET D’ARRIERATION

En politique, la coterie est au parti ce que la secte est à la religion. Elle sacrifie le bien public, la vérité et la justice. Dans leur bacchanale de la déraison, les chiens couchants croient défendre la cause du juste, du vrai et du beau et ont recours aux cabales lorsqu’il s’agit de conspirer pour le succès de leurs opinions et de leurs intérêts.

Alors que la royauté et « tout pouvoir vient de Dieu » ont été aboli par les révolutions de 1776 et de 1789, la révolution haïtienne de 1804 a tout simplement ignoré royalement que le régime présidentiel fut une grande innovation politique. Qu’on se rappelle que le Parlement Haïtien a été créé le 30 décembre 1806. En 1946, l’intégrisme est mis en selle par le mouvement dit des « Griots ». Et, depuis, la paranoïa s’est installée durablement. L’Haïtien a peur de son voisin. De son collègue de bureau. Dans certains cas, de son ombre et même de son conjoint. Le complot est omniprésent.

C’est un indicateur d’arriération quand la religion vient à la rescousse de la politique. Avec ce genre de regroupement comme « Religion pour la paix », nous sommes revenus à la période prérévolutionnaire du « tout pouvoir vient de Dieu », avec sa version haïtienne « se guinen an ki mande sa ». A ne pas sous-estimer non plus l’influence de l’imaginaire animiste dans l’entêtement des politiciens haïtiens. Qu’on se rappelle du mythe d’invulnérabilité qu’entretenait Boukman qui fut décapité. A certains égards, cette ultime crise politique peut être considérée comme la confirmation que nous sommes encore à la première étape théologique de l’évolution de la pensée humaine. Dans cette ultime phase de la talibanisation en douceur, c’est le houngan du Palais national qui désigne le dauphin. A-t-on vraiment progressé depuis « Simalo », le cabrit d’Antoine Simon ? Le débat est ouvert. D’égale importance, le support inconditionnel de ce groupe de Pasteurs protestants à Martelly devrait nous interpeller. Et lorsque l’église catholique accouche de l’Accord El Rancho, c’est la confirmation que les « bandi legal » sont les protégés de la soutane.

Avec le maintien de la pensée magique qu’Haïti est un pays unique, la religion retient le pays en otage. Pour le bonheur des dépositaires de la zombification des masses. D’ailleurs, le rôle du clergé indigène et des sociétés secrètes du vaudou pendant les 29 ans du Duvaliérisme reste un sujet tabou au pays du déficit endémique de mémoire.

LE MANQUE DE CARACTERE AU SERVICE DU STATU QUO

Les Haïtiens doivent se rendre à l’évidence que cette bête qu’ils aiment tant caresser dans le sens du poil n’a, justement, pas de poils. C’est un serpent venimeux. Il faut lui couper la tête. Sinon il continuera à vomir les cafards et les chiens couchants. A la vérité, on ne devrait pas s’étonner qu’on n’arrive pas à organiser des élections crédibles, honnêtes et démocratiques. Apres 212 ans de gestion politique des créoles et bossales « noiristes et mulatristes », il convient de reconnaitre l’hypocrisie des Américains qui sont allés chercher en Irak les armes de destruction massive qu’ils les avaient là sous leurs nez.

Dans ce système qui nous oblige à admirer et promouvoir le « pito’n led nou la », comment élever le niveau de conscience chez l’Haïtien pour nous obliger à penser et réfléchir autrement? Dans un certain sens, un homme incapable de faire la part des choses entre le bien et le mal contribue chaque jour à l’édification d’une société à faire du mal. Dans cette confrontation avec nous-mêmes, comment se défaire de la malformation congénitale de notre système politique qui consacre le triomphe du faux sur le vrai ?

L’entêtement des « bandi legal » du CEP avait misé sur le manque de caractère de l’homme haïtien. Dans le pays du « J’accepte tout, donc je suis », la bande à Opont avait anticipé sur la débandade du G8 et de Jude Célestin. Depuis que nous sommes devenus une république de chiens couchants, quand on ne nous prend pas tous pour des zombis, on nous prend pour des gentils « toutous » bien dociles. On serait même tenter d’avancer que les alchimistes avaient tout aussi bien anticipé sur la cacophonie logomachique médiatisée pour tirer le lapin du chapeau.

CONCLUSION

Une culture ayant accouchée la société la plus inégalitaire au monde doit être remise en question. De fond en comble. Sans le reformatage du cerveau haïtien, on ne pourra même pas assumer les conséquences de la désespérance qui a accouché de tant de mécanismes compensatoires. Pour justifier le particularisme aveugle, tout le monde se retrouve dans le « pito’n led nou la » alors qu’on devrait chercher à mieux comprendre pourquoi l’angle droit n’existe pas en Haïti depuis son invention par les Egyptiens dont se réclame le courant africaniste.

Sans ignorer les réalités de notre quotidien, nous devons répondre à une question fondamentale: « Comment fonder le Droit à l’Avenir d’Haïti ? » À l’heure où la société haïtienne s’accommode du pire, nous devons réaffirmer l’éthique comme un choix crucial. Nous nous devons de le réaffirmer à travers l’intelligence collective et l’esprit d’innovation. Dans l’organisation de la société que nous devons bâtir, l’éthique et le scientifique doivent ensemble éclairer les choix de citoyens actifs et engagés dans les réalités du quotidien. Afin que chacun d’entre nous puisse être à la fois une ressource et un lien. Pour contrer les chiens couchants.

 Alin Louis Hall