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En Haïti des Manchots amputent les Mains du Créateur

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Par Jean-Rony Monestime André --- En Haïti, le constat sur les effets dévastateurs du courroux de la mère-nature déçoit amplement. Cet automne 2016, d’une atrocité légendaire, l’environnement se rebelle, un peu partout et en série, contre les presqu’insulaires. Les haïtiens éprouvent des revers du type Golgotha. Les vies se décrient et les biens se dévaluent à un rythme inquiétant. Le Grand Sud dépouillé, une partie du Grand Nord sous les eaux, l’ouest est presqu’invivable. En réalité, pas un seul département du pays ne survive sans qu’il y ait une menace probante. Dans cette triste évidence, un fait est à blâmer : l’absence de talents dans le paysage politique. Cette pénurie accompagne, dans l’ombre, l’infamie que vit le pays depuis des décennies. D’ailleurs, le visionnaire du RDNP, le président Leslie F. Manigat, a pu montrer, durant moins d’un semestre de mandat, ce que représente un talentueux pour un pays. Son dialogue franc et direct avec le peuple et son cabinet équilibré demeurent historiques. Hélas ! Les bons sont rares.

Le Cas du Cap-Haïtien

Les eaux jaunâtres et impures, qui ont noyé la ville du Cap la semaine dernière, ont approuvé les lamentations des analystes sur l’absence de leadership dans le zénith politique d’Haïti. Une déficience qui est plutôt remplacée par un catalyseur méprisable : l’amateurisme. Cet activeur aventurier attribue un bilan de faits désastreux au pays, après deux-cent-douze ans d’histoire post-indépendantiste. À l’évidence, les villes haïtiennes montrent des contrastes répugnants. Et, la futurologie peut à peine prédire leur lendemain. La ville du Cap, particulièrement, vient de vivre l’impact exterminateur du manque de savoir-faire. Conçue, en 1670, par le flibustier français, Bertrand D’Ogeron de La Bouëre, pour se substituer au Guárico* des taïnos, le Cap-Français pouvait abriter une démographie de 25000 personnes. Aujourd’hui, le Cap-Haïtien peut recenser 250000 habitants et quand s’y ajoutent les masses des banlieues, on est au voisinage d’un million d’âmes. C’est-à-dire, la surpopulation est l’un des grands paradoxes de la sociologie naissante de la 2eme ville du pays.

Que de bidonvilles en prolifération! Aucun maire du Cap ne s’attaque objectivement à ce problème. Quand Cléomin Jean-Pierre nettoie la ville pour garantir les dividendes alloués par le tourisme d’alors, les gens conspirent et créent le Zidor en face de la Cité Lescot; quand Borgella chasse les enfants va-nu-pieds sur le boulevard, leurs mères manigancent et génèrent la cité du peuple; quand Rosane Dugué a dû prendre, elle-même, le volant des camions pour ramasser des ordures, les sans-terrains conçoivent la Cité Chauvel; quand Michel Saint-Croix tente de déplacer les marchandes de la Rue 3, des maisonnettes abondent sur le Calvaire. Et, à ceux-là s’additionnent les autres bidonvilles comme Fougerole, Conasa, les Shada, Anba Ravine, Labory, Blue Hills, Ste-Philomène, nan Bannann, Bas-de-Vertière, Ranblè, Sans-Raison ect….Et, tous munis de leurs taxis-motos répandant des décibels de sons et dégageant du monoxyde de carbone (CO) nocif.

Autrement dit, les maires qui se succèdent, au cours des ans, n’ont jamais affronté le problème de surpopulation. Et pour cause, ça devient un obstacle majeur pour le strict milieu ambiant de la ville. À Cap-Haitien, des maisons sont construites dans des ravins, des cases sur les mornes et des abris de fortune sur des ponts. De 1804 à 2016, on doit se demander pourquoi ni l’état haïtien ni la mairie du Cap n’ont jamais conçu une autre ville ? Le Cap est saturé pourtant on l’inonde d’entités « bidonvillisantes » et d’immeubles « surpeupleurs ». C’est une commune qui détient, en son centre, deux lycées, un terrain de foot, un hôpital départemental, plusieurs universités, près d’une centaine d’écoles privées et deux grands marchés traditionnels.

C’est que la métropole du nord n’est exempte du plus grand ennemi d’Haïti : le dilettantisme. On n’élit pas les gens aux grandes idées, sinon des citoyens ordinaires. La mairie du Cap n’a aucune politique de bien-être environnemental. Un maire peut censurer le pullulement des bouteilles en plastique dans la matinée, mais négocier le contraire avec les brasseries la nuit; ce maire peut condamner les constructions anarchiques un sabbat, mais le dimanche suivant, il vend des terrains, sur les mornes protecteurs (Vigie & Picolet), à des chaines d’hôtels étrangers.

Le déluge du Cap-Haitien n’est pas le fruit du hasard. Il est né de l’immobilisme des figures manchotes qui envahissent le firmament politique. Ces incapables sont artisans de bien des malheurs de ce pays, en particulier l’abattage des arbres, le surpeuplement et l’insalubrité. Le réchauffement climatique menace l’univers en général. Néanmoins, les pays d’incultes seront victimes premièrement. Le créateur nous concède Haïti ; les ancêtres nous la rachètent; il l’a bénie de ses mains laborieuses ; tristement, les manchots de l’administration publique amputent progressivement ces mains divines. Ils n’ont qu’une main destructrice.

Guárico*=le nom taïno de la région du Cap-Haitien qu’elle garda jusqu’à la fondation du Cap-Français en 1670

Jean-Rony Monestime André

BA en Connaissances Générales ;
BS en Médecine Nucléaire ;
MHA-Maitrise en Healthcare ;
PHD-Doctorant en Science de Santé-Leadership ;
Professeur à Seton Hall University, New Jersey, USA.

Références


Phelipeau, René [1748-1784]. Plan de la plaine du Cap François en l’Isle St. Domingue, rédigé d’après les dernièresopérations géométriques des ingénieurs du Roy. Paris : s.n., 1786.

Manigat, Max. Cap-Haitien. Excursions dans le temps : voix capoises de la diaspora. Coconut Creek, FL : Educa

Vision, 2008.