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Manigat et Aristide, Eux Aussi, Ils Avaient un Mandat Constitutionnel de Cinq ans

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Après plusieurs jours de mobilisations et de paralysie dans presque tout le pays ou l’opposition exige le départ du président Jovenel Moises du pouvoir, Kenneth H. Merten, diplomate américain, lors de sa plus récente interview, s’est, en donneur de leçon, référé à son pays pour indiquer que c’est dans le cadre d’élections que les leaders sont choisis. “Nous autres aux États-Unis, nous allons aux élections pour choisir nos leaders. En Haïti, j’ai l’impression que la majorité des gens aimeraient aller aux élections pour choisir, changer leurs leaders. Cela donne moins de travail à faire…La violence empêche l’accomplissement de bonnes choses, de bonnes choses comme l’investissement’’ (Roberson Alphonse, Le Nouvelliste).

De son style habituel, l’ambassadeur s’est réjoui pour dire que: “Comme tout le monde le sait, les États-Unis n’aiment pas les situations de violence, de dérapage. Si quelqu’un a un problème avec le gouvernement, c’est normal qu’il proteste, qu’il manifeste. Mais ce n’est pas bon que des gens attaquent de paisibles citoyens. Haïti a besoin d’investissement, Haïti a besoin d’investisseurs. Nous avons besoin de paix pour pouvoir continuer à faire des affaires avec le gouvernement haïtien, avec le peuple haïtien. Il y a des façons de faire entendre sa voix. Les gens veulent le changement mais nous savons tous que le changement s’opère lentement’’ (Roberson Alphonse, Le Nouvelliste).

Démocratie, n’est pas seulement une affaire d’élection

Mais comment parviendrait on á convaincre la population, particulièrement les gens des classes défavorisées et les leaders de même appartenance politique du discours de l’ambassadeur américain quand, depuis l’imposition forcé de Jovenel Moises comme président, que la situation en Haïti est très instable et même très fragile. Le mandat présidentiel, n’est pas seulement une affaire de durée, il est aussi une question de responsabilité.

De plus, comment convaincre l’électorat des secteurs dites populaire d’attendre á la plus prochaine élection, quand á chaque fois, que ce soit en juin 1988 avec Leslie Manigat, septembre 1991 et février 2004 avec Jean Bertrand Aristide, il y avait toujours eu des coups d’états contre ces élus.

Le coup d’état du 19 juin 1988, 30 septembre 1991 et le départ forcé du 29 février 2004 étaient des cas classiques que pouvaient utiliser l’électorat dans les bidonvilles et les leaders de l’opposition pour contredire le discours de l’ambassadeur américain. Paradoxalement, quand ce n’était pas un coup d’état ou un départ forcé des élus du peuple, la situation socio-économique des gens des classes défavorisées sont toujours les mêmes. Se youn gwoup nan elit lan ak zanmi yo nan entenasyonal lan kap ekplwate mas lan. Sak genyen an, gen twop.   E sak pa genyen an, pa gen anyen ditou.

Si les élections apportent toujours quelques choses de positives dans les autres pays, dans le cas d’Haïti, c’est toujours le contraire, spécialement des coups d’états contre des chefs d’États progressistes. Donc, pourquoi parler de mandat du président en Haïti quand ses alliés de l’international et de la classe des affaires savent pertinemment qu’en termes de changement, que ce pouvoir ne peut et ne pourra rien faire.

Si les élections représentent le mode démocratique de désignation du personnel politique, “depuis que ce processus est en cours dans le pays, des urnes sortent trop souvent en Haïti des dictateurs, contempteurs de la démocratie pensent des analystes de la politique haïtienne. Selon eux, les expériences électorales en Haïti ont toujours décelé un illogisme au niveau de l’attente même du peuple haïtien à tirer quelque chose de positive”. Depuis le départ de Jean Claude Duvalier le 7 février 1986, on organise toujours des élections, et ceci sans grands bénéfices pour les classes défavorisées. 

La démocratie de l'ère de la médiocrité en Haiti 

Dans les pays occidentaux, particulièrement les Etats-Unis, donneur de leçon démocratique, contrairement á Haïti ou des citoyens sans capacité académique et expérience dans les affaires de politiques publiques se portent candidats á la présidence á quelques semaines d’une course électorale, pour bon nombre de présidents américains, a l‘exception du dernier président élu, le chemin vers la Maison-Blanche implique un long apprentissage dans la fonction publique. Ils furent âgés, qui d’une vingtaine, qui d’une trentaine d’années, à débuter leur carrière généralement à des niveaux inférieurs du système. 

Pays d’Amérique du Nord indépendant en 1776, les États-Unis sont considérés comme l’instance planétaire d’homologation démocratique. Car du premier président George Washington à l’actuel Donald Trump, la culture démocratique se perpétue certes. 

Rôles, influences et ingérences des Etats Unis dans les affaires politiques d’Haïti

Mais, il n’est pas un secret pour personne que le pays de l’ambassadeur a toujours joué un rôle important dans les affaires politiques du pays. Quand il n’est pas à l’avant-scène des coups d’états contre les leaders progressistes, il joue parfois le rôle de grands électeurs dans les résultats des élections. L’histoire politique des dernières élections en Haïti, nous enseigne comment ces mêmes donneurs de leçon ont, tout en supportant des mouvements anti-démocratiques de toutes sortes, sapé pendant plusieurs décennies de véritables processus démocratiques dans le pays.

C’est comme dans les animaux malades de la peste de Jean Lafontaine. Selon que vous soyez pro ou anti impérialiste, la communauté internationale peut vous rendre blancs ou noirs. Depuis leur départ de leurs dix-neuf années d’occupation d’Haïti (1915-1934), les États-Unis sont, par le truchement de leur ambassade à Port-au-Prince, devenu une force de déstabilisation de la politique haïtienne. De par leurs agents sur le terrain, Washington peut décider à n’importe quel moment de la destinée d’un candidat à la présidence aussi bien que de celle d’un chef d’Etat en fonction, surtout si ce denier remet en cause ses intérêts. “L’histoire a démontré plus d’une fois que lorsque les dirigeants des pays exploités ne font pas l’affaire des grandes puissances, élus démocratiquement ou non, ils sont diabolisés. Durant la guerre froide on les accusait d’être communistes, aujourd’hui la tendance est de les accuser” d’être en violation des principes des droits humains.

Plus de vingt ans de cela, alors que je suivais un cours de politique comparée des pays d’Amérique Latine, le professeur qui était un Latino, me disait une fois : ‘Depi w we entenasyonal lan pa renmen youn prezidan nan youn ti peyi, ou met konnen ke prezidan sa bon pou pep li ‘’. Donc l’inverse, quand l’international fait tout pour protéger le mandat d’un président dans un petit pays, c’est que ce dernier n’est qu’une marionnette travaillant au bénéfice du statut quo de son pays et des alliés de l’international. Si tel n’a pas été le cas, au lieu de partir quatre mois après son investiture au pouvoir, Leslie Manigat aurait fini son mandat de cinq ans (1988-1993). N’en parlons d’Aristide, qui en deux occasions (1991 et 2004) était forcé à partir pour l’exile.  

Prof. Esau Jean-Baptiste
New York, Etats-Unis
Dimanche 25 novembre 2018
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