Analyses & Opinions

A la mémoire de la Poétesse Farah-Martine : La Lettre de Lafortune à Rodney ST ELOI

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A Rodney ST ELOI, Académicien
 
Très chèr  Rodney,

J’étais sûr que j’allais recevoir ton appel dimanche soir ou lundi matin et de fait tu m’as appelé. J’ai reçu le coup de fil au moment même où mon esprit était en train de se promener entre la Rue Mon Seigneur Guilloux et de la Réunion précisément à l’École Normale Supérieure (ENS). C’est là que j’avais rencontré pour la première fois Farah-Martine Lhérisson et toi tu savais passer mais pas souvent. Je savais sortir me balader dans les couloirs en compagnie de Hugues Bernard ou de Philippe Raymond Cantave pour la regarder. Eux autres, ils ne savaient pas ma motivation mais j’avais de bon prétexte. J’incitais Hugues à me parler de Paul Eluard et Philipe lui, il reprenait volontiers pour moi le cours de Négritude du Prêtre Professeur Germeil Castel que j’ai dû sécher pour aller chercher la vie. Je devrais être tellement discret pour pouvoir dissimuler mes élans d’adolescence. On me dit que Farah-Martine a fait ses études au Centre Classique Féminin (CCF) ou à l’époque il y avait les meilleures références littéraires du pays dont Lyonel Trouillot, Joubert Satyre et toi etc. J’imagine combien elles étaient gâtées ces filles.
 
 C’était une période intense de littérature ou les idées s’agitaient et chacun avait sur la langue un texte de Prévert de Philoctète, de Davertige, de Francketienne de Castera etc… C’était l’époque où il y avait des lieux de rencontres littéraires et des gardes du temple du savoir. C’était l’époque des LAMADEL, de la fondation Culture Création, Pyepoudre et tu recevais les Amis à la Rue Marcelin à l’angle de la Rue Gore pour des parler littérature et faire acte d’intelligence.
 
 Je me souviens de « Parenthèse culturelle » mais je ne sais pas ce que beaucoup d’entre ces beaux esprits sont devenus. Heureusement que tu as fondé les Editions Mémoires qui a pu restituer aux générations futures des textes qui probablement ne seraient jamais publiés. Tu étais un passionné comme tu n’as cessé de l’être et grâce à toi, beaucoup de marges ont été remplies, nous avons lu les amours du moi de Mai, Fas doub lanmò et le seul texte de Farah Martine Lhérisson Itinéraire Zéro restera à la postérité.
 
 Tu m’as appelé avec de la colère dans ta voix et des sanglots pour me dire que tu n’acceptes pas ce qui est arrivé au pays, à la Poétesse et à la vie en Haïti. Je me souviens comme aujourd’hui encore notre dialogue à la Rue du Centre tout près de Le Nouvelliste ou tu travaillais aussi. Tu me disais que tu allais laisser le pays et tu m’as énuméré les mille et une raisons pour lesquelles tu as pris cette décision. Au fil du temps, j’ai pu comprendre car ton œuvre était incomprise mais elle était majeure tu sais car des Editions Mémoires à Mémoire d’encrier, toute la mémoire du temps y est circonscrite. Tu es parti faire ce que tu faisais en Haïti là où tu as et aurais récolté du mépris, de l’ingratitude et de la mal compréhension sans doute.

 En me donnant les clés des Éditions Mémoire tu m’avais dit tellement de choses. Tu m’avais surtout dit qu’il y a beaucoup de règles qui ne sont écrites nulle part dans les livres mais qui sont d’application stricte dans le vécu quotidien. Tu m’avais dit que tu pars pour pouvoir mieux continuer l’œuvre parce qu’ici, on ne croit plus en rien. Au fait, tu as eu raison car au Québec, tu continues à promouvoir les lettres haïtiennes, tu aides brillamment à l’épanouissement de la littérature québécoise.

 Merci pour Itinéraire zéro, merci pour Haïti et merci pour ton Amitié !

 Pour finir, je te promets, comme tu m’encourages toujours, de continuer à faire de l’agitation technique et espère que la lumière finira par luire.
Amitiés !
 
 Yves LAFORTUNE, MAP, Av
 Designer Organisationnel
 PDG Consultations et Résultats
 Secrétaire Exécutif   de l’Institut
 de Politiques Publiques(IPP)

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