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Analyses & Opinions

POUR SAUVER HAITI DE LA CRISE: Martelly invente la politique du Divertissement

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De seul PMA en plus grand bordel du continent ! …

Il existe encore une dimension du Carnaval des fleurs qui avait échappé aux observateurs. Selon le gouvernement, l’événement du week-end du 29 au 31 juillet constitue aussi un important investissement public. Il ne s’agit pas seulement de défoulement populaire, les 30 millions de gourdes ont généré en biens et services, selon une note de presse du Ministère de la Communication, un total de ‘1,400,000,000’ (1 milliard 400 millions) de gourdes.Cela en occupation de chambres d’hôtel, billets d’avion, notes de restaurants, toutes activités générées par un important arrivage de touristes étrangers et ‘diaspora’. Le gouvernement certifie en effet que ceux-ci ont été nombreux à faire le déplacement.

Et aussi par la bonne vente enregistrée au Champ de Mars, haut lieu des trois jours de liesse populaire, par les centaines de petites marchandes de boissons fraiches et autres agents dépanneurs.

Une grande première …

Décidément il fallait y penser et de toute l’histoire du carnaval haïtien, cette interprétation constitue véritablement une première.
Dans le même communiqué et sous le chapitre intitulé ‘Le carnaval des fleurs et les urgences économiques’, on lit encore : ‘La pression fiscale qui était de 9,08% en 1998 puis de 7,31% en 2001, le seuil le plus bas de la région, a été dépassé en un an sous la présidence de Michel Martelly atteignant le niveau de 14%.’
Et, tenez-vous bien, ‘L’organisation des Carnavals a contribué à améliorer la performance’ (fiscale).
Et si jamais il vous restait encore quelque doute, le même communiqué du Ministère de la Communication indique que l’Etat a décidé d’augmenter sa part de financement du budget public (40%), face à une certaine stagnation des dons de la communauté internationale (ceux-ci devant passer de 46,4 milliards de gourdes à 45,6 – crise économique internationale oblige) - bien sûr une telle décision de la part de l’Etat haïtien est tout à fait honorable, mais la nouveauté ce sont désormais les ‘divertissements’ inscrits comme moteur de croissance économique au même titre que tous autres projets. Oyez plutôt : ‘Le financement du budget pour le prochain exercice proviendra notamment des recettes de l’Etat (40%), de ce qu’il pourra générer de toutes initiatives dont celles liées aux divertissements, de dons et projets (32%), du Fonds PetroCaribe (15%), autres ressources (6%), des bons du Trésor (4%) et de l’appui budgétaire (3%).’

‘Eureka ! …

C’est lors de son voyage au Brésil pour participer, en juin dernier, au Sommet de Rio sur le Développement durable que le président Michel Martelly a fait cette formidable découverte (‘Eureka ! j’ai trouvé) ou comment on peut faire la fête et en même temps améliorer les finances publiques !
Cela à l’exemple, a-t-il dit, du carnaval de Rio. Mais peu avaient suffisamment retenu le sérieux des déclarations faites par le chef de l’Etat à son retour.

Quand certains disent que les 30 millions de gourdes pour le Carnaval des fleurs sont un gaspillage des fonds publics, c’est qu’ils ne prennent pas en compte (et c’est la ministre de l’Economie et des finances, Marie Carmelle Jean-Marie, qui renchérit) que cette initiative déclenche une machine extraordinaire de création de revenus pour différentes catégories de compatriotes, ensuite ceux-ci paient leurs redevances fiscales, et par conséquent au final l’Etat récupère au centuple son ‘investissement’.

Bref ‘tout moun jwenn’, comme dit le créole, c’est un système gagnant-gagnant !

‘Dancing in the rain’ …

Sauf que en même temps que le nombre de chambres d’hôtel et de billets d’avions comptabilisés, on aimerait avoir peut-être aussi quelques informations sur les principaux bénéficiaires des contrats généreux (pardon, générés) directement par les 30 millions de gourdes.
Mais passons on ne va tomber aussi bas quand le pays vient de faire une telle découverte. Aussi, sans perte de temps, voici le président Martelly (et son ministre de la Culture, Mario Dupuy) proposant un festival troubadour et un autre pour les DJ (Disc Jockeys). Et ainsi de suite.
Bref, plus on fait la fête, plus notre pays s’enrichit ! Haïti pourrait en passer le secret à tous ses bailleurs (USA, Union européenne) toujours en proie aux affres d’une crise économique qui n’en finit pas.
Libre à ces derniers de crier au ‘Vodoo Economics’ !
Et quand ailleurs l’austérité fait sortir des milliers de contestataires dans les rues, chez nous on sort aussi mais pour danser. ‘Dancing in the rain.’

Création d’emplois ? …

De plus on aura remarqué que par la même occasion le gouvernement semble résoudre tous ses problèmes. Augmentation des recettes fiscales (celles-ci passant à 1,2 milliard pour le mois de juillet 2012, contre 913 millions en juillet 2011) et victoire dans la lutte contre l’évasion fiscale et la corruption (comme l’assure un communiqué de presse de l’ULCC / Unité de lutte contre la corruption, en date du 2 août 2012) ; Capacité automatiquement aussi à absorber le manque à gagner dû à la diminution des dons de la communauté internationale (qui passent de 46, 4 milliards de gourdes à 45, 6 milliards) …

Et enfin solution aussi au problème majeur de la création d’emplois puisque les petites marchandes de gazeuses et les fabricants de chapeaux de paille font de bonnes affaires lors du carnaval !
Quant aux autres secteurs, on n’en parle tout simplement pas pour l’instant.

De seul PMA en plus grand bordel du continent ! …

Toutefois le président Martelly et le premier ministre Laurent Lamothe se trompent s’ils pensent que c’est là une situation nouvelle.
Notre histoire abonde de ce genre d’improvisations. Papa Doc et son homme de confiance Luckner Cambronne inventèrent dans leur temps, pour augmenter les recettes publiques, la machine à pomper le sang des Haïtiens pour le revendre aux grands laboratoires occidentaux. Et comme c’était insuffisant, ils se mirent aussi à commercer nos cadavres.

Cependant si le peuple continue de ne pouvoir manger à sa faim pour gagner des protéines, il risque de ne pouvoir supporter le rythme des carnavals en série du président Martelly, dès lors pourquoi ne pas reprendre la Borlette (loterie nationale informelle) ou ouvrir le pays aux chaines internationales de casinos, avec pour corollaire la prostitution organisée comme on dit le crime organisé. Et ainsi faire d’Haïti non plus le seul PMA (pays moins avancé) mais le plus grand bordel du continent. Bref, le summum de la politique du divertissement. Comme la Havane d’avant la révolution castriste.
Certains n’hésiteraient probablement pas. Mais d’un autre côté comment faire avec la lutte contre la corruption et l’argent sale à laquelle on est également lié.

Haïti en Marche, 4 Août 2012
Photo: Le Matin