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Analyses & Opinions

Lamothe : chef du gouvernement ou rien !

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‘Deux bourriques ne braient pas dans les mêmes pâturages’

MEYER, 11 Août – Lamothe n’est pas Conille. L’ex-premier ministre Garry Conille a été emporté au début de l’année par une cabale montée au sein de l’équipe gouvernementale qui a vu celle-ci se ranger totalement aux côtés du président Michel Martelly qui voulait se débarrasser de son premier ministre.
On ne saura pas quel est le sentiment du président Martelly dans le remaniement opéré officiellement, le lundi 6 Août écoulé, par le premier ministre Laurent Salvador Lamothe et qui écarte l’un des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat : le ministre de l’Intérieur et des collectivités territoriales, Me Thierry Mayard-Paul.

Le communiqué officiel, signé du premier ministre, souligne que les changements opérés sont ‘approuvé’(s) par le chef de l’Etat, Michel Joseph Martelly.

Exécutif en deux volets …

En même temps que le renvoi de l’équipe gouvernementale de Me Thierry Mayard-Paul, les changements touchent également les Affaires étrangères, l’Education, la Planification, les Affaires sociales et l’Environnement mais de manière infiniment moins significative. Dans au moins trois cas il s’agit pratiquement de transferts que de changement véritable.
Par contre, aucun doute là-dessus, le premier ministre Laurent Lamothe affirme, une fois pour toutes, son autorité comme chef du gouvernement.
Suivant le principe cher à nos caudillos d’hier et d’aujourd’hui : ‘deux bourriques ne braient pas dans les mêmes pâturages.’
Rappelons que la Constitution en vigueur (1987 avec ou sans amendement) divise le pouvoir Exécutif en deux volets : le chef de l’Etat et le chef du Gouvernement (ou premier ministre) et que c’est ce dernier qui dirige la politique gouvernementale.
Cependant depuis l’entrée en vigueur de cette Constitution, le chef de l’Etat a toujours eu le dernier mot en matière gouvernementale.

Le chef effectif …

A une exception près : le premier ministre Gérard Latortue pendant les deux années de règne intérimaire entre le brutal renversement de Jean-Bertrand Aristide et les présidentielles qui ramèneront René Préval au pouvoir (2004 – 2006).
Premier ministre parachuté par Washington (sous la présidence de George W. Bush), Gérard Latortue contraindra le président provisoire Boniface Alexandre à un rôle purement protocolaire.
Laurent Lamothe n’a ni ce pouvoir régalien (Michel Martelly est un président élu), ni probablement non plus pareille intention, mais il n’empêche que la Constitution fait du premier ministre haïtien le chef effectif de l’équipe gouvernementale. Et c’est surtout ce que Laurent Lamothe vient d’affirmer à la faveur de cet événement.

Des petites piques …

Il n’est un secret pour personne que le ministre de l’Intérieur Thierry Mayard-Paul se considère lui aussi un des maîtres du nouveau pouvoir, n’ayant de comptes à rendre qu’à son ami le chef de l’Etat ; en font foi entre autres des petites piques échangées avec le premier ministre au cours des conseils de gouvernement tenus ‘en direct’ à la télévision …
Et que l’attitude du ministre de l’Intérieur risquait de miner la cohésion au sein de l’équipe gouvernementale en divisant celle-ci en clans …
Outre que les présidents eux aussi ont toujours su utiliser ce genre de situation pour augmenter leur contrôle sur le gouvernement, pratiquant le diviser pour régner, et ainsi court-circuiter le pouvoir ainsi que les attributions constitutionnelles du premier ministre.
Aussi en écartant le ‘trublion’, Lamothe rappelle définitivement, et afin que nul n’en ignore, qu’il entend être le chef du gouvernement ou rien.

‘The right man in the right place’ …

Et au porte-parole de la présidence qui essaie de trouver des faux-fuyants (à croire que c’est l’entente parfaite au sein de l’appareil gouvernemental etc) c’est le premier ministre lui-même qui, après avoir répondu calmement à une convocation des députés pour s’expliquer sur le remaniement effectué, explique aux micros de la presse qu’il était nécessaire de rectifier le tir et de corriger ce qui n’allait pas pour que les efforts puissent ‘atterrir.’
En commençant, a-t-il dit, par lui-même. N’a-t-il pas renoncé au poste de ministre des Affaires étrangères parce que réalisant qu’il ne peut pas avoir à gérer plus de ‘600 dossiers’ comme chef du gouvernement et en même temps courir le monde pour défendre l’image du pays.
Là encore Lamothe fait d’une pierre deux coups. Tout comme dans son cas comme ministre des Affaires étrangères, il insinue que le ministre de l’Intérieur sortant n’a pu fournir tous les résultats escomptés. Pardon, sans que cela remette obligatoirement en cause les qualités personnelles de la personne. Mais comme on dit c’est ‘the right man in the right place.’

A ce sujet Mr Mayard-Paul demeure en réserve de la république. Il a été nommé automatiquement conseiller du président de la République avec rang de ministre.

Domaine réservé …

Mais par la même occasion (en renonçant aux Affaires étrangères), Lamothe témoigne son respect des mêmes principes constitutionnels voulant que la politique étrangère soit le domaine réservé du chef de l’Etat.

Que le président Martelly ait consenti jusque-là que son premier ministre soit également son ministre des Affaires étrangères n’est pas forcément bon pour l’équilibre gouvernemental parce que signe de favoritisme.

Donc le remaniement du lundi 6 Août remet à beaucoup d’égards les pendules à l’heure. Du moins constitutionnellement parlant !
A partir de maintenant, toutes choses étant égales, le premier ministre Laurent Lamothe a pleine latitude pour conduire la politique gouvernementale à bon port.

Là aussi, afin que nul n’en ignore ! Mais à commencer par lui-même.
Mais une chose est désormais claire : Lamothe n’est ni Conille … ni un connard.

Haïti en Marche, 11 Août 2012