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Bientôt le 5e recensement haïtien

logo-inst-statisticPar Robinson Saint-Frard --- L’année prochaine, le recensement général de la population et de l'habitat réalisé en 2003 aura dix ans. Si l’on veut respecter les recommandations des Nations unies en matière de production de statistiques, l’État haïtien, par l’intermédiaire de l’Institut  haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), devrait effectuer prochainement un nouveau recensement pour collecter des données sur toutes les personnes vivant sur le territoire haïtien. Ce 5e recensement aura une importance particulière, puisqu’il permettra d’avoir non seulement  des statistiques fiables sur le nombre de disparus lors de la tragédie du 12 janvier 2010, mais aussi la possibilité de faire des études quantitatives comparatives pré et post-séisme, tenant compte notamment des données du 4e recensement réalisé en 2003. Notons au passage que le premier recensement a été réalisé en 1950, le deuxième en 1971 et le troisième en 1982.

Les enjeux du recensement

Depuis plus de trois décennies, les chercheurs ont montré que les statistiques recueillies à travers les recensements jouent un rôle capital dans le développement socio-économique d’un pays. Par exemple, en Amérique du Nord, Census Bureau des États-Unis et Statistique Canada réalisent, à intervalles réguliers de cinq ans, des recensements pour recueillir des renseignements sur la population et sur l’habitat afin de comprendre la situation économique et sociodémographique de leur pays. Les données collectées sont ensuite utilisées par les chercheurs, les entreprises et les institutions, tout en respectant la confidentialité de l’information des répondants, à des fins d’analyses économique, démographique et de conception de politiques publiques.

 Une fois réalisées, ces études permettront aux gouvernements actuels et futurs de concevoir de nouvelles lois, de nouvelles politiques pour améliorer la qualité de la vie de leurs concitoyens. D’un point de vue économique, il est à noter que la réalisation d’un recensement est très coûteuse et requiert un nombre important de ressources matérielles et humaines. C’est pourquoi il est important d’utiliser au mieux les statistiques du recensement pour en tirer le maximum de profit. Chez nous, cette attitude est loin d’être acquise. Les données d’enquête et de recensement sont très peu utilisées.

Pour Haïti, le prochain recensement aura un triple enjeu. Premièrement, un enjeu socio-économique puisqu’il va sans doute créer un nombre important d’emplois temporaires et permanents. Deuxièmement, un enjeu statistique de taille, car il permettra de mettre à jour la principale base de sondage du pays,  qui est un élément indispensable pour réaliser des enquêtes-échantillons comme l’Enquête sur les conditions de vies en Haïti (EVCH), l’Enquête sur le budget la consommation des ménages (EBCM). Finalement, il y a l’enjeu politico-social, puisque le recensement permettra d’avoir une idée exacte des conditions de vie des Haïtiens après le séisme et en même temps d’évaluer le travail qu’avaient effectué l’État haïtien, les agences internationales et les organisations non gouvernementales (ONG) dans le pays.

Augmenter la fiabilité des données

De nos jours, les organismes statistiques ont développé des critères de qualité pour s’assurer que les renseignements sont collectés sans erreur de mesure et que les enquêteurs prennent le temps nécessaire pour accomplir adéquatement leur tâche de collecte de données. On comprend bien qu’il n’y aura pas de bonnes statistiques sans un travail minutieux des enquêteurs et sans la bonne disposition des enquêtés à fournir des informations fiables. Il n’y aura pas non plus de bonnes décisions politiques et économiques en l’absence de statistiques fiables.  

Pour le prochain recensement, on espère que l’IHSI prendra les mesures nécessaires pour améliorer la qualité des données.  Cette amélioration passera par la formation des enquêteurs et en leur fournissant des traitemenrts adéquats afin qu’ils puissent fournir un travail rigoureux, car pour certains, y compris moi-même, les données du recensement de 2003 avaient certaines limites, avec un taux de non- réponse élevé, causé principalement par le travail bâclé de certains enquêteurs. Le mot est fort, mais on doit dire la vérité. Les enquêteurs n’avaient pas visité de nombreux ménages, notamment à Lilavois, Christ-Roi, Turgeau, Fontamara 43, Bourneau, localité de Petite-Rivière de l’Artibonite, pour ne citer que ces zones-là. Or, par définition, le recensement cible la collecte de renseignements pour tous les ménages vivant sur le territoire national.

On ne peut pas parler de recensement et d’enquêtes sans mentionner la recherche scientifique. L’objectif principal de toute collecte de données est de répondre ou de comprendre une ou plusieurs problématiques spécifiques. Haïti est l’un des rares pays où on investit tant de ressources financières, matérielles et humaines dans les enquêtes et recensements  sans arriver à la finalité du processus qui est la recherche scientifique. Il est impératif que le gouvernement haïtien pense sérieusement au  renforcement du système de production des données statistiques tout en garantissant la confidentialité des informations recueillies sur les répondants. Les recensements et les enquêtes offrent aux chercheurs la possibilité de réaliser des études sur les divers aspects de la réalité haïtienne et ainsi orienter  scientifiquement les décisions politiques. Ne dit-on pas que la statistique est un outil d’aide à la décision ?

Robinson Saint-Frard
Maitre en statistique
Source: Le Nouvelliste