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Analyses & Opinions

Parodie de démocratie

cep opont 8membres

Le CEP a communiqué les résultats définitifs du premier tour des législatives du 9 août 2015 dimanche soir. Deux sénateurs et huit députés sont élus. A côté de Me Jean Renel Sénatus dans l'Ouest, département où six circonscriptions étaient annulées par le CEP, le candidat Youri Latortue est élu sénateur sur décision du BCED de l'Artibonite. 87 procès-verbaux ont été acceptés par le BCED portant à plus de 70 % le nombre de PV exigés pour ne pas annuler l'élection dans un département ou une circonscription où il y avait des problèmes.

Pourtant, le CEP avait, dans une résolution en date du 17 août, annoncé la reprise des élections pour le Sénat dans l'Artibonite et dans huit circonscriptions où il y avait des actes de violence et des cas de fraudes massives. Le CEP, capable de casser une décision juridictionnelle pour exclure Jacky Lumarque de la course à la présidence, affiche cette fois un grand respect de la décision du BCED qui casse une résolution du CEP lui-même. Trois hommes, un président et deux membres de ce tribunal électoral ont décidé que les élections s'étaient bien déroulées à Ennery et à Marchand Dessalines. Il n'y a pas d'annulation pour les élections sénatoriales non plus.

Cerise sur le gâteau, les candidats dans ces deux circonscriptions, respectivement de AAA et de PHTK, sont élus au premier tour. Le CEP s'est tranquillement retranché derrière le BCED. Le CEP de Pierre-Louis Opont, en procédant ainsi, a joué la montre. Il a annoncé ces annulations pour calmer l'ardeur des critiques, des organisations d'observation électorale, avant d'avancer dans la matérialisation d'un acte dangereux pour le reste du processus électoral et pour la démocratie.

Pour le reste du processus, le message est clair. User de violence, de fraudes. Avec de bons avocats, le bon piston, on peut opérer des « miracles ». L'eau trouble et boueuse d'une parodie d'élection peut se transformer au bout du compte en « victoire ». Quelle victoire ? La démocratie, dans tout ça, n'est qu'une illusion. Le système électoral, en réalité, ne s'est pas battu ni ne se battra pour le respect du vote d'un citoyen. Il est capable de déclarer gagnant, sans tenir compte de la transparence, de l'équité, des candidats au Sénat alors que dans l'Artibonite, les voix des électeurs de six circonscriptions ne sont pas prises en compte.

Pour l'Ouest, six autres circonscriptions, dont deux à forte concentration de population, sont jetées aux oubliettes. Les conseillers électoraux ne sont-ils pas les représentants de forces vives du pays ? N'ont-ils pas reçu à défaut de l'onction d'intégrité, une présomption favorable de probité morale ? Qu'est-ce que cela augure pour la suite ? Poser cette question est comme enfoncer une porte ouverte. Avec ce mépris pour la démocratie, pour le décret électoral et pour ses propres résolutions, pour les électeurs, pour la population et pour le pays, le CEP de Pierre-Louis Opont lance un signal d'encouragement à l'impunité,aux opérations « fè koupè ». Sans s'en rendre compte, le CEP conduit le pays un peu plus près de l'inconnu, de l'incertitude.

Quelques-uns, à juste titre peut-être, écraseront des regrets sur une tonne de pourquoi. Pourquoi, malgré sa grande popularité, Jean Renel Sénatus, l'évènement des élections, a accepté cette tache originelle ? Pourquoi Youri Latortue, ex-sénateur, intellectuel éprouvé, légaliste affiché, n'a pas souffert dans ses ambitions pour se battre pour cette règle de droit : que chaque vote compte ? Chacun lit les évènements en fonction de ses intérêts, de ses plans. Il faut peut-être attendre encore un peu ces hommes capables de dépassement.

Mais, quoi qu'on en dise, il serait surprenant que nos tuteurs critiquent les fautes du CEP. Après tout, il est souhaitable que des conseillers électoraux soient capables de telles acrobaties. C'est, peut-être, pour des intérêts occultes, « bon » pour la suite. Comme en 2010, quand Pierre-Louis Opont avait, sous pressions de l'international, changé les résultats de l'élection présidentielle...

Que ne feront pas Opont et les huit conseillers qui l'accompagnent?

Roberson Alphonse
Le Nouvelliste