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Analyses & Opinions

Grangou !

eske haiti se moun

 Grangou ! Stade final de la précarité ! La faim qui court les rues, qui frappe aux portes ! La menace qui plane sur le quotidien de centaines de milliers de compatriotes ! La menace qui propulse à genoux puis ventre à terre hommes et femmes et les transforme en proies pour ces prédateurs qui font du grangou une mine d’or, un piège à gibier, une machine infernale à fabriquer des richesses, machine infernale aussi parce que le grangou assèche les esprits et détruit les âmes. Le grangou métamorphose l’être humain en animal et une nation ne peut pas être peuplée d’animaux.

Grangou ! La menace ! La peur ! Qui n’a pas été abordé dans les rues par une citoyenne ou un citoyen ? « M grangou. » C’est toujours choquant.   Dans notre culture un adulte qui le dit de cette manière à un inconnu abdique un peu de sa dignité. C’est accepter déjà d’être sous la coupe de l’autre. 

Grangou ! Arme de destruction massive de l’être humain très prisée des politiciens et des dits animaux politiques. Elle permet d’acheter des votes, de remplir les urnes, les manifestations. C’est l’âge d’or de l’Hyppolite  la nouvelle monnaie haïtienne pas encore dévaluée par rapport à la gourde. Un Hyppolite égale mille gourdes. Florville Hyppolite doit bien s’agiter dans sa tombe. La prostitution féminine, mais aussi masculine, modernité oblige, bat son plein. Tout se mesure à l’aune d’un Hyppolite.

Un homme qui demande à une femme de lui être fidèle ! Un souhait à un citoyen ou à une citoyenne d’être honnête, performant dans son nouveau job ! On court le risque d’entendre cette réponse : « M pap kite grangou touye m »  Grangou est devenu un grand guignol, ce macoute menaçant, brandissant non pas une machette, mais sa faucille, pour faire courber les échines, pour trancher les têtes. Tout devient petit, glauque visqueux.

Ce n’est plus l’impérialisme stade suprême du capitalisme. C’est grangou, stade final de la précarité ! Nous y sommes. On se bat, on s’entretue pour un rien. Le grangou, le drame, attaque le cerveau, les neurones. Les riches chez nous aussi sont des grangous, des affamés. Les riches, grangou et affamés, sont plus dangereux que les pauvres grangou et affamés. Ils s’entretuent, tuent pour garder un marché. Pour empêcher une avancée qui serait bénéfique pour la Nation, mais leur enlèverait quelques pécules. Il leur faut toujours encore plus. Toujours plus. Grangou, affamés, les riches trouvent des grangou dans les rues pour faire le sale travail pour eux. Des grangou à motos ! Des grangous armés qui éjaculent leur faim pour une poignée de dollars.

Les grangous, les affamés sont dans tous les couloirs de l’appareil d’État. Pour eux, l’avenir se résume à la sécurité de leur ventre et de leur bas-ventre. Leur slogan : « Nou pap mouri grangou ». Alors il leur faut engranger vite. Très vite. Lajan ! Anpil lajan ! Les enfants dans les rues, les femmes sur les trottoirs, les hommes à genoux… Détails !

Pendant ce temps de charognards, la nation s’enfonce, se délite, s’enlaidit, s’abime dans sa faim de lumière, dans sa faim de beauté, sa faim de grandeur, sa faim d’humanité.

Gary Victor
Source: Le National