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Camarades, il faut sauver Carthage

eglise milotLes ruines de Eglise de Milot du Roi Henri 1er

 (Troisième partie)

Par Robert Lodimus  ---  « Vous me demandez ce qui me pousse à l’action? C’est la volonté de me trouver au cœur de toutes les révoltes contre l’humiliation, c’est d’être présent, toujours et partout, chez les humiliés en armes. »     (Ernesto Che Guevara)

Nous nous sommes réveillés ce samedi à l’aube avec l’idée que le Christ venait de décéder vendredi après-midi dans l’indifférence mondiale. Sincèrement, y avons-nous pensé nous-mêmes? C’est vrai qu’avec le temps, les traditions socioreligieuses ont beaucoup changé. Le dimanche, qui était autrefois le jour consacré au Seigneur, est usurpé par les forces capitalistes qui cherchent toujours les moyens de mousser leurs plus-values. Le salarié n’a plus de repos. Toute sa vie est vendue au « Diable » de l’impérialisme. Le « dieu » de l’argent n’est-il pas en train de déloger tranquillement le « Dieu » du paradis? Les églises vaticanes se ferment les unes après les autres. Pour défaut d’acquittement des bordereaux de l’eau chaude, de l’électricité, du chauffage etc. Plusieurs édifices où les fidèles allaient rencontrer le « Bon Dieu » le dimanche, recevoir le sacrement de l’Eucharistie, manger le corps du Christ, boire son sang, ont déclaré faillite. La Noël, la Fête-Dieu, le Carême… ont perdu de leur caractère de sacralité et de solennité. Enfants, mon frère et moi profitions de la journée du Vendredi saint pour contrevenir à certains principes de discipline fixés par Emmanuel et Eliza : notre père et notre grand-mère consanguine. Un Sabbatum Sanctum (Samedi saint), comme aujourd’hui, nous nous éloignâmes sans permission de la maison avec notre cerf-volant sous le bras, pour aller rejoindre d’autres gamins du quartier qui se réunissaient sur un terrain vague et abandonné. Grand-mère n’avait pas tardé à se montrer sur les lieux du « crime », qu’il faut interpréter dans le sens de « désobéissance ». Elle nous sommait de la suivre immédiatement. En cours de route, elle ne cessait de répéter que nous l’avions échappé belle. La vieille croyait que c’était un péché grave de se mettre en colère, de gronder les enfants voire de les fouetter le jour où le Christ se reposait dans la mort. L’après-midi, les adeptes du catholicisme, toutes couches sociales confondues, s’habillaient en blanc, pour accompagner Jésus le charpentier à sa dernière demeure. L’évêque de la cathédrale Saint-Charles-Borromée, flanqué d’une dizaine de curés et d’une petite poignée d’enfants de chœur, prenait la tête du convoi funèbre, sans cadavre, qui ceinturait la ville. Une fois, en pleine procession, nous demandâmes à Eliza si elle pouvait nous dire « pourquoi Jésus est-il mort chaque année ? » Elle avait répondu à voix basse, pour ne pas troubler le silence de la marche mortuaire : « Tais-toi! Tu es trop petit pour comprendre. Cela s’appelle un mystère! » Lorsque nous n’eûmes plus sept ans, parce que nous avions pas mal grandi, nous comprîmes que grand-mère, non plus, ne comprenait pas… C’est cela, la religion! On vous demande d’obéir, sans prendre le temps de vous expliquer! Et puis un jour, pour notre famille, le Vendredi saint avait pris le sens d’une tragédie. L’oncle de notre mère, le frère cadet de notre grand-mère utérine, fut froidement abattu, cruellement assassiné par les macoutes de François Duvalier, dans une localité située à l’entrée nord de la Cité de l’indépendance, au moment où le « Fils de l’Homme » rendait lui-même son dernier soupir sur la croix de Rome, au milieu des deux brigands.

 Une vie de bâtons de chaise

2020. Une autre année plus difficile. Et encore plus compliquée pour les petites gens des quartiers défavorisés que les bourgeois appellent vulgairement les « pauvres ». La pandémie du nouveau coronavirus qui ravage les États-Unis, la France, l’Italie, l’Espagne est venue enfoncer d’autres clous dans les cercueils des esclaves du « Capital » qui sont éparpillés sur les cinq continents. Les chiffres qui tournent autour des prévisions de décès à New York glacent le sang. Plusieurs de nos compatriotes se comptent parmi les nombreuses victimes de la maladie. Nous gardons une pensée spéciale pour les familles haïtiennes, – notamment celle du directeur général de Radio Kiskeya, Marvel Dandin –, qui sont durement éprouvées par la perte d’un être cher.

Le coronavirus a foncé brusquement sur les habitants de la terre comme un cheval emballé. Impossible, jusqu’à présent, de le ralentir. Le « Monstre », nous dit-on, doit achever sa course mortelle. Il s’arrêtera finalement quelque part, après avoir fauché des vies, bouleversé et brisé des cœurs fragiles. Les populations des bidonvilles d’Haïti et d’ailleurs n’ont pas les moyens de barrer la route aux malheurs qui commencent à s’abattre sur elles comme une avalanche de pierres. Avec ce nouveau fléau sanitaire, – qui frappe à la fois les États riches, émergents et en voie de développement –, les marginalisés du «néolibéralisme » doivent maintenant affronter non solum la faim et la soif, sed estiam ce nouvel ennemi baptisé « Covid-19 », avec toutes les conséquences socioéconomiques incertaines qui en découleront après la tempête. Par les temps qui courent, les petits salariés, – qui vendent leur force de travail dans les usines de sous-traitance au patronat prédateur –, auront encore une plus grande difficulté à passer dans le chas constamment réduit d’une vie quotidienne qui se présente en dents de scie. Pour les ouvriers, les domestiques, les instituteurs, les petits marchands, les brouettiers, les chauffeurs de taxi, les travailleuses de sexe…, chaque demain est une forteresse inexpugnable à conquérir au prix de grands sacrifices. Et même de la mort. Pour ces camarades anonymes, pour ces compatriotes sans visage, mais combien utiles à la société, la vie est réellement un dur et continuel combat contre l’ « absurde » : le concept qui a valu à l’Algérien Albert Camus le prix Nobel de littérature.

Tout est « absurde » dans ce monde qui fut pourtant créé pour le bonheur, pour l’épanouissement de l’Humanité. Mais quelle Humanité? Regardez autour de vous! Et dites-nous où vous la voyez, cette foutue « Humanité » qui s’est dévoyée au cours des siècles pour « édéniser » une oligarchie devenue exagérément rapace et étonnamment impassible! La guerre, l’exploitation, la misère, l’asservissement, la haine, l’égocentrisme ont traversé toutes les périodes de l’existence humaine. Depuis l’Antiquité. Des rois, des sultans, des empereurs, des présidents… rêvent de posséder entièrement les êtres et les choses. De régner arbitrairement sur les mers et sur les terres. Nous ne pouvons pas oublier que les Mongols barbares, conduits par le petit-fils de Gengis Khan, Houlagou Khan, détruisirent Bagdad en 1258. Ils allèrent jusqu’à brûler la grande bibliothèque qui était considérée comme le lieu de départ de toutes les connaissances scientifiques qui ont contribué à l’avancement des sociétés planétaires. Le nombre de Bagdadis assassinés, massacrés atteignirent près d’un million. L’histoire du monde est triste, déroutante, pénible à remonter. Impossible de ressasser les souffrances des Africains dans les plantations de Saint-Domingue, sans avoir des larmes qui nous montent aux yeux! Il ne s’agit pas d’émotivité de débilité; mais de flammes inextinguibles de révolte. Pas de frustration, comme le pense cette concitoyenne qui vit quelque part en Amérique du Nord, qui choisit légèrement ses fréquentions, et qui pense naïvement pouvoir sauver son pays natal, en distribuant des « sous blancs » aux pauvres, aux nécessiteux, aux mendiants. Nous n’encenserons jamais les Bonaparte des temps anciens et nouveaux. Boris Vian a écrit en 1946 le roman  « J’irai cracher sur vos tombes », pour dénoncer le racisme dans le Sud des États-Unis. Le livre est aussi le récit d’un métis qui cherche à venger son frère lynché par des individus cruels et impitoyables. Le titre de l’œuvre est choquant. Mais ceux-là qui oppressent les peuples vulnérables ne parlent eux-mêmes que le langage de la violence. La « Révolution » n’a rien à voir avec la « charité » crasse, mesquine et orgueilleuse. Jadis, esclaves des Grecs ou des Romains. Hier, esclaves des Espagnols, des Français, des Anglais… Aujourd’hui, nous voici esclaves du « Capital ». Quel triste destin, dirait-on, pour ceux-là qui sont nés sous une mauvaise étoile! Bizarre! Même les étoiles du ciel n’échappent pas au manichéisme absurde. Comme dans le cinéma hollywoodien : les bons et les méchants! Seulement dans le cas qui nous concerne, ce sont les bons qui perdent et les méchants qui gagnent! Les cimetières du monde en sont remplis : Boukman, Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Abraham Lincoln, Charlemagne Péralte, Sanite Belair, Thomas More, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Jacques Stephen Alexis, Adrien Sansaricq, Ézéchiel Abellard, Gasner Raymond, Mouammar Kadhafi, Hugo Chavez… Ils sont tous morts au devoir, parce qu’ils croyaient en leur rêve noble et honorable : celui de changer l’ordre de l’univers au profit des sans voix. De redonner à la terre sa vocation originelle. De la rendre décente, supportable au même niveau pour les « Créatures » auxquelles elle était prédestinée. Nous ne disons pas sans exclusion! Ces héros majestueux, ces éternels philanthropes ont répandu leur sang, juste avant de rendre leur dernier soufle, sur trois termes juxtaposés et indésoudables : Liberté, Égalité, Fraternité. Les « Caïn » de l’impérialisme supportent mal les chantres, les « sambas » et les chevaliers qui prônent la Justice sociale, l’Équité économique et la jouissance des Droits politiques.

Les terriens se retrouvent aujourd’hui devant le dilemme d’une « Humanité » tordue, qui se montre totalement « déshumanisée » envers ses membres les plus faibles, qui se révèle aussi hideuse que le Quasimodo de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris, mais sans l’âme généreuse du troublant personnage, et qui n’arrive pas à se regarder dans le miroir moral de Jean Cocteau, sans avoir envie de le briser pour cacher la honte de ce qu’elle est devenue avec le système économique esclavagiste. Depuis la légende mystérieuse de Babel, n’a-t-elle pas effectivement volé en éclats, cette « Humanité » fausse, trompeuse, hypocrite et prétentieuse? Elle est divisée par les races, les sexes, les langues, les couleurs, les continents, les pays, les villes, les bourgs, les villages, les avoirs et les pouvoirs. Comment rassembler ces « protons, ces neutrons et ces électrons humains », tellement incohérents, déraisonnables, égoïstes, haineux, félons, sans courir le risque de faire exploser l’atome qui symbolise pour nous la terre? Si l’un est coupable d’être riche, l’autre n’est-il pas aussi coupable d’être pauvre?

Comment concilier les intérêts de tous les milliardaires recensés sur la planète avec ceux d’une multitude de souffre-douleurs qui vont prier tous les matins et tous les soirs dans les temples protestants et catholiques, dans les pagodes, les péristyles et les mosquées pour que le Bon Dieu, dans sa bonté infinie, fasse pleuvoir des paquets de spaghettis, du petit-mil, des patates douces, du manioc sur les bidonvilles, les favelas et les terres sèches des régions subsahariennes, sans oublier la République d’Haïti? Où faut-il placer les Bill Gates, les Warren Buffett, les Sheldon Adelson, et toutes les autres vipères du clan des milliardaires, qui regardent crever cette « Humanité » controversée, sans ressentir le moindre sentiment d’émotion? Nous ne disons même pas de culpabilité. Ces « insouciants bienheureux » forment plutôt un petit « noyau de salauds » qui ne gardent pas les deux pieds sur terre. Ces « inconscients imbéciles » vivent dans l’espace, cherchent à se rapprocher du « Bon Dieu », à bord de leurs Jets privés. Et ils ne se soucient que de leur fortune, de leur famille et de leurs amis. Ils ont la capacité de se tenir debout devant le drame de l’univers, en mangeant du caviar et en buvant du vin rare conservé dans leurs caves précieuses.

Edmund Burke rappelle : « Il suffit que des hommes de bien ne fassent rien pour que le mal triomphe. » Burke, appelé le père du conservatisme moderne, qui a influencé les œuvres de plusieurs grands philosophes, et qui a séduit particulièrement Denis Diderot et Emmanuel Kant, attire notre attention sur les conséquences de l’immobilisme social, de l’amorphisme politique, du « désengagisme » économique et de l’ « aliénationnisme » culturel. Nous avons juré de combattre l’Injustice, de prêcher la Rébellion, d’encourager l’Insurrection, de soutenir le Combat des pauvres, jusqu’à l’anéantissement total de la dynastie de Babylone.

Ce n’est plus du sanscrit

L’arrivée du coronavirus dans le monde est venue révéler à la lumière du jour une terrible vérité astucieusement camouflée, mais qui éveillait quand même des soupçons chez les militants progressistes. Nous avons suivi avec passion les démêlés du Dr Didier Raoult avec ses collègues de la science médicale à Paris. Il s’agit d’une discussion qui s’envenime de plus en plus autour de l’usage de la chloroquine dans le traitement des patients contaminés par le virus. Didier Raoult, reste un « chloroquiniste » convaincu. Il comprend mal l’obstination du gouvernement français à vouloir refuser ce médicament aux individus testés positifs, avant même qu’ils soient tombés malades. Nous avons déduit nous-même que, dans cette querelle intestine, deux groupes d’intérêts divergents s’affrontent et se détestent : la science et les multinationales. La première, représentée valablement par le professeur Didier Raoult, revendique le droit d’accès aux soins de santé pour les riches et pour les pauvres. Les secondes, qui personnifient les vils commerçants, font valoir leur pouvoir de faire fructifier leurs « capitaux », en exploitant la maladie et la mort. Car l’argent des bourgeois avares est également investi dans les services des pompes funèbres.

Les laboratoires pharmaceutiques du Nord récoltent plus de 900 milliards de dollars chaque année dans la vente des produits médicamenteux. Les maladies chroniques, comme le diabète, la tension artérielle, le sida représentent des denrées rares pour cette industrie nébuleuse en pleine expansion. Il ne faut pas ignorer ou oublier que 80% des fonds de financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) proviennent du secteur des multinationales. Ces dernières ont des pouvoirs énormes de « crédit » et de « discrédit » sur le marché international des médicaments. Depuis plusieurs années, la pharmacologie occidentale mène une lutte acharnée et disproportionnelle contre la médecine naturelle qui privilégie l’usage de la pharmacopée traditionnelle, c’est-à-dire l’utilisation des plantes qui possèdent des effets thérapeutiques contre des maladies virales et contagieuses.

Prenons l’exemple de l’Artemisia (Armoise) de la famille des Astéracées que l’on retrouve en grande quantité en Afrique et dans d’autres régions tropicales. Les vertus de cette plante très utilisée dans la médecine chinoise et africaine, contre le paludisme ou la malaria, ont été démontrées par le chercheur chinois Youyou Tu qui a reçu en 2015 le prix Nobel de médecine. Des médecins africains ont eux-mêmes prouvé scientifiquement que l’usage naturel de l’artemisia est encore plus efficace. Il n’a aucun effet secondaire. Et éradique toutes les traces du parasite qui cause la maladie. Le seul grand « inconvénient » qui reste un obstacle à sa prescription par les toubibs des pays de l’Europe et de l’Amérique du Nord, c’est que son coût se révèle nettement inférieur à celui des médicaments antipaludéens fabriqués dans les laboratoires des charlatans et vendus dans les pharmacies à vocation capitaliste. Alors, l’OMS, qui veille au grain des industries pharmaceutiques de l’Occident, refuse, interdit l’importation de la plante médicinale sous sa forme originelle. Nous sommes tout à fait d’accord avec ce jeune scientifique africain qui a fait remarquer que « l’Afrique a besoin des insoumis de la recherche. »

Un ex-directeur de l’Organisation mondiale de la santé confiait à un journaliste de France 24 : « Les industries pharmaceutiques produisent des médicaments pour traiter les maladies, mais non pour les guérir. Certaines maladies, parce qu’elles se révèlent absolument rentables, sont déclarées endémiques. Il n’y aura jamais de médicaments pour les guérir. » D’autres professionnels de la santé soupçonnent également les laboratoires pharmacologiques de fabriquer des virus, de les mettre en circulation dans les régions vulnérables de la planète et de proposer ensuite des vaccins pour traiter les patients victimes de leur supercherie. Le système pharmacologique occidental se comporte donc comme les industries d’automobile qui inventent chaque année des modèles de véhicule luxueux, pour les revendre ensuite à des coûts exorbitants. Dans le monde impérialiste, le malade n’est plus considéré comme un « patient ». Il est simplement un « client »! Il est traité. Mais pas soigné pour être guéri.

Sauver Carthage, c’est détruire le néocolonialisme

Aujourd’hui, la « Création » est noyée sous des tonnes de termes et de concepts intellectuels qui divisent et opposent les êtres et les choses, au lieu de les rapprocher, de les solidariser : maître et valet, patron et salarié, riche et pauvre, savant et illettré, Blanc et Noir, etc. Il faut un mouvement politique révolutionnaire pour éradiquer les sources des rapports de domination sociétale qui élèvent une minorité et qui abaissent une majorité. Le fonctionnement de la planète doit retrouver l’esprit de la genèse. Aucun parmi les êtres humains n’a été créé pour être grand ou petit.

Il serait complètement irresponsable et utopique de croire que l’action politique, dans le sens de recherche des intérêts des masses populaires, doit être menée sur la base d’un « inclusionnisme » stupide. Souvenez-vous du livre deutéronomique de la Bible hébraïque qui raconte la traversée du désert des Juifs libérés de l’Égypte pharaonique. Plusieurs d’entre eux ne virent pas la terre promise. Ils furent brulés par la foudre du ciel, pour avoir désobéi à l’Éternel et trahi leur chef Moïse. En politique, chacun est responsable de ses actes. Celui qui agit contre la « Révolution » du peuple mérite un châtiment juste et proportionnel. Comme dit le film de Giorgio Stegani : « Pas de pitié pour les salopards! » Ceux-là qui parlent d’emmener les vauriens, les charognards à la table d’une prétendue « Conférence nationale souveraine », vouée à l’échec avant même qu’elle débute, sont en train de se ridiculiser. Ils n’ont pas visité les grands théoriciens de la science politique. Ils méconnaissent Lénine, Trotsky, Proudhon, Mao... Lisez ce que Jean Baechler écrit en 1976 dans « Qu’est-ce que l’idéologie? », publié aux Éditions Gallimard : « La première fonction de l’idéologie réside dans la nécessité de se reconnaître entre amis – c’est-à-dire tous ceux qui participent à un combat politique du même côté – et de désigner l’ennemi. Chaque camp a besoin de signes, de symboles, de mots d’ordre, de discours pour rallier ses partisans et, par le fait même, exclure les autres. » La Russie de Staline a mitraillé Trotsky au Mexique. Les États-Unis ont fait pendre Saddam Hussein en Irak. Exécuter sommairement Oussama Ben Laden au Pakistan. La France de Sarkozy est citée dans l’assassinat de Mouammar Kadhafi en Lybie. Israël est accusé dans l’empoisonnement de Yasser Arafat. La Belgique a découpé en rondelles Patrice Lumumba… Ce ne sont pas les exemples qui manquent pour prouver que les États ne négocient pas avec leurs ennemis. Ils s’en débarrassent.

La nouvelle Haïti se fera uniquement avec des femmes et des hommes politiques qui sont restés debout dans l’honneur et dans la dignité. Ceux-là qui ont couché avec « Satan », et qui ont contribué aux malheurs de la Nation, ne verront pas poindre le soleil de Jacques Stephen Alexis dans le ciel de la « Révolution ». « Pas de pitié pour les salopards! »            

 Voici ce que nous avons écrit dans l’ouvrage « Notre combat » qui paraîtra l’automne prochain, c’est-à-dire après la sortie du roman « L’inconnu de Mer Frappée », prévue pour le début de l’été 2020 : 

« Les camarades qui mènent le combat acharné contre les « idéologies hallucinogènes » induites par le « capitalisme assassin » ont hérité de Platon, d’Aristote, de Thomas Hobbes, de Karl Marx… la connaissance du « Bien » et du « Mal » qui permet de scruter, d’analyser, d’interpréter les réalités sociopolitiques et économiques ambiantes, et de les transformer au profit d’une société de justice, d’équitabilité, d’impartialité... Le soleil d’une « Révolution planétaire » percera tôt ou tard les nuages de l’exploitation des masses ouvrières. Et les larmes de souffrances des populations opprimées d’un Sud triomphant couleront finalement sur les joues d’un Occident vaincu et humilié. »

Comment réparer les méfaits du néocolonialisme « pauvrivore » sans faire gronder le tonnerre, zébrer les éclairs, sans déclencher les orages…? Les mots de révolte et d’indignation des catalyseurs de « Liberté » sont devenus inefficients.

 

« Je ne reconnais plus la ville

Qui agonise sous les décombres

De l’inconscience

Et du mépris.

Je ne reconnais plus ce pays

Qui baigne depuis des siècles

Dans la mare

De l’extrême cruauté,

Et qui oublie les lettres

Qui forment le mot

RÉVOLUTION. »

                                                                   (Robert Lodimus, Couronnes de ronces et d’épines, inédit)    

 Camarades,

N’est-il pas venu le temps d’entendre exploser les « vers rimés ou libres » que les poètes de la « Révolution » universelle ont composé dans la solitude de l’aube carcérale? Le temps presse. Faut-il attendre encore longtemps, avant d’allumer la mèche de cette Libération qui gruge notre patience ? Les poèmes d’Heinrich Heine, d’Edmond Laforest, d’André Chénier, d’Etzer Vilaire n’arrivent toujours pas à détonner dans la cour des châteaux et des palais où les  Fantine et les Cosette  sont crucifiées ou pendues au crépuscule du soir.

 Les artificiers manquent toujours à l’appel. Des compatriotes anonymes, des camarades humiliés, persécutés, abandonnés et maltraités par l’État bourgeois, guettent trop longtemps déjà l’arrivée des matins d’espoir dans un coin assombri de leur chaumière glaciale.

Robert Lodimus
Montréal