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Au Nom des Générations Présentes et Futures

Jessy Carmelle Petit-FrereJessy Carmelle Petit-Frere

Par Jessy C. Petit-Frère ---  Depuis le 19e siècle, la médecine monte à l’assaut de tous les progrès avec une ardeur sans cesse croissante. Mais, aux yeux stupéfaits de la communauté scientifique, la nouvelle pathologie, la COVID-19 (Coronavirus Disease-19), de la famille des Coronaviridae (MERS et SRAS), se hisse au sommet pour agir en ordre dispersé. Dans un tracé nettement obscur, elle se brise en troubles de toutes sortes, non seulement en indices variés de gravité, en des symptômes antinomiques d’un cas à l’autre, mais aussi, en des syndromes sévères lors de son télescopage avec les comorbidités. En effet, l’une de ses folles déviations, est son impact psychologique sur les humains à l’échelle planétaire. Ce qui laisse présager une prévalence élevée de maladies liées aux complications de troubles de santé mentale telles que l’hypocondrie[i], la thanatophobie[ii] et l’agoraphobie[iii] et celles dites psychosomatiques.

Cette pathologie zigzague assez longtemps en milles chemins et sentiers. Elle vacille entre sa piste originelle, la contamination animale[iv], la venelle de l’hypothèse de la théorie alimentaire et les sillons de la mutation naturelle, substituant le modèle ARN classique nCoV- 2019 au virus SARS-CoV-2. Elle ne peut être plus embrouillée qu’elle ne l’est, à travers les broussailles de l’erreur et des préjugés – l’influence des techniques de biologie moléculaire et sa métamorphose à l’aide d’éléments exogènes à son génome–. En arborant son pavillon de poupe, la COVID-19, devient l’agent responsable de la pandémie infectieuse, contagieuse et mortelle. Aujourd’hui, une direction lui fait défaut. Comment alors ne pas s’écœurer de ce mal qui guette l’humain, afflige l’humanité, fragilise les sociétés et divise les générations ?

L’existence même des sociétés est violée

Les sociétés évoluent, en général dans la direction que leur imposent les hommes. Pour protéger les personnes face à la progression exponentielle du virus, les scientifiques ordonnent – la quarantaine, l’isolement et le port de masque – des consignes obligatoires qui participent à la réduction de sa transmission. Faut-il pour autant sombrer dans une phobie et une dérive hygiénistes et réglementaires ? Lorsqu’on y réfléchit, ces mesures de protection quoiqu’utiles, renvoient au paradigme dominant des sciences humaines, les relations interpersonnelles. L’alerte est donnée ! La pandémie va inciter au huis clos, au repli et à l’autonomie et encore une fois favoriser dans la société haïtienne, des pratiques individualistes, centralisatrices et discriminatoires. Enfin, il fait peu de doute que les gestes barrières exigées face à la contamination – confinement et distanciation sociale – et les attitudes excessives qui en découlent, correspondent comme un gant au refus halluciné de rencontrer « l’autre ». Que restera-t-il alors du devenir humain ?

A ce propos, Scott Atran, un anthropologue franco-américain, directeur de recherche émérite au CNRS et professeur à l’université du Michigan, souligne, non sans raison, que « pour se propager, les virus et bactéries exploitent un atout clé de l’espèce humaine, qui a été au cœur de son évolution : notre propension unique à nouer des rapports sociaux. Les consignes visant à nous éloigner les uns des autres sont contre-nature et défient nos sociétés ouvertes. Elles doivent être contrebalancées par un effort collectif pour plus de coopération et d’entraide ». Voici quelques-unes des questions qui taraudent la société haïtienne, tant il est vrai que le

« vivre ensemble » repose largement sur la nature et l’étendue des rapports entre citoyens.

De ce fait, il est impossible de nier que la persistance des préjugés et des stéréotypes sociaux sont des handicaps majeurs de l’évolution de la société elle-même. Cette urgence est souvent abordée sous l'angle du fait divers, détachée d'analyse économique, sociale et politique. Un examen judicieux des rapports entre l’état et le citoyen, ce dernier et sa communauté et, entre les haïtiens vivant au pays et ceux vivant en terre étrangère, permet de se rendre compte que le pays fait face à une problématique concrète. Le concept de citoyenneté haïtienne est équivoque et les principes au niveau national ne sont pas bien établis. Ce qui crée des divergences et controverses au sein de la société et empêche de poursuivre l'élargissement d'un espace de démocratie, de liberté, de stabilité et de prospérité. Les inégalités criantes qui se manifestent au niveau éducatif, professionnel et social, dévalorisent l’homme Haïtien. Ces actes sont constitutifs de notre identité. Pour le monde civilisé, Haïti présente le tableau de la discrimination et de l’anarchie dangereuses aux injustices, à la pauvreté et à l'indignité humaine. Ainsi, des déviances comme la marginalisation et la stigmatisation liées à la pandémie ne tarderont pas à se faire ressentir et à être érigées en normes. Si rien n’est fait pour y remédier, qu’adviendra-t-il des rapports entre les générations ?

La pandémie du coronavirus qui irrigue le quotidien depuis quelques mois et exige l’isolation sociale, risque de causer des dommages irréversibles à la société, dans le sens qu’elle va amplifier le problème des rapports humains à tous les niveaux, s’attaquant ainsi de plein fouet aux poumons de « l’unité nationale ». Les conséquences de la crise, de nature différente, sanitaires et psychologiques mais principalement sociales, vont engendrer des coûts sociaux exorbitants. Il s’agit d’un cout caché du développement humain, d’une telle ampleur, que l’état ne peut à lui seul espérer y faire face. En matière d'Indice du Développement Humain, Haïti est classée[v] en 169e position sur 189 avec un IDH de 0.498 sur 1[vi]. C’est à se demander si la société est bien consciente de ce qui est en jeu réellement. L’enjeu majeur pour l’avenir est la préservation d’un bien commun dont dispose Haïti, son capital humain.

De la phobie à la réflexion

La phobie de la COVID-19, à elle seule, gagne les frontières des 5 continents du globe. Vient s’y ajouter, une annonce pour le moins effarante des scientifiques de l’Université de Harvard, établissant que : « plusieurs périodes de distanciation sociale - d'un mètre ou plus, d'isolement selon les pays - devront être nécessaires jusqu’en 2022 pour éviter "la résurgence de l'infection” ». Donc, ce virus « à couronne » avec un pouvoir accru, s’est rendu jusqu’aux confins d’une planète épuisée, pour dénaturer les us et coutumes, déconstruire les systèmes, embrouiller les savoirs, ébranler les acquis et saper même la vérité. La pandémie du coronavirus n’est-elle pas devenue de « l’huile » pour la contre-offensive athée dont l’intensité des dernières étincelles se mesure au discrédit acharné contre l’indestructible : l’existence éternelle d’un Créateur Divin et unique ? Mais, on n’y prêtera qu’une attention railleuse pour se pencher sur les grandes valeurs humaines (morale, éthique, sociabilité, entraide, bienveillance et amour du prochain), qu’un monde fasciné et hypnotisé par l’impérialisme, l’autoritarisme et le libertarianisme a choisi d’annihiler au profit de la plus-value.

Autant d’interrogations qui font penser que la perspective de sa « nécessité » aussi choquante soit-elle, consiste à enrichir la réflexion sur des questions fondamentales de psychosociologie, de pratiques culturelles, de gouvernance, de l’État -providence, de justice sociale, de responsabilité générationnelle, du droit et du respect des êtres humains.  De tels échanges se révèlent pertinents pour notre société, si l’on en juge, à la qualité des rapports entre les classes sociales et les générations. Ils mettent particulièrement en relief le traumatisme du sous-développement et les effets pervers de la crise politique qui conduisent aux pulsions violentes et destructrices. Ainsi a émergé, une société disjointe qui ne valorise ni l’humain ni le commun. Réfléchir à la gestion de la crise sanitaire dans un tel horizon, conditionne le sens et la voie de son succès. Cette démarche se révèle indispensable à la résolution de ce qui se dessine comme une tragédie nationale : la perte en vies humaines et l’inhibition sociale. La pandémie appelle les générations présentes à mettre en commun leurs ressources et capacités en vue de sauver ce qui peut l’être encore même quand cela a un coût individuel. Mais enfin, que peut-on dire du pays qui ne soit pas constamment en contradiction avec ses faiblesses, ses échecs et son paradoxe, où se mêlent les images du passé et du présent, et qui en font un pays unique ?

Un confinement qui prend tout un sens

L’expérience des trois pandémies du XXe siècle, prouve que le confinement est la façon la plus sure pour les endiguer. Le confinement en Haïti est pour le moins paradoxal : le pays est confiné dans un passé omniprésent qui lui fait éprouver encore du mal à aborder avec sérénité la question de son avenir. Les générations sont confinées dans leurs propres schèmes de perception, de représentations et d’actions qui empêchent la mobilité, et par extension, les relations humaines et le progrès social. Les Haïtiens sont confinés dans un abysse de malheurs. Ce drame aux proportions épiques peut s’expliquer de cette manière. La première caractéristique fondamentale du pays est cette quête inlassable d’un exutoire au malaise social de toutes les générations. La deuxième particularité du pays tient au fait de la dislocation de la société en des isolats ou clans faiblement articulés, s’affaissant sous le poids des effets convergents des facteurs sociaux et économiques. Et, la troisième spécificité d’Haïti, est la fragmentation de la sphère publique nationale en microsphères cloisonnées qui évoluent selon des agendas politiques différents.

Il est compréhensible que tous les efforts déployés durant la période bi-séculaire (1804 – 2020), pour façonner le devenir de la nation, relèvent de la gageure. Le pays est assailli de toutes parts par des problèmes de toutes sortes – certains intrinsèques et immémoriaux, d’autres extrinsèques et nouveaux, du titanesque aux élémentaires – qui contribuent au confinement du système national. D’où, l’immobilité de l’Administration publique, les interminables errances de l’état et la destruction des écosystèmes et des corps vivants. Il n’y a pas à s’étonner que l’on remette en cause « le système » dans son ensemble. Mais, l’emblématique du « système » est-elle toujours à blâmer dans ces carences observées ? Le pays doit sortir de ce cycle d'accusations réciproques et du cercle vicieux de la déresponsabilisation dans lesquels on jette le blâme sur le système. Il n’en demeure pas moins que ce sont des générations d’haïtiens qui ont évolué dans ce système et qu’ils ont eu pour devoir de porter les changements qu’il fallait.

Réinventer les relations entre les générations

La polysémie du concept « génération », recouvre multiples réalités, aux plans démographique, généalogique et historique. Alors que l’anthropologie met l’accent sur la complétude des générations, la vision moderne du XIXe siècle insiste sur l’action de la précédente sur celle qui la suit. Ce sursaut dans l’intellection du concept exige une halte pensive à travers une œuvre empruntée à Gustave Ferrari. Pour mieux portraiturer les relations entre les générations, il établit « un cycle qui retrace les phases de changements politiques : une génération de précurseurs, une génération de révolutionnaires suivie d’une réactionnaire et enfin une génération resolutrice ». Les générations se complètent en s’influant les unes les autres pour devenir indivisibles.

Par-delà ces points de vue évoqués, il s’agit de poser la problématique des relations entre les générations haïtiennes. Le pays compte sept générations qui se sont croisées, ont fait de leur propre droit, de leur propre intérêt sans jamais chercher à se compléter. Elles se sont plutôt nourries, chacune à leur manière de la crise politique, la seule trace pitoyable qui a résisté d’ailleurs à l'usure du temps et a engendré une mémoire collective, pérennisant un statut quo pernicieux et instituant la « génération de la crise ». Il s’agit-là, d’un artefact !

Juste à regarder la réponse de la « société civile » à la pandémie, le pays semble être en route pour rater la gestion de la crise sanitaire, qui déjà, met en évidence l’échec de l’individuel avec plus d’acuité en Haïti qu’ailleurs. Chacun va à la défense de ses intérêts propres. La pandémie du coronavirus (COVID-19) n’étant pas une fatalité historique, les pays se responsabilisent pour s’en sortir. L’échec des générations haïtiennes n’étant pas une prédestination sociologique, la crise doit montrer la voie salvatrice du communautaire. Toutefois, comment concourir vers cette finalité qui, comme tous les autres défis nationaux, relève de l’utopie ?

En faire un idéal national

La population haïtienne git trop longtemps dans une ère de polarisation politique, de colère, de désespérance, de résignation et d’incrédulité, la solidarité nationale doit devenir la question centrale du débat politique et social. Tous les efforts de gestion de la crise sanitaire doivent converger vers l’amélioration des vies et des relations humaines. Ces objectifs garantiraient une solution juste, durable et globale au bien-être de la population. Par conséquent, la réflexion doit porter sur la responsabilité générationnelle qui est capitale pour changer le cours des choses et redonner un nouveau visage à la société. La responsabilité générationnelle oblige à établir un contrat social qui devrait nous amener à accepter l’autre dans sa différence et reconnaitre que d’un côté comme de l’autre nous avons tous été victimisés. Les communautés religieuses associées à ce combat, peuvent aider à reconstruire les rapports humains dans la société pour relever la dignité haïtienne. Qu’est-il advenu de notre capacité de rationalité, celle que Jean-Jacques Rousseau appelle « « la perfectibilité », ce désir d'amélioration des conditions de vie dans la société ? Le temps est venu, dans un contexte de ruptures sociales, voire même affectives, d’agir au nom des générations présentes et futures.

Protéger l’avenir de la génération présente

Ce grand chantier national implique une coopération entre l’état et les diverses instances de la société affranchie de tout intérêt politique. Les représentants des collectivités territoriales, les mairies, l’institution de police, la société civile y compris les communautés religieuses, les médias et l’université doivent être engagés sans équivoque dans la gestion de cette crise sanitaire. L’état pourrait s’évertuer à mettre en place à travers ces différentes composantes et en collaboration avec elles, une structure de solidarité privilégiant l’action locale au bénéfice des régions, des villes, des communes, des sections rurales, des périphéries urbaines et des bidonvilles. Le pays mettrait en œuvre un plan d’action national, incluant des mesures détaillées dans les domaines sanitaire, social et économique pour renverser la vapeur. Comme ailleurs, les mairies seraient en première ligne pour gérer la crise, ouvrir des marchés à bas prix, installer des abris et centres d’hébergement provisoires et des cabines extérieures pour se laver les mains dans les rues. Il s’agit ici de promouvoir des gestes d’entraide et des mesures d’hygiène qui deviendraient des modes d’action dans la société. En d’autres termes, la pauvreté, la pollution et l’insalubrité si bien tolérés, sont des facteurs aggravant de la maladie du COVID-19. Le Ministère de l’Environnement serait mis à contribution pour fournir aussi son soutien. Les institutions religieuses pourraient aider à organiser des groupes de volontaires en vue de la distribution de produits en cas de pénurie alimentaire et à encadrer des personnes dans le besoin. Le Ministère de la Santé Publique lancerait des activités de pédagogie dans les zones urbaines, péri-urbaines, reculées et à risque pour sensibiliser la population aux questions de COVID-19 et offrirait des soins de santé d’urgence et des services gratuits aux plus démunis.

Il ne fait aucun doute que les contreparties sociales et économiques de la crise menacent la paupérisation de deux classes économiques distinctes qui se sont appauvries depuis l’embargo. Le Ministère des Affaires Sociales mettrait sur pied un système de retraites pour les personnes âgées et de prestations sociales pour les individus les plus fragiles atteints de la maladie du coronavirus ou d’autres maladies graves. Ces mutuelles de solidarités publiques viendraient jouer un rôle d’amortisseur de la crise économique et favoriser l’adaptation des familles à l’évolution sociale. Le Ministère de l’éducation Nationale à son tour, pourrait offrir aux enfants dont les parents sont victimes du virus, des bourses d’éducation gratuite. Une révision de l'adaptation du programme scolaire au contexte du pays, permettrait d’intégrer dans l’enseignement un projet de programme unifié en ligne, visant à combler les lacunes des étudiants en langues et en mathématiques en vue de relever le standard de l’école haïtienne au niveau primaire et secondaire. Le Ministère pourrait également offrir aux jeunes au chômage des bourses d’études au sein des universités publiques et des bourses de stages en entreprises. La Banque centrale, à travers sa création monétaire, de concert avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie, irait dans l’économie réelle vers les petites et moyennes entreprises (PME et TPE) et les secteurs porteurs tels que l’hôtellerie, la restauration, l’horticulture, la production agricole et la pêche qui sont touchés par la crise pour leur donner accès à un système de crédit efficace sous forme d’avance en capital et de prêt à long terme.

Selon l’économiste Fritz Jean, « 5% de la population possèdent 50% des richesses nationales ». Ces initiatives offrent une chance de déverrouiller un système, où les autres n’ont rien et certains ont tout. L’état ne peut plus choisir d’ignorer le droit de la population aux bénéfices sociaux. Pour traiter les urgences auxquelles le pays est confronté, ce travail doit être mené de front avec la société civile. Les générations présentes ne sont que les articulations de cette démarche. Ainsi se créerait un nouveau lien social, interpersonnel, communautaire et intergénérationnel alimenté par un nouveau plan de redistribution de la richesse nationale. L’Etat et la société civile doivent agir sciemment et maintenant pour ne pas détruire l’avenir de la génération présente et, ni non plus hypothéquer celui des générations à venir.

Au nom des droits des générations futures

L’idée originelle de « génération future » trouve sa source dans la Bible qui, en confiant aux premières créatures engendrées, les intérêts de leurs descendants[vii], institue d’emblée la terre comme un patrimoine collectif. La sagesse indienne a fait passer ce secret à sa postérité « On n’hérite pas la terre de nos ancêtres, on l’emprunte à nos enfants ». En 1784, Emmanuel Kant a suscité la réflexion sur le progrès social générationnel. Depuis, le concept a traversé la planète sous de nombreuses facettes spécifiques à notre temps, mettant l’emphase particulièrement sur les devoirs envers les générations futures. Mais, comment parler de devoirs sans évoquer ses droits et sans n’en avoir jamais connu la jouissance ?

Le droit donne corps à l’idée de justice sociale qui elle, prescrit un juste traitement des générations futures et leur accorde la jouissance du droit égal aux ressources finies, à un environnement sain et à de meilleures conditions de vie. Parvenir à gérer la crise sanitaire avec éthique et équité, c’est au nom du droit, élever plus haut l’édifice de la dignité humaine, de telle manière que les prochaines générations auront le bonheur d’habiter cet édifice. Et pour ce faire, Haïti doit s’efforcer de réorienter ses priorités.

Puisque le contexte de la pandémie est mondial, Haïti doit revisiter les défis économiques pour se retourner vers l’industrie du futur, l’économie digitalisée, l’économie bleue, l’agriculture biologique et l’écologie. L’Etat devrait utiliser toutes les compétences du pays pour redéfinir les politiques publiques afin de se défaire du modèle consumérisme au profit de la production nationale. Ce nouvel élan de solidarité nationale éveillerait la résilience des communautés pour faire resurgir les potentialités du pays. A l’instar de Madagascar, Haïti pourrait donner un cadre à sa médecine biotique et ainsi redéfinir sa position dans le nouvel ordre économique mondial.

Et, puisque la portée politique de cette crise est omniprésente, à ce carrefour précis de l’histoire, l’état doit au pays une réponse publique efficace, en donnant le signal d’un effort collectif de coopération. Ce serait un acte tangible de solidarité et de responsabilité. L’état en arbitre doit faire valoir les droits des générations présentes tout en préservant ceux des générations futures. Selon le concept de chaîne d’obligations, c’est par des devoirs envers la génération vivante que l’état peut justifier des devoirs à propos des générations futures qui sont pour nous des partenaires d’interaction.

Du respect et des générations

L’évolution de la pandémie interpelle la réflexion sur une valeur universelle qui permet aux hommes de bien vivre ensemble : le respect de l’humain. En mettant en évidence la faiblesse des états et des scientifiques, la pandémie a fait ressurgir le culte de l’éphémère et remis en question, l'un des fondements du concept de développement durable que prônent les Nations Unies : le respect des besoins des générations futures. En matière de pérennité, quelle est l'obsolescence, la temporalité de toutes actions à mener au profit des générations à venir ?

Toutes les actions entreprises par la communauté haïtienne dans son ensemble durant la crise, engagent au-delà de la génération présente des conséquences en chaîne qui vont affecter fortement, pour le pire ou pour le meilleur, nombre d’Haïtiens, vivant ici ou ailleurs, aujourd’hui ou dans l’avenir. De ce fait, le pays doit chercher à faire émerger une nouvelle conscience haïtienne afin de promouvoir les valeurs communes qui unissent les haïtiens comme une nation souveraine et indépendante. C’est là, établir un contrat à « visage humain » qui est de l’ordre de l’éthique et non du politique. C’est là, répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. C’est en outre, donner un sens au principe substantiel de responsabilité générationnelle. C’était là, la clé essentielle des prouesses révolutionnaires d’une lignée de devanciers qui ont eu l’idéal, l’ambition et le génie de préserver le futur des légataires de la Première République noire du monde moderne. La pandémie offre une excellente occasion de s’inspirer du respect que ces héros ont voué aux générations futures en remplissant leurs obligations, rendre la dignité à leurs descendants.

Nicolas Machiavel précise qu’ « un changement en prépare un autre ». A bien des égards, cet aphorisme conserve toute sa fraîcheur. La pandémie du coronavirus (COVID-19) est porteuse de changement pour le monde. Elle est porteuse de coopération, de progrès social, de croissance et de développement économique pour notre pays. Haïti est confronté à un avenir qui ne présente aucune autre certitude que celle du changement : déconfiner le pays sur les plans politique, économique et social. Les objectifs de soutenir l'idéal de la dignité humaine pour tous et de promouvoir le vivre-ensemble pacifié entre les générations, obligent de surseoir aux luttes improductives et aux démarches contre-productives pour faire place à une marche collective assurée vers l’avenir. « L’Haitianoptimisme » assumé est de déconstruire l’échec national dans l’imaginaire haïtien afin de créer une nouvelle ère dans les rapports sociaux où la guerre n'a plus sa place. À nous générations présentes, d'être à la hauteur de nos responsabilités citoyennes et de nous préoccuper du bien-être légitime des générations futures – les enfants à naître de la future Nation ». Nous sommes Haïtiens !

 Jessy C. Petit-Frère



[i] Les hypocondriaques sont des personnes angoissées par leur santé. Douleur musculaire, migraine et coupure les inquiètent, ils doutent des diagnostics des médecins et la proximité avec une personne malade leur est souvent insoutenable.

[ii] La thanatophobie est un sentiment exagéré de trouble, d'inquiétude et de peur pathologique lié à la mort.

[iii] L'agoraphobie est un trouble anxieux qui se développe souvent après une attaque de panique. Les symptômes possibles sont la peur et l'évitement des lieux ou situations pouvant provoquer un sentiment d'impuissance ou une gêne.

[iv] Virus de chauve-souris muté chez le pangolin

[v] Dans le classement 2019 des Nations Unies

[vi] (Plus cette valeur est proche de 1, plus le niveau de développement du pays est élevé)

[vii] (Genèse 2.15; voir aussi Ps 78.3-4)