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SOMMET AFRIQUE—ÉTATS-UNIS: Washington a des principes quand ça l'arrange

Du 4 au 6 août, le premier président noir des Etats-Unis accueille près de cinquante dirigeants africains à Washington. Très symbolique, cette conférence risque de rejoindre la catégorie des grand-messes, sans qu'il y ait de véritables retombées", craint ce journal burkinabé.

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Le président américain semble avoir annoncé la couleur dans son casting. "S'il est en revanche un dossier bien tranché, c'est celui des trois non-invités, indésirables : le Zimbabwéen et farouchement antioccidental Robert Mugabe, l'Erythréen Issayas Afewerki, accusé d'alimenter le terrorisme en Somalie, et le Soudanais Omar El-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI)", écrit Jeune Afrique dans son édition en ligne du 1er août.

Tous les convives ne sont pas exemplaires

Ces dirigeants ne sont donc pas de la partie. Pour de prétendues raisons de gouvernance politique ; autant dire des pestiférés qui ne feront pas partie des convives – censés être fréquentables – qui vont porter le toast avec l'homme le plus puissant du monde. Ils doivent bien être aux anges à Washington ! Encore que, parmi eux, il y ait un nouveau distingo entre ceux qui font preuve de bonne gouvernance et les autres, qui sont ou des tripatouilleurs de Constitution ou des prédateurs, à moins que ce ne soit les deux à la fois. De sorte que si l'on se fie aux préparatifs de ce sommet, il est à prévoir que beaucoup d'oreilles siffleront, et nombreux seront ceux qui se sentiront morveux.

En effet, la position de l'Oncle Sam semble claire sur les modifications constitutionnelles dont le seul objectif est de permettre à des chefs d'Etat de se scotcher au fauteuil présidentiel. Barack Obama, devant de jeunes cadres africains, avait prôné l'utilité du sang neuf en ces termes : "Quand un homme ou une femme reste trop longtemps au pouvoir, il ou elle agit surtout pour durer et non pour le bien du pays."

De ce fait, sans présumer de la teneur du discours de l'hôte américain, des chefs d'Etats africains comme Denis Sassou N'Guesso [République du Congo], Paul Kagamé du Rwanda, Joseph Kabila de la République démocratique du Congo (RDC)... ou Blaise Compaoré [à la tête du Burkina Faso depuis 1987] ne seront pas à l'aise.

Les principes versatiles de Washington

Fort malheureusement, ça, c'est pour les grands principes. Comment peut-on en effet prendre les Etats-Unis au sérieux quand les mêmes pouponnent certains potentats quand ça les arrange ? Bonnes gens, peut-on mettre sur le banc des accusés les Mugabe and Co et inviter par exemple un Al-Sissi ou un Museveni ? Le premier est arrivé au pouvoir [en Egypte] grâce à un coup d'Etat, donnant ensuite un verni légal à son retour par un scrutin des plus controversés. Le second règne sans partage sur son pays [l'Ouganda] depuis, excusez du peu, vingt-huit ans.

Pour tout dire, même si la voix de la première puissance mondiale porte, elle se trouve souvent en porte-à-faux avec ses propres principes qui sont parfois loin de l'honorer et qui apportent de l'eau au moulin de tous les tripatouilleurs professionnels.

Obama avait oublié l'Afrique

Certes, l'Afrique a plus besoin d'institutions fortes que d'hommes forts, mais Obama gagnerait à aller au-delà de la répétition des grands principes, et à "parler bon français" comme on le dit familièrement chez nous, en soutenant véritablement les pays africains dans leur quête de développement. Hors tous les analystes sont unanimes sur ce constat : Obama a moins fait pour l'Afrique qu'un George Bush tant décrié sous nos tropiques, ne serait-ce que par la mise en place de l'Agoa (African Growth and Opportunity Act), un système issu d'une loi américaine qui permet aux entreprises de 39 pays africains d'exporter vers les Etats-Unis sans payer de taxes, et la mise en place du MCC (Millenium Challenge Corporation), un fonds de développement bilatéral annoncé par l'administration Bush en 2002 et mis en place en janvier 2004.

Aujourd'hui, ceux qui pensaient qu'avec l'arrivée de leur frère noir allaient raser gratis en sont pour leurs frais et ont vite déchanté. Et ce n'est pas à deux ans de la fin de son ultime mandat que celui qui a des racines kényanes par son père mettra les bouchées doubles pour faire des miracles.

En réalité, on a le sentiment que ce qui intéresse l'Oncle Sam, ce sont les porteurs de ressources minières, notamment le pétrole ; les Etats-Unis étant en train de remplacer leurs sources traditionnelles d'approvisionnement en or noir par le golfe de Guinée, bordé par le Nigeria, l'Angola, la Guinée-Equatoriale, le Gabon et São-Tomé-et-Principe. Le tout n'est donc pas de professer de belles théories du haut d'une chaire, fût-elle celle du Bureau ovale. Il faudrait résolument mettre la main dans la poche pour sortir le continent noir de l'ornière.

Source: http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/05/washington-a-des-principes-quand-ca-l-arrange