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Le viol collectif en Haïti

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« La justice élève une nation, Mais le péché est la honte des peuples. »(Proverbes 14 v 34).

 Hier matin, plusieurs amis virtuels sur un groupe Whatsapp partageait leur indignation concernant un cas de viol collectif survenu au cours de la semaine écoulée dans la localité de Deshermithe, située dans la commune de Pétion-Ville. On était tous d’accord que la vidéo ne devrait pas être affichée en public puisque le visage de la demoiselle victime était visible. J’ai eu la chance de voir la vidéo en privé, franchement c’était choquant. Cela a suffi pour ruiner ma journée d’adoration et de repos. Après avoir visionné la vidéo de 2 minutes 50 secondes, on arrive à se faire une idée de la situation. Il s’agit d’une demoiselle âgée de 15 à 17 ans qui a pris rendez-vous avec un jeune homme chez lui pour passer un moment agréable entre amoureux. Il arrive que ce dernier a invité d’autres amis pour se mêler de la partie, ce qui a bien accouché un viol collectif puisqu’avoir des rapports sexuels forcés dans le cadre spécifique de relation intime, y compris dans celui du mariage est un viol. Tout au long de la vidéo, on pouvait entendre la jeune fille qui suppliait ses agresseurs parce qu’elle avait très mal et ne pouvait supporter la douleur du coït répétitif. Elle était visiblement agressée. Ce qui est plus écœurant c’est qu’à la fin de la vidéo, l’accusé principal a donné le motif du viol collectif : « Ou pa banm respè, tann dat m ap mandew konyen, ou pa janm konyen avèm » et à la victime de répondre : « Mwen baw respè wi, apam vini jodia ». Quand cette dernière croyait que son calvaire était terminé, le bandit en chef a passé l’ordre à un autre violeur de passer à l’action. On pouvait bien comprendre que plus de trois individus ont violé la demoiselle.

 La séance de viol est vidéographié par l’agresseur en chef sur fond d’une musique bòdègèt de type rabòday à la Tonymix. On pouvait sentir que la musique motivait un peu les agresseurs à passer à l’acte. En aucun cas, je ne saurais acculer la victime qui a consenti à avoir des rapports sexuels avec un jeune homme. On peut imaginer selon les paroles énoncées par ce dernier à quel point la fille était journellement pressurée par ce dernier pour que ce tour de passe arrive. Comme père de famille, observateur avisé et bloggeur engagé, ce qui m’intéresse dans ce dossier c’est le rôle que la police et la justice de mon pays doit jouer pour punir les violeurs. L'article 278 du Code Pénal se lit comme suit: quiconque aura commis de viol ou sera coupable de toute agression sexuelle consommée ou tentée avec violence, menace, surprise ou pression psychologique contre la personne de l’un ou de l’autre sexe sera puni de 10 ans de travaux forcés. Nous sommes en droit de demander à la Police Nationale d’Haïti d’ouvrir une enquête pour appréhender les violeurs et les déférer par devant la justice pour répondre de leur acte bestial et traumatisant. Plusieurs amis opinant sur ce cas de viol ont essayé de contacter des autorités au niveau de la police nationale pour donner suite à cet incident malheureux. Au moment où nous écrivons ces lignes, les journalistes Theriel Thelus et Lunie Joseph nous ont informés que la PNH est saisi de l’incident et qu’une enquête est ouverte.

Nous vivons à l’ère d’une dégénérescence morale et spirituelle en Haïti qui traduit la déliquescence des mœurs. N’est-ce pas que l’ex-président Michel Martelly a toujours prôné la grivoiserie dans ces tubes à succès et meringues carnavalesques ? N’est-ce pas que le titre de sa meringue carnavalesque 2017 est : « 2 ke nan bouda ti Lili ». Comment un homme qui se dit père de famille, chanteur populaire et ex-président de la république peut se résoudre à agresser verbalement une femme publique qui a dédié sa vie pour la liberté, le respect des droits humains et l’instauration de la démocratie en Haïti ? Les stations de radios, les responsables du Carnaval 2017 devraient boycotter la meringue de Michel Martelly qui n’est pas chaste pour les oreilles et qui est une dérogation à la pudeur et aux bonnes mœurs. Le Ministère de la Culture a son rôle à jouer dans la promotion des valeurs positives en Haïti. On devrait interdire la diffusion des musiques bòdègèt sur les stations de radio, de télévision et dans les espaces publics. Les directeurs d’opinion, les stations de radios les plus écoutées doivent faire la promotion de la famille et doivent aider les jeunes dans leur choix de vie et aussi à émuler des valeurs positives. On a l’impression que la grossesse précoce, la propagation des maladies sexuellement transmissibles, le phénomène brennjenn et ti Blodè ne dérange pas la société. Ceux qui sont en position de pouvoir n’ont aucune inquiétude par rapport à ces dérives. Depuis quand Haïti avait perdu son prestige, ses valeurs intrinsèques qui faisaient sa fierté d’antan ? Nous faisons face à une explosion démographique dans les grandes villes, surtout Port-au-Prince qui s’accompagne également de la déliquescence des mœurs. Nous devons alerter la population et forcer la main des dirigeants politiques et des gens en vue de la société civile.

Le passage stipule que la justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples. Haïti est présentement à genou, tout marche mal. Si vraiment nous voulons relever le pays de la stagnation politique, économique et sociale, nous devons reformer notre système de justice. La question de viol collectif sur les jeunes filles est une honte pour Haïti. Nous ne devons pas laisser la précarité guider nos choix de vivre. L’autre a dit que la richesse est une vertu, ce qui implique que la pauvreté est un vice ou un défaut. Nous devrions dire non à cette forme de pensée manichéenne. Nous pouvons être pauvres et vivre dans la dignité. J’encourage les parents haïtiens à faire preuve de vigilance pour éviter que leurs enfants soient exposés à des prédateurs. La transmission des valeurs positives doit être la base de toute éducation familiale. Nous sympathisons à la douleur de cette jeune fille qui parait être très précoce. Nous souhaitons que la Police Nationale d’Haïti va faire de son mieux pour démanteler cette base et traduire ces violeurs devant la justice. Nous devons faire un leve kanpe pour dire non à l’immoralité, à l’indécence et aux petites mœurs. Si les Haïtiens perdurent dans le règne de l’injustice et de l’impunité, un jour ou l’autre, nous perdrons à jamais notre droit d’existence sur ce coin de terre que nos ancêtres nous ont légué. Que l’état de droit puisse s’établir en Haïti !

Kerlens Tilus 01/23/2017
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