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La Calamité Rose: Ayiti-Exit - la nécessité d’arrêter la Caravane du Faire Semblant (7 de 9)

henry christophe jovenel

Par Alin Louis Hall --- Si nous avons pu vaincre les forces du mal à Vertières, nous n’avons pas pu néanmoins venir à bout des tyrannies raciales que nous trainons comme des boulets rivés à nos pieds. A maints égards, la trajectoire de la première expérience de décolonisation ressemble étonnamment à un long métrage sur nos interrogations identitaires. Aussi, n’arrivons-nous pas à nous départager sur notre triple appartenance africaine, européenne et haïtienne. En tout état de cause, la crise identitaire constitue la lame de fond qui bouleverse la société haïtienne et entrave tout effort de cohésion. Si l’illustre Joseph Anténor Firmin eut à bégayer sur l’altérité en présentant l’Haïtien lisse et perfectible comme le résultat de la rencontre de l’Européen et de l’Africain, on peut se faire une idée de l’impitoyable psychopathologie affectant les petits enfants de la brutale transplantation. Ce léger hoquet du « Pionnier de l’Anthropologie, du Panafricanisme et des Études postcoloniales » n’avait pas manqué d’attirer l’attention de Laennec Hurbon dans « Le Barbare Imaginaire ». Tout aussi interpellé, Jean Fouchard se sentit obligé de s’attarder dans « Les Marrons de la liberté » sur cette affirmation de Firmin :

« Les nègres transportés à Saint-Domingue n’avaient aucune disposition pour évoluer immédiatement vers les formes sociales supérieures. Non seulement les dispositions psychologiques n’existaient pas, mais il y avait souvent, tout au fond de leur être, des inclinations ancestrales qui les attiraient vers une rétrogradation malheureuse… [1]»

Ces redoutables subtilités bien plantées dans l’inconscient collectif alimentent une réalité discursive jalonnée d’exemples les plus uns plus ahurissants que les autres. Evidemment, il s’agit de ne jamais croire que certains concepts appartiennent à un passé révolu. Depuis que l’agenda caché de notre système d’éducation sous-traité au clergé concordataire avait priorisé les hauts faits historiques sur l’anthropologie, la crise identitaire est devenue la fiche signalétique de la société haïtienne. Pour mieux appréhender le formatage de la pédagogie néocoloniale et ses effets déplorables, lisons comment François Duvalier et Lorimer Denis abordent une problématique aussi complexe que le binôme créole-bossale dans Le problème des classes à travers l’histoire d’Haïti : « Et que dire de tous ces congos, incarnation des forces d’anarchie et de désordre : Lamour Dérance, Macaya, Ti-Noël Prieur, etc. qu’on a été obligé de " blanchir " pour rendre possible l’œuvre de l’indépendance nationale[2]. » Bien entendu, face au crime, ce n’est plus à démontrer que Duvalier ne souffrait d’aucune inhibition. La fascination morbide pour l’absolutisme culminait chez ce dernier dans un délire orgasmique résultant de la sublimation de la mort. Duvalier, qui affirmait en aparté qu’il ne faut jamais prendre les Haïtiens au sérieux, aimait flatter leurs bas instincts et penchants naturels pour la bestialité. « Un milicien doit être toujours prêt à tirer. C’est comme ça que j’aime le milicien, » répétait-il souvent aux volontaires de la servitude nihiliste.

L’important est de toujours se rappeler que la société haïtienne est une capsule du temps saint-dominguois. Comme le colon pouvait tuer peu importe le nombre d’Africains sans être inquiété, nous continuons avec les mêmes pratiques du pire. Partant de ces considérations, il ne faut jamais se laisser duper par l’acrimonie entre les créoles « noiristes » et « mulâtristes ». Leur égal mépris de la masse afro-paysanne ne doit pas jamais nous confondre. Cette haine pour les fils et filles de l’arrière-pays constitue le vase communiquant du système d’exclusion massive. Il s’agit, en fait, d’un curieux arrangement entre les créoles noirs et mulâtres et représente l’intersection de tous les complots antidémocratiques et réactionnaires. C’est assurément ce constat qui avait poussé Philippe Clérié à écrire que l’élite haïtienne « est constituée par les descendants des anciens libres (noirs-mulâtres) de la colonie, par les descendants des