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Culture & Société

La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (6 de 7) par Leslie Péan

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par Leslie Péan, 16 octobre 2015  ---  Les navires marchands américains fréquentant les ports d’Haïti et qui sont saisis par les corsaires français ne se comptent plus. Par exemple, le 10 décembre 1804, le navire Elesenor parti du Cap et allant à Baltimore est saisi et conduit à Santiago de Cuba où sa cargaison est liquidée sans même faire l’objet d’une mesure juridique. Cheaspeake Insurance soumettra une réclamation à la France pour un montant de 4 500 dollars américains[i]. En janvier 1805, le même sort est réservé au navire marchand américain Antelope[ii]. Le 27 avril 1805, un autre navire marchand américain, le Ann, parti de Jacmel pour Baltimore est saisi par le corsaire français Le Régulateur. Sa cargaison est vendue à la Guadeloupe. Baltimore Insurance soumet une réclamation pour un montant de 18 000 dollars américains[iii]. Les bâtiments américains engagés dans le commerce avec Haïti sont obligés de s’armer de canons pour faire face aux pirates français. C’est le cas des navires Jane avec seize canons, America avec trente-deux canons, Connecticut avec vingt-deux canons, Indostan avec quatorze canons[iv]. Dessalines ne bronche pas devant l’offensive de la piraterie française. Le gouvernement haïtien est résolu et déclare dans la Gazette Politique et Commerciale d’Haïti en date du 7 mars 1805 : « Il n’est pas facile de soumettre des hommes décidés à la mort, plutôt que de rentrer sous un joug abhorré[v]. »

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La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (5 de 7) par Leslie Péan

dessalines a cheval

par Leslie Péan, 15 octobre 2015  ---  Il faut bien comprendre que Dessalines traitait correctement certains Blancs tels que les Polonais et Allemands ou encore ceux qui étaient ses associés clandestins (anglais et français) dans le commerce. Le problème est que ce comportement, aussi bon qu'il soit, relevait de l'arbitraire et non pas de la loi. La discrimination basée sur la couleur de la peau est la loi et Dessalines décide que tous les Haïtiens sont noirs. À ce sujet, le cas Chanlatte est exemplaire. « La pureté noire devient l’essence à partir de laquelle la connaissance de l’Haïtien est possible. Loin d’être une préoccupation d’ordre philosophique, la couleur de la peau noire intervient subrepticement ou brutalement dans la vie quotidienne pour qualifier ou disqualifier la nationalité d’un individu. Desrivières Chanlatte, qui avait la couleur d’un Blanc, fut écarté par le général Henry Christophe. Délit de faciès. Son frère Juste Chanlatte, Secrétaire d’État sous le gouvernement de Dessalines, s’en offusqua et écrivit le 28 mai 1805 les mots suivants au général Henry Christophe. "Je ne puis, Citoyen Général, que vous manifester mon mécontentement pour avoir confondu mon frère avec les blancs criminels. Vous devez savoir sa participation dans la guerre que nous avons faite. À ce titre, il est et demeure Haytien selon les termes de la Constitution que je vous rappelle ici, et doit être traité comme tel".[i]  »

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La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (4 de 7) par Leslie Péan

Dessalines noirpar Leslie Péan, 14 octobre 2015 ---  La dénaturation des idéaux des Lumières par la pensée coloriste (noiriste/mulatriste) à partir des lignes de fracture héritées de la colonie de Saint-Domingue constitue une pesanteur insupportable dans l’Haïti de 1804. Ce poison coloriste lent, injecté dans les veines d’Haïti, a des effets multiples et récurrents. Le discours dominant développe cet état d’esprit dans la population parfois avec une remarquable virulence. Ce ne sont plus les idées qui inspirent les actions, mais plutôt la couleur de peau des personnes qui les expriment. Sur cette pente, les dirigeants intoxiquent les esprits avec un discours anti-blanc à la Boisrond Tonnerre (mulâtre) ou à la Dessalines (noir). En réalité, ils s’adonnent à ce tour de passe-passe pour justifier leur accaparement des 8 000 propriétés abandonnées par les colons français. Disons tout de suite que là encore, c’est du faire semblant. Les nouveaux propriétaires ne fructifient pas les terres. Ils se contentent d’en tirer, sans travailler, une rente qui vient s’ajouter à la rente politique d’où ils tirent leur magot.

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La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (3 de 7) par Leslie Péan

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par Leslie Péan, 13 octobre 2015  ---   Entretemps, la nouvelle que les Français ont rétabli l’esclavage à la Guadeloupe se répand à Saint-Domingue. C’est alors que Dessalines se rend compte qu’il a été roulé et fait son volte-face. Leclerc en est informé et écrit à Bonaparte le 26 septembre 1802 : « Dessalines qui, jusqu’alors n’avait pas pensé à s’insurger y a pensé aujourd’hui, mais j’ai son secret ; il ne m’échappera pas. Voilà comment j’ai découvert sa pensée. N’étant pas assez fort pour chasser Dessalines, Morpas [Maurepas], Christophe et autres, je les maintiens l’un par l’autre. Tous trois sont propres à être chefs de parti. Aucun ne se déclarera tant qu’il aura à craindre les deux autres. En conséquence, Dessalines a commencé à me faire des rapports contre Christophe et contre Morpas, m’insinuant que leur présence était nuisible à la colonie. Il a sous ses ordres un reste de bataillon de la 4e coloniale qui a toujours été le corps qui lui était dévoué. Il vient de me demander la faculté de la porter à 1 000 hommes. Il y a un mois, dans des expéditions que je lui ai ordonnées, il détruisait les armes. Aujourd’hui, il n’en détruit plus et il ne maltraite plus les noirs, comme il le faisait alors. C’est un coquin, je le connais, je ne puis le faire arrêter aujourd’hui, j’épouvanterais tous les noirs qui sont avec moi. Christophe m’inspire un peu plus de confiance. J’envoie en France son fils ainé qu’il veut faire instruire. Morpas est un coquin, mais je ne peux encore le faire enlever. Au reste, je pourrai faire enlever Morpas le premier, mais Christophe et Dessalines le seront le même jour [i]. »

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La semaine Dessalines : Le mauvais chemin pris par Haïti dans l’histoire (2 de 7) par Leslie Péan

dessalines ulrick jean pierre

par Leslie Péan, 12 octobre 2015 ---  Les idées anti-esclavagistes ont existé même parmi les Blancs à Saint-Domingue. Par exemple, on sait que les Jésuites sont expulsés de la colonie en 1763 car les colons estimaient qu’ils minaient les fondements de l’esclavage. Selon l’historien Charles Frostin, « On va même jusqu'à incriminer certains jésuites de favoriser le marronnage et de protéger des esclaves coupables d'empoisonnement. Mais surtout ces moines orgueilleux sont accusés de vouloir ruiner l'autorité domestique des maîtres sur les esclaves pour substituer leur domination personnelle en cherchant à organiser les Nègres en un corps de fidèles distincts avec ses propres chantres, bedeaux et marguilliers élus, et avec ses propres catéchistes, hommes de confiance chargés de relayer l'action missionnaire. En effet, s'attaquer à l'autorité domestique, entendue l'autorité sans partage du maître sur l'esclave, principe sacré aux yeux des propriétaires qui voient en lui le plus sûr garant de l'ordre esclavagiste, c'est bien là le grief majeur maintes fois formulé contre la mission jésuite depuis son installation dans le Nord de la Colonie en 1704[i]. »

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