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Analyses & Opinions

Ils ont assassiné des révolutionnaires, mais pas le communisme!

venceremos

« Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. »

    (Jean-Paul Sartre)

Par Robert Lodimus --- Pour les combattants de la Liberté, octobre, outre le symbolisme de la Révolution des bolcheviks qu’il renferme, demeure un mois de martyrologie. Le 9 octobre 2017, les masses populaires anti-impérialistes ont salué la mémoire de l’illustrissime Ernesto Che Guevara. Depuis 50 ans, elles ne se sont jamais lassées d’accomplir cet acte majestueux de commémoration honorable à l’endroit de ce Héros légendaire qui caressait un « Rêve de Justice sociale » incomparable, qui  élaborait un « Projet politique » d’une audace rationnelle, au moyen duquel – très certainement – les pauvres de l’humanité seraient parvenus à refaire leur visage entaillé et amoché par le « mal vivre » systématisé. Le capitalisme n’a-t-il pas institutionnalisé la « pauvreté » à l’Ouest et la « misère » à l’Est ? À l’instar du Charpentier de Nazareth, Ernesto Guevara est mort pour la Rédemption sociale, économique et politique des peuples dépouillés de leurs droits, des êtres humains bestialisés, enfermés çà et là dans les enclos des puissances dominatrices, de pauvres hères qui regardent leur avenir à travers des prismes de désillusions et d’abattements. Par son intelligence, sa force, sa conviction, sa générosité, ce guerrier impavide ne pouvait être qu’un « être mystérieux, surhumain, extraordinaire » envoyé sur la terre, parmi les mortels, afin de remplir auprès des misérables une mission de salut collectif, de régénérescence populaire, de « réconfortation » massive.

Heureusement que le crime abominable dont la CIA et René Barrientos se sont rendus coupables, en abattant  l’« Arbre » de la philosophie, de l’idéologie guévarienne, n’est pas arrivé à détruire les racines des espoirs et des perspectives d’une Révolution mondialisée. Depuis la grande tragédie de la Higuera, les peuples vaillants, déterminés à lutter jusqu’au bout contre les États dominants, ont enfoui dans les terres de l’Afrique, de l’Amérique, de l’Europe, de l’Asie et de l’Océanie des milliers de plantules de résistance sociale, de militance politique,  et de changement universel qui viendront éclore tôt ou tard dans la « nuit des pétarades » pour le « grand chambardement  » dont parle Richard Brisson dans « Collection du verbe présent ». Le nom du Che sera auréolé davantage de Gloire, d’Honneur, de Mérite et de Respect.

Le 9 octobre 2017, l’écrivain et journaliste français Régis Debray a dû une fois de plus se sentir mal dans sa peau. « Danton » – de son nom de guérillero dans la forêt bolivienne aux côtés du Che – n’est-il pas condamné à vivre et à mourir avec les remords d’avoir trahi ses camarades et causé leur perte en Bolivie. Guevara disait lui-même – avant sa capture – que Régis Debray – lors de sa détention – avait « parlé plus que nécessaire »? Le Commandante avait reconnu que Debray n’avait pas l’étoffe de bravoure que porte un guérillero. Un individu infléchissable. Capable de franchir la frontière de la mort comme un « Samouraï » dévoué à la cause de son suzerain.

Che Guevara n’a pas eu le temps de voir les effets dévastateurs du dernier salaud mis au monde par le capitalisme satanique qu’il traquait inlassablement sur le terrain de sa guérilla : le néolibéralisme. Le nouveau monstre de la finance et de  l’économie occidentale circule avec le chapeau du keynésianisme controversé. Par l’entremise du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale (BM), la dictature de la « mondialisation » se déplace avec un florilège d’exigences imposées aux États émergents et aux pays en voie de développement, dans le cadre d’un « programme ruineux » que les philosophes du système qualifient de « plans d’ajustement structurel ». Che Guevara serait aujourd’hui  encore plus révolté des situations de dégradation sociétale, de corruption et de coercition politique, de crimes d’État, d’invasion des territoires sans protection militaire, d’exécution sommaire des dirigeants, des militants et des activistes politiques qui revendiquent l’autodétermination pour leur nation, et de tous les autres cas rapportés depuis la fin du 20e siècle dans les colonnes des médias locaux et étrangers.

La semaine dernière, les Haïtiens ont défilé à Pont-Rouge devant l’emplacement sépulcral du père de la patrie, Jean-Jacques Dessalines. Le mémorial du Libérateur des esclaves, abandonné à l’indifférence des gouvernements post jean-claudiens, est presque enfoui sous un amas de déchets puants. Tout perd sa valeur symbolique dans cet « endroit » réduit à l’ « état de méprisabilité ». Comment pouvait-il en être autrement dans une République livrée honteusement – comme son fondateur – au « malfratisme politique »?  Le 17 octobre 1806, la mort avilissante de l’empereur Dessalines causa les mêmes réactions dans le monde que le meurtre de Guevara. Il y eut des pleurs et des rires. De la tristesse et de la joie. Du regret et de la satisfaction. Comme dans d’autres circonstances, ce sont les appauvris, les marginalisés, les exploités, les vulnérabilisés qui demeurent les seuls désavantagés. Les uniques victimes. Les grands perdants. Le combat politique, la réforme socio-économique de Dessalines et de Guevara visaient les démunis. Les « damnés de la terre », pour évoquer Frantz Fanon. Ne s’agissait-il pas de rendre avant tout aux individus encastrés dans les geôles du « capital » leur dignité humaine et leurs libertés originelles ? Dans l’univers absurde du néolibéralisme, travailler devient pour les ouvrières et les ouvriers, pour les métayers ou les paysans sans terres,  un puissant instrument d’aliénation multidimensionnelle. Albert Jacquard écrit que « le véritable remède contre le chômage est qu’il n’y ait plus de travail pour personne, mais pour chacun une place dans la société. »

Ainsi, chaque individu aurait le privilège de servir son pays avec sa compétence, son énergie, son intelligence, son savoir-faire, sa capacité physique, sa puissance spirituelle, ses qualités et ses défauts, sans pression et sans contrainte. Quand un être humain est réduit à vendre sa « force de travail » au « capital » pour apporter des « pilons de poulet », une petite portion de riz, une poignée de maïs et du hareng-saur émincé à son épouse et à ses enfants, ne se sent-il pas humilié par l’État de son pays? En peu de temps, son âme est déjà mûre pour la révolte, pour l’insurrection et pour l’émeute. C’est là qu’entrent en jeu les idéologues, les philosophes révolutionnaires, les syndicalistes progressistes qui détiennent la responsabilité de façonner la conscience des prolétaires sur les lieux de leurs activités d’emploi  ou dans leur ajoupa. Cela nous rappelle « Les Saints vont en enfer » de Gilbert Cesbron. Les deux prêtres, Bernard et Pierre, ont accepté de partager le quotidien des travailleurs dans les usines d’assemblage et de sous-traitance, dans le but de les conscientiser au sort que la  bourgeoisie industrielle leur a réservé.  Analysant les crimes de la mondialisation, et en soulignant également ses mérites, Joseph Stiglitz, Prix Nobel  de l’économie, remarque : 

« Les capitaux spéculatifs, dont l’afflux et le reflux suivent si souvent la libéralisation des marchés financiers, laissent le chaos dans leur sillage. Les petits pays en développement sont comme de petits bateaux. Avec la libéralisation rapide des marchés des capitaux effectuée comme l’exigeait le FMI, on leur a fait prendre la mer par gros temps avant qu’ils aient pu colmater les trous dans la coque, apprendre son métier au capitaine et embarquer les gilets de sauvetage. Même dans le meilleur des cas, il y avait une forte probabilité de naufrage quand ils seraient frappés de plein fouet par une grosse vague [1]. »

Haïti a été touchée en pleine face par la tempête de la politique néolibérale durant le premier mandat de René Préval. Avec l’aide de Leslie Delatour, Préval a démantelé toutes les structures solides, vitales qui soutenaient les édifices de la fonction publique. Des fonctionnaires compétents ont été remerciés avec de maigres compensations financières, dépouillant l’État, de ce fait, de nombreux  cadres formés, compétents et expérimentés. Le Fonds monétaire international (FMI) exigeait le dégraissage du secteur public, avant de consentir  des prêts au gouvernement Préval/Alexis. Des milliers de gens jetés pêle-mêle sur le pavée du chômage, l’insécurité sociale et économique montrait des signes d’aggravation. Le banditisme installé à Port-au-Prince avec le règne des militaires – qui reviennent tranquillement d’ailleurs dans le paysage politique de l’inculpé Jovenel Moïse – avait fait des bonds spectaculaires. Il y eut,  entre les années 1995 et 2000, une escalade de crimes politiques et de droit commun. La police nationale elle-même était fréquemment citée – jusqu’à présent d’ailleurs – pour son éventuelle implication dans des actes d’assassinat politique, des opérations de rapine, des situations de vol,  et des cas d’escroquerie.

Le mois d’octobre, disions-nous, est riche en événements historiques. Surtout regrettables. Le 15 octobre 1987, le processus de la révolution burkinabè mis en branle par Thomas Sankara fut noyé dans un coup d’État sanglant de Blaise Compaoré,  soutenu par la France et les autres hégémonistes occidentaux. Le président Thomas Sankara – appelé le Guevara de l’Afrique – y laissa malheureusement sa peau. Blaise Compaoré n’hésita pas à trahir son meilleur ami, son camarade de lutte pour accaparer la présidence. L’officier félon ligota son peuple et le livra sans compassion aux intérêts des puissances étrangères qui avaient participé activement aux complots. Ce crime est resté longtemps mystérieux. Et impuni. Du moins jusqu’en décembre 2015. Avec l’inculpation officielle du général Gilbert Diendéré, le militaire fait chevalier de la Légion d’honneur française en mai 2008. Quelle honte pour les Français de voir souvent leurs gouvernants et leurs mandataires s’abreuver et se goinfrer dans les « vomissures » fielleuses des coups d’État  et des assassinats qui endeuillent l’Afrique!

Et encore

C’était une journée de réjouissance avec exubérance pour la presse internationale. Le mot « dictateur » remplissait la gorge des journalistes bourgeois.  Mouammar Kadhafi et ses fils étaient coincés. Sur le point d’être capturés. Les images captées par les caméras présentes sur le territoire libyen étaient retransmises en temps réel au petit écran. L’Union européenne, l’Amérique du Nord tressautaient de soulagement. Piaffaient. L’Organisation de l’Union africaine (OUA) sanglotait. La France de Sarkozy immolait une figure emblématique du Proche-Orient que l’historiographie universelle aurait pu associer au nom de Kwame Nkrumah qui a hérité la « paternité » de l’approche  philosophique du panafricanisme. Le Bédouin célèbre, de la lignée rare du « Cheik des militants », ne jurait que par l’autodétermination politique, financière et économique d’une Afrique unie. Mais, le 20 octobre 2011 à Syrte, le rêve de tout un continent de se libérer da la domination technologique occidentale, de la dictature télécommunicationnelle de l’Europe et de l’Amérique du Nord, ainsi que du système monétaire néolibéral se noyait dans le sang du Guide de la révolution de la Jamahiriya  arabe libyenne. Mouammar Kadhafi, appréhendé vivant et désarmé, mourut assassiné. Comme Ernesto Che Guevara. Il aurait écrit, sous les bombes de l’Otan, 3 jours avant son décès : 

« J’ai fait tout mon possible pour aider les gens à comprendre le vrai concept de démocratie (…). Mais ce n’était jamais assez, comme me l’ont dit certains. Même ceux qui possédaient une maison de 10 chambres, des costumes et du mobilier neufs, n’étaient jamais été satisfaits. Ils étaient si égoïstes qu’ils en voulaient toujours plus. Ils ont dit (…) qu’ils avaient besoin de « liberté », de « démocratie, » et n’ont jamais réalisé qu’il s’agit d’un système de panier de crabes, où le plus gros bouffe les autres. Ils étaient seulement ensorcelés par ces mots, sans réaliser jamais que, en Zunie, il n’y a pas de médicaments gratuits, ni d’hôpitaux gratuits, ni de logement gratuit, ni d’enseignement gratuit, ni non plus de nourriture gratuite, sauf quand les gens sont obligés de mendier ou de faire longtemps la queue pour avoir de la soupe. »

Après la désintégration forcée du kadhafisme, la Libye n’est-elle pas venue grossir la liste des pays déchirés par la division et déstabilisés par la guerre civile? Exactement comme l’ont voulu les gouvernements impériaux qui maintiennent eux-mêmes leurs citoyens dans un état permanent d’insécurité sociale et économique. Aujourd’hui, la majorité des Libyens sont nostalgiques de l’époque de Mouammar Kadhafi où ils avaient relativement accès aux richesses générées par l’or noir. Et même ceux-là qui sont impliqués de près ou de loin dans la destruction de l’empire kadhafien. Plusieurs régions pauvres de l’Afrique bénéficiaient généreusement des retombées économiques des gisements pétroliers de la Libye. Les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Canada, l’Espagne… permettront-ils aux populations du Sud de desserrer l’étau d’appauvrissement, de paupérisation et de misère qu’ils ont installé dans l’âme de la  mondialisation pour aplatir les paysans, les journaliers, les instituteurs, les  employés moyens, les petits commerçants, les esclaves domestiques…? Il importe que les masses ouvrières  transbordent  leurs revendications dans le train d’un combat universel,  comprennent la nécessité de repenser, d’organiser et de collectiviser sur une échelle planétaire les poches de résistance qui se forment contre les activités malhonnêtes des multinationales dans le cadre de ce que Christian Nots [2] qualifie d’ « hyper-capitalisation mafieuse des capitaux ».      

Le 24 octobre 2017, Le Monde d’Hubert Beuve-Méry, dans une tentative désespérée  de déverser un saut de salissure et de méchanceté sur la mémoire du Guide de la révolution de la Libye, se demandait :

« Comment un modeste enfant bédouin a-t-il pu régner quarante-deux ans sur la Libye et doucher l’immense espoir qu’il a suscité, à ses débuts, dans le monde arabe et en Afrique? Pourquoi le jeune et beau héros révolutionnaire s’est-il mué en un hideux dictateur brutal et mégalomane prêt à massacrer son peuple [3] ?»

Les qualifiants utilisés par le Journal parisien pour embourber la mémoire de Kadhafi n’étonnent guère les milieux intellectuels progressistes mondiaux. Les Quotidiens de l’Europe esclavagiste n’ont-ils pas agi de la même façon à l’égard de la République d’Haïti, après la déclaration de sa souveraineté et de son indépendance? Cependant, 2017 n’est pas 1492. Et même là encore, il y eut  Caonabo, le guerrier intrépide, et Henri, le chef indien rebelle du Bahoruco.

Avant d’aller plus loin,  nous exhortons les Camarades à soutenir le peuple catalan qui vit des moments de complexité historique. Il faut l’encourager à aller jusqu’au bout des impératifs de son « choix de société ». L’Espagne, jadis l’un des pays pauvres de son continent, a exterminé les Amérindiens, déporté et torturé les Africains pour s’enrichir de manière vile, éhontée et cynique. La Catalogne ne devrait pas abdiquer le trône de ses droits naturels. « Refuser la liberté à un peuple, parce qu'il ne saurait pas en jouir, c'est prononcer qu'il sera toujours esclave, car c'est par l'exercice de la liberté que les hommes s'initient aux vertus qu’elle réclame », avise Édouard Alletz [4].

La France, le Canada, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis s’opposent à la volonté des Catalans de se séparer de l’Espagne et de fonder un pays responsable entièrement de ses actes par devant la communauté internationale. Ils craignent que l’exemple de la Catalogne n’entraîne un « effet domino ». Les Canadiens francophones, qui aspirent depuis longtemps à l’autodétermination politique et économique du Québec, appuient sans réserve l’initiative courageuse des Catalans. Ils demandent au Premier ministre Justin Trudeau de reconnaître l’affranchissement et l’indépendance de cette colonie espagnole révoltée. Mais Ottawa s’est déjà positionné contre les souverainistes.

Les États dominants s’octroient toujours la « liberté » de priver les nations esclavagées de leurs « Libertés fondamentales ». Le 25 octobre 1983, 2000 soldats du cow-boy Ronald Reagan envahirent l’île de la Grenade. 12 jours auparavant, le Premier ministre révolutionnaire marxiste Maurice Bishop, destitué avec l’aide de la CIA par le comité central du New Jewel Movement auquel il appartenait, et  contrôlé par Bernard Coard qui lui succéda, tombait sous les balles de ses camarades politiques récupérés et corrompus par Washington. À la base de cette invasion militaire étatsunienne, on y trouvait le projet de construction d’un aéroport international en partie financé par Fidel Castro. Le chantier avait démarré sous la supervision d’un groupe d’ingénieurs et de techniciens  cubains. Les États-Unis interprétaient mal le rapprochement de la Grenade avec L’U.R.S.S. et Cuba. Ils décidèrent d’intervenir militairement, de chasser les Cubains et de saboter les travaux déjà réalisés. Tout cela, sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies. Et de la Grande Bretagne. Enfin, c’était ce que les informations avaient laissé entendre à l’opinion publique internationale. Bernard Coard fut renversé à son tour par le général Hudson Austin, 5 jours après avoir fait fusiller Maurice Bishop. L’Administration Reagan s’était servie uniquement de l’inconstance politique du traître pour stopper les réformes sociales, politiques, économiques et culturelles entamées par le brillant dirigeant révolutionnaire.

Cependant

Le dixième mois de l’année – dans le calendrier grégorien – est aussi porteur d’un événement historique majeur : la naissance du premier État communiste du monde, dans la logique de la philosophie marxienne. Les cris des prolétaires pour « le pain, la paix et la terre » avaient finalement fait triompher le combat politique de Lénine et de Trotski. Les Bolcheviks supplantèrent les Mencheviks. La Russie était débarrassée des tares de la monarchie des Romanov. La date du 25 octobre 1917 aura marqué le commencement d’une grande aventure révolutionnaire qui durera 73 ans (1917-1990). Le processus de dislocation de l’U.R.S.S. s’acheva le 25 décembre 1991, avec le départ définitif de Mikhaïl Gorbatchev du Kremlin.

Le renversement du mur de Berlin le 9 novembre 1989 laissait déjà observer des traces  de  fissuration dans les structures fédérales de l’Union des Républiques  Socialistes Soviétiques. L’économie planifiée dans un pays gangrené par le virus de la « pauvreté extrême » aurait produit difficilement des résultats sociaux satisfaisants. Deng Xiaoping, le successeur de Hua Guofeng –  désigné lui-même par Mao Zedong –  l’avait compris pour la Chine.  À propos de la Russie, Max Weber disait à Schumpeter : « Emprunter cette direction conduirait à une misère humaine sans équivalent et à une terrible catastrophe ». L’éminent sociologue avait raison. Les malheurs arrivèrent effectivement. Le « communisme » recula. Nous n’écrivons pas « qu’il disparut ». Car, n’est-ce pas encore lui  qui porte les germes des conditions de désasservissement des masses du « capital » étrangleur?

Invité un jour à notre émission « Ces mots qui dérangent », le défunt René Théodore m’avait prévenu qu’il n’aurait répondu à aucune question portant sur le « socialisme ». Il ajoutait avec ses propres mots que cette page idéologique était définitivement tournée. Pour le dirigeant du Mouvement pour la Reconstruction nationale (MRN), Mikhaïl Gorbatchev avait signé l’acte de décès du « communisme marxiste-léniniste », et il l’avait enterré au cimetière de la « perestroïka » et de la « glasnost ». Nous répondîmes au politicien pressenti par Washington pour devenir le « Premier ministre » du président exilé à la suite du coup d’État du 30 septembre 1991 que son déplacement ne valait plus la peine. Car nous avions voulu justement aborder avec lui l’avenir de la gauche dans le contexte du néolibéralisme. René Théodore se présenta au rendez-vous. Et nous  discutâmes méthodiquement, théoriquement et scientifiquement de la problématique. Au bénéfice des auditeurs.

L’éclatement de l’U.R.S.S. pouvait-il signifier la disparition de la gauche dans un monde totalement blasé par la misère? Faut-il aller jusqu’à imaginer que les pauvres de la planète continueront de se croiser les bras devant les « Barons » de l’impérialisme? Des quatre points cardinaux, les travailleuses et les travailleurs se mettront debout, ils se donneront la main, et ils renverseront la vapeur de l’exploitation mondialisée institutionnalisée à travers le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM), la Banque interaméricaine de Développement (BID), l’Organisation mondiale du Commerce (OMC)… Il faut prendre le temps d’observer la tendance politique en Amérique latine. Che Guevara serait étonné et ravi de constater la présence d’Evo Morales à la tête de cette Bolivie qui l’a assassiné. Et que dire d’Hugo Chavez au Vénézuela ? De Luis Inácio  Lula da Silva, pour le Brésil ?  De José Alberto Mujica Cordano, dit « Pepe Mujica », le guérillero irréprochable qui a dirigé l’Uruguay de 2010 à 2015?

 Dans plusieurs régions du monde, les États bourgeois ont assassiné des « révolutionnaires » aguerris. « Ils ont tué Jaurès. » Mais ils n’ont pas guillotiné le « socialisme » et le « communisme ». Le théoricien du marxisme avait compris dès le départ que le « système capitaliste  portait en lui les germes de sa propre destruction. » Il est une émanation des idées audacieuses de la classe dominante pour s’approprier les différents moyens de production nationale. Arrivera très certainement le moment où le néolibéralisme ne pourra plus se renouveler ou se remétamorphoser. Alors, déjà implosé, il explosera. Les poutres qui le soutiennent, s’affaiblissent de plus en plus. Elles craquent. C’est à ce niveau que Karl Marx demeure un « critique clairvoyant du capitalisme » de son temps et du futur. 

C’était aussi en octobre 

La bactérie « vibrio cholérae » a été introduite « volontairement » en Haïti par l’Organisation des Nations Unies (ONU) à travers les militaires de la Minustah. Au-delà de 10 000 décès recensés par les organismes des droits de la personne. Cet acte de méchanceté, de malveillance doit être considéré comme un « crime » contre le peuple haïtien. Et nous allons plus loin : « Un crime contre l’humanité.» Le Conseil de sécurité de l’ONU savait pertinemment que la présence des soldats venus du Bangladesh parmi les contingents de l’occupation étrangère représentait un danger réel de contamination par le choléra pour les masses paysannes haïtiennes démunies, sans accès à l’eau potable et à des conditions d’hygiène acceptables. Ban Ki-moon devrait être poursuivi, arrêté et jugé à la Cour pénale internationale (CPI) pour « complot criminel » contre une Nation qui souffre déjà de tous les maux inventés par les forces impériales. Cette triste affaire fait partie d’un plan global de destruction d’Haïti par la maladie et l’exode. 

L’installation de la Minujust à Port-au-Prince s’inscrit aussi dans la logique de « gommer les  crimes » commis par la Minustah sur le territoire haïtien. Une enquête approfondie des autorités policières – encore crédibles  – démontrerait facilement l’implication de cette « force occulte » dirigée par Sandra Honoré dans la prolifération des gangs armés qui empoisonnent les quartiers bidonvillisés. L’interrogatoire des bandits appréhendés n’est jamais rendu public. Et sous le coup de la panique, ces crapules parlent sans réserve. Ces crasseux se confessent, se mettent à table sans retenue. L’institution policière est un édifice pourri, qu’il faudrait prendre le temps de raser presque au sol. Nous vous référons à notre texte publié en juin 2014 : « La Police Nationale d'Haïti: Un cadeau empoisonné ! Une chandelle allumée par les deux bouts ! » 

C’est le problème de l’analphabétisation qui bloque le virage de la République d’Haïti vers la gauche. La tendance est déjà prononcée dans les différentes manifestations de masse organisées contre la « loi budgétaire jovenelienne ». Fidel, Raoul, Guevara, Camillo et les autres guérilleros ont alphabétisé les « campesinos » dans la Sierra Maestra. Les paysans de l’île de la Tortue qui lapidèrent Richard Brisson et ses camarades ignoraient que ceux-ci défendaient leur cause. Ils ne lisaient pas les journaux. Ils n’écoutaient pas les émissions en français de Radio Haïti Inter animées par l’acteur de théâtre et le poète qui avait imité Roger Coggio en interprétant à son tour sur scène Le « Journal d’un fou » de Nicolas Gogol. Brisson, avant de rendre l’âme, aurait probablement répété : « Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’’ils font. » 

Une « Révolution » en Haïti passe nécessairement par la voie d’une vaste campagne d’éducation fonctionnelle. Un peuple aveugle, maintenu dans un état d’analphabétisme chronique et systémique, d’illettrisme et d’illogisme, ne peut pas aller loin. Les intellectuels et militants progressistes doivent prendre sa main, et le guider sur le chemin de  la conscientisation sociale, politique, économique et culturelle. N’est-ce pas cela, en grande partie, la « Révolution tranquille du Québec »? Nous devons sortir les masses fragilisées de l’opacité de l’ignarerie, pour que demain, ensemble, nous construisions un pays puissant, libre, souverain, indépendant et prospère. 

 

Robert Lodimus
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Notes et références 

[1] Joseph Stiglitz, La grande désillusion, Éditions Fayard, 2002, p. 43.

[2]Christian Nots, Psychanalyse de l’État et de la mondialisation, Éditions Publibook, 2005.

[3] Joan Tilouine, Mouammar Kadhafi, itinéraire d’un berger devenu monstre, Journal le Monde.

[4] Édouard Alletz, maximes politiques à l’usage de la démocratie nouvelle, 1840. 

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