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Diaspora

Chez l’Oncle Sam, La Santé Oscille entre un Droit et un Privilège

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Les cris répétés des mourants qui peuvent à peine honorer leurs factures en pharmacie, les pleurs des malades rejetés pour leurs conditions pathologiques préexistantes et les lamentations des patients qui ne peuvent pas payer une quote-part sont parmi les moindres assertions qui déclassent le système de santé américain.

Avant l’intronisation de l’Obamacare en 2014, se basant sur ces manquements, des analystes de Santé (Healthcare analyts) croient que le fameux « Healthcare » des « ricains » n’est qu’une farce qui se taille de nombreuses épithètes. La plupart le baptisent « Industrie de Santé » parce qu’il permet à la Big Pharma de gagner des millions, sans vergogne, au détriment des citoyens. C’est le cas de Victor G. Rodwin, professeur en gestion des services de santé à New York University (NYU) qui parle d' « un système organisé autour d'une industrie d'assurances privées, financées sur la base de primes actuarielles (Le Monde, 03.09.2007) ». L’influent Dr Jose Miranda de Californie qualifie le Healthcare de « système absurde » qui exclut 40 millions de citoyens. Autrement dit, le système de santé états-unien a été perçu, avant le PPACA de Barak Obama, comme une honte pour un pays le plus riche du monde.

La communauté médicale américaine, même si souvent divisée dans les débats, a toujours reconnu le besoin de l’amélioration. Et pour cause, la plupart de ses seigneurs se réjouissent de l’Obamacare, sauf ceux qui blâment le caractère inconstitutionnel du plan Obama parce qu’il oblige tout résident et citoyen américain à se doter d’une police d’assurance et prévoit une indemnité en cas de refus. Mais toutefois, l’Obamacare a, en réalité, résolu le problème de discrimination dans le système médical ; 95% de la population américaine âgée de moins de 65 ans en bénéficie. Ce qui était une rêverie dans le passé. Le nombre d’assurés est augmenté de 20 millions.

Pourtant, cette réforme phare de l'administration Obama oscille entre deux visions de la société : celle qui veut que la santé soit un droit et celle qui la conçoit comme un privilège. Le débat historique sur « le futur de l’Obamacare (PPACA) sous l’Administration-Trump » opposant le sénateur indépendant, Bernie Sanders, au sénateur républicain, le texan, Ted Cruz, ravive ces deux idées antagonistes. Bernie Sanders a défendu les deux clauses phares de l’Obamacare : le non-refus des conditions pathologiques préexistantes (pre-existing condition) et l’assurance pour tous (Individual Mandate). À l’opposé, Ted a censuré l’ascension exponentielle des primes et l’intrusion gouvernementale dans la vie privée des citoyens.

Les sénateurs ont conclu le débat dans le plus grand désaccord. Ils restent disjoints sur le rôle de l’État Fédéral et le choix des citoyens/résidents américains. Sanders voudrait qu’elle soit un droit, quand Ted Cruz rêve qu’elle reste un « privilège » camouflé en un « droit ».

En réalité si l’on tient compte de la définition légale du mot « droit », la santé en est un mais ce droit est souvent outragé par presque toutes les administrations qui se sont succédé avant Obama, mis à part quelques louables tentatives échouées dès conception.

Si le droit est « la faculté de réaliser une action, de jouir de quelque chose, d'y prétendre, de l'exiger », les contribuables américains peuvent jouir du droit à la santé. Ils peuvent l’exiger. L’essayiste Jeff Jacoby du Boston Globe croit que le droit à la santé fait partie des droits inaliénables inscrits dans la Déclaration de l’Indépendance américaine : la vie, la liberté et la joie. Car, selon lui, sans la santé, il n’y pas de joie. Autrement dit, le système de santé ante-Obamacare était un privilège qui s’était offert à ceux qui pouvaient payer.

Sinistrement, l’Obamacare a été le premier sacrifié des arrêtés immolateurs de Donald Trump. Elle est mise en veilleuse, espérant une décision finale du Congrès (Sénat & Chambres des représentants). La santé parait trop rentable aux yeux des républicains pour qu’elle demeure un droit. Cette industrie est une des plus lucratives. Le système de santé États-Unien flotte piteusement entre un droit pour les nécessiteux et un privilège pour les nantis.

Jean-Rony Monestime André,
Adjunct Professeur, Seton Hall University, New Jersey
BS en Médecine Nucléaire & BA en Connaissances Générales, Barry University
MHA-Maitrise en Healthcare Administration
Doctorant en Sciences de santé, Seton Hall University
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References:


 

[1] LeBow, Robert“Health Care Meltdown: Confronting the myths and Fixing our failing system” JRI Press, 2002, Idaho

[2] Pekoff, Leonard. “Health Care is not a Right” May 2011

[3] Sanders vs Ted Cruz, Futur of Obamacare, CNN, 7 Février 2017

[4] Sanders, Bernie. “Health Care is a Right, not a privilege” Huffington Post, 06 juin, 2009

[5] lemonde/Amériques/ 2007/09/03