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ONA : la situation a empiré

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La situation qui perdure au niveau de l'Office national d'assurance-vieillesse (ONA) a empiré ce lundi. Les activités étaient au point mort dans les annexes situées dans la région métropolitaine et dans d'autres coins du pays, particulièrement à Jacmel, aux Gonaïves et à Jérémie. Les employés continuent d'exiger la démission du directeur general, Bernard Degraff.

2h. Jean Eugène Moïse, 84 ans, un pensionnaire de l'ONA, se présente pour tirer son chèque à Delmas. Soutenu à la fois par sa canne et un proche, il revient ce lundi après un déplacement en vain la semaine écoulée. « Vieillard, tout est paralysé par ici. Il vaut mieux que tu prennes la direction de Pétion-Ville », dit un policier à l'octogénaire qui a rebroussé chemin. À Delmas, les activités sont paralysées au niveau de l'ONA. A la périphérie, des employés sont massés devant les locaux. C'est aussi le cas pour l'annexe de Pétion-Ville où des employés restent mobilisés dans leur lieu de travail.

Dans une note de la direction générale de l'ONA, on a lu ce qui suit : « Direksyon Jeneral LONA a fè piblik la konnen ke depite Arnel Bélizaire nan tèt yon gwoup atoufè ak zam ansanm avèk kèk nan fijitif 25 mas yo, te vinn eseye atake Direktè Jeneral LONA a, mesye Bernard Dégraff, avèk lòt fonksyonè ki t ap travay nan lokal LONA Delma 17 la jou dimanch 30 mas 2014 la. Poutèt sa, biwo LONA Delmas 17 la pap travay jou lendi 31 mas 2014 la. Direksyon Jeneral LONA a mande lajistis pou l pran tout dispozisyon ke lalwa mande pou pèmèt piblik la jwenn sèvis nan biwo Leta sa a. Petyonvil, jou ki 30 mas 2014 la. »

Entre-temps, c'est le calme plat à Delmas. Des agents de la police administrative et du Corps d'intervention et de maintien de l'ordre (CIMO) montent la garde dans les locaux de l'ONA à Delmas. « Nous avons reçu l'ordre de ne laisser pénétrer personne dans l'enceinte de l'ONA. Le directeur Bernard Degraff vient d'arriver ici, il y a quelques minutes, il a été autorisé juste parce qu'il est encore en fonction., explique un policier. La bonne entente s'installe entre les policiers et les employés contestataires. Les agents de sécurité de l'ONA dénoncent la tentative du directeur général qui a voulu les substituer par d'autres agents provenant d'une agence de sécurité privée.

« Nous exigeons le départ de l'actuel directeur general, Bernard Degraff, à la tête de l'ONA. Pas de négociation avec Bernard Degraff », scandent les employés accusant le directeur de l'ONA de malversation. Massés devant les locaux de l'ONA à Delmas, les employés disent qu'ils ne vont pas faire marche arrière dans leur mouvement jusqu'à ce qu'ils obtiennent gain de cause. Ils lancent un appel au chef de l'Etat, Michel Joseph Martelly, pour qu'il réponde à leurs revendications. Les employés annoncent qu'ils vont passer à une autre étape dans leur mouvement si les autorités ne prennent pas en considération leur revendication.

A Pétion-Ville, les employés manifestent aussi leur mécontentement. Ils le font en signe de solidarité avec ceux de Delmas. Dans la cour de l'institution, ils organisent une manifestation éclair. Un employé de l'institution adresse des reproches au directeur Bernard Degraff : « Le directeur a décidé de mettre fin au prêt sur cotisation, au prêt spécial pour les employés et à l'avance sur salaire au profit de l'ONAPAM », dénonce Michelet Baptiste qui s'identifie comme un employé de l'ONA. D'autres employés dénoncent les révocations abusives et les transferts de certains employés dans des conditions défavorables. Des graffitis couvrent les murs de ladite institution tant à Delmas qu'à Pétion-Ville. Des propos injurieux à l'endroit de M. Degraff sont inscrits .

La situation n'a pas été différente dans le bureau régional du Sud-Est à Jacmel selon notre correspondant. Les employés se sont présentés au bureau mais ils ont décidé de faire la grève. Comme ceux de Pétion-Ville, ils disent être solidaires de leurs collègues de la capitale qui réclament le départ du directeur Bernard Degraff. C'est aussi le cas pour le bureau départemental de l'Artibonite aux Gonaïves. Ses employés avaient annoncé depuis vendredi une grève pour supporter leurs collègues de la capitale. Tôt, dans la matinée de ce lundi, des agents de l'UDMOH étaient déployés sur les lieux. Les protestataires souhaitent qu'il y ait un audit sur la gestion du directeur général Bernard Degraff par la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif. Ils n'entendent pas abandonner ce mouvement tant que le directeur général actuel de l'ONA reste en poste.

Le bureau régional de l'ONA dans le département de la Grand' Anse à Jérémie a connu le même sort. Les employés ont été jusqu'à fermer les portes du bureau de cette institution ce lundi. Ils reprochent au directeur général d'avoir transféré à Jérémie une dizaine d'employés provenant de Port-au-Prince sans aucune lettre de transfert. Les employés grévistes ont fait savoir qu'il y a parmi ceux qui sont transférés six agents de sécurité. Selon eux, ces agents ont débarqué ce lundi pour pendre la place des agents de sécurité employés par l'ONA dans la région. Dans leurs revendications, les employés exigent le départ de M. Degraff.

En guise de réaction, le directeur général de l'ONA, Bernard Degraff, a décrit la situation actuelle au niveau de l'ONA comme un problème politique. « Le problème à l'ONA relève de la politique et de l'ordre public. Tous les films de nos caméras de surveillance montrent clairement l'intervention de politiciens qui, forts de leur immunité, ont fomenté l'agitation armée que nous constatons (séquestration, attaque à main armée contre les bureaux et pressions armées sur les employés qui veulent travailler). En notre qualité d'administrateur, nous n'avons ni les moyens ni la formation pour affronter ces bandes armées dans lesquelles on retrouve des individus qui ont participé à l'opération Bagdad, placés à l'ONA par les gouvernements précédents. Leurs rares complices internes sont des militants d'un secteur politique qui ne devaient jamais être dans une institution financière ", a réagi M. Bernard Degraff.

Jeanty Gérard Junior
Source: Le Nouvelliste

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