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Economie

Règlement des comptes au sommet de l’Etat

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Michel Martelly a révélé qu'il n'y a pas un seul centime dans les caisses de l'Etat à cause d'innombrables projets financés à travers le pays sous son administration. L'info, pris au premier degré, l'expose à la foudre des critiques. A la rescousse, un ancien et un nouveau ministre de l'Economie et des Finances règlent les comptes, expliquent. Pas sans quelques petites contradictions.

Le président Michel Martelly, en tournée dans le Sud il y a quelques jours, s'est offert un petit bain de foule. Cette fois, il a partagé ce qu'il appelle « une nouvelle dure » avec la population. « Il n'y a plus un seul centime dans les caisses de l'Etat », a révélé Michel Martelly. Les caisses sont vides parce que son administration finance des projets dans toutes les communes d'Haïti, a précisé le chef de l'Etat, concédant que le changement escompté ne s'est pas encore matérialisé.

Il a souligné n'avoir pas de baguette magique pour résoudre les problèmes avant d'appeler les uns et les autres à mettre la main à la pâte. Martelly était à deux doigts de paraphraser JFK sur les devoirs du citoyen envers son pays. Les propos du président sur l'état du Trésor public, considérés comme un pain bénit par ses opposants, n'en finit pas de défrayer la chronique. Pour certains, le président a fait preuve « d'irresponsabilité », pour d'autres, sans s'injecter un quelconque sérum de vérité, il a levé le voile sur la réalité d'une administration qui vit largement au-dessus de ses moyens.

Wilson Laleau, ministre de l'Economie et des Finances jusqu'au dernier remaniement fin mars, clarifie, explique sa préoccupation, due essentiellement à l'absence de budget. « Les caisses de l'Etat ne sont pas vides. Il y a des contraintes pour utiliser des ressources parce que nous n'avons pas de budget», a confié Wilson Laleau. Il illustre. « Sur les six premiers mois les recettes n'ont pas diminué. Elles ont augmenté de 10 % en moyenne », a indiqué Wilson Laleau, prompt à tordre le cou à ceux qui, dit-il, orchestrent son « character assassination » en avançant des données infondées. « Il n'y a aucun dérapage pendant que j'étais au ministère et par rapport à ce que j'avais trouvé », a affirmé Wilson Laleau, qui envoie l'opinion aux publications du MEF, de la BRH et du FMI. « Quand je suis entré, j'ai trouvé que l'Etat avait un déficit sur base d'engagement de 2.4 milliards de gourdes. J'ai laissé avec 49 millions de gourdes, de surplus. Le déficit sur base caisse était de 5. 03 milliards de gourdes quand j'ai laissé le 30 mars 2014 il était de 3.3 milliards de gourdes », détaille Wilson Laleau.

Le déficit budgétaire de l'an passé était de 7 milliards de gourdes. Il aurait pu être moindre si l'Etat n'avait pas subventionné la consommation de produits pétroliers à hauteur de 6.9 milliards de gourdes et l'Ed'H à 5.8 milliards de gourdes, soit 12,7 milliards de gourdes, a détaillé Wilson Laleau, qui s'occupe uniquement du ministère du Commerce et de l'Industrie avec ses idées, ses projets pour faciliter les investissements, la création d'emplois de qualité dans l'économie, condamnée à mettre le cap sur la production et la croissance.

Marie-Carmelle Jean-Marie (MCJM) actuel ministre de l'Economie et des Finances sur les propos du chef de l'Etat, a estimé qu'il s'agit d'une façon de parler. « Les caisses de l'Etat ne sont jamais vides à 100 %. Les recettes arrivent tous les jours », a clarifié Marie-Carmelle Jean-Marie. En revanche, le grand argentier de la République a expliqué que l'Etat peine à financer quelque 30 projets initiés après le passage du cyclone Sandy et d'autres projets d'infrastructures. « Il y a beaucoup de projets en cours pendant que nos recettes diminuent. Cela constitue un goulot d'étranglement qui provoque le ralentissement de certains projets », a indiqué la ministre de l'Economie et des Finances. Dans le budget, il y a une allocation de 10 millions de gourdes par an par commune pour financer des projets. Le pays compte 144 communes. Faites le calcul et vous aurez une idée, a détaillé MCJM, qui a également qualifié de courageux les propos du chef de l'Etat.

Pour redresser la barre, la ministre entend faire du cash management. « Nous dépenserons ce que nous avons. Pas un centime de plus », a affirmé MCJM sur Magik 9. Priorité aux dépenses non compressibles, les salaires. La ministre annonce qu'elle attend plus de la douane et de la DGI, sans faire l'économie de discussions sur les subventions de l'Ed'H et des produits pétroliers qui creusent des trous immenses dans les finances publiques. Pour les produits pétroliers, MCJM n'est pas contre une approche au cas par cas pour que la subvention des produits pétroliers ne continue plus à aider les plus capables. Et, selon des rumeurs, des camions de carburant traversent en République dominicaine, a-t-elle dit, rappelant pour l'Etat l'urgence de lutter contre la contrebande et la fraude partout.

Celle qui est prête à imposer des cures dans les dépenses attend encore des données. Nous n'avons pas encore évalué et analysé le déficit communiqué par la BRH afin de savoir si c'est un vrai déficit comptable et non un calcul statistique, a confié MCJM. Elle a aussi indiqué ne pas savoir si la circulation monétaire était due au déficit du Trésor public. Si c'est le cas, la ministre promet de ne pas l'aggraver en appliquant ou en poursuivant sa politique de cash management.

MCJM, d'un autre côté, dit que l'économie est en contraction. « Si les recettes n'ont pas augmenté, c'est qu'il y a contraction de l'économie. 80 % de nos recettes proviennent des importations. Les importations ont diminué », a souligné la ministre, expliquant que cette contraction a affecté le taux de change.
Elle estime que la BRH avec ses mesures ne pourra donner que des solutions ponctuelles. Il faut produire, il faut générer de la croissance, a rappelé Marie-Carmelle Jean-Marie, qui rêve de la mise en commun des énergies pour libérer les potentiels économiques d'Haïti.

Roberson Alphonse
Source: Le Nouvelliste

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